Accueil > L’actualité vue par le CRAP > L’actualité éducative > Coéducation : quelle place pour les parents ?


L’actualité de la recherche - N° 520

Coéducation : quelle place pour les parents ?

Annie Feyfant

Parmi les nombreux sujets qui reviennent régulièrement sur le métier, figurent les relations entre les parents et l’école. La quasi-totalité des textes institutionnels des pays de l’OCDE promeuvent la coéducation, la collaboration ou la coopération.

Plus personne ne doute de l’impact de l’éducation familiale sur la réussite scolaire des élèves. La fin d’une distance convenue entre école et familles, notamment depuis les années 1970, responsabilise tous les partenaires chargés de l’éducation des enfants, même si les parents attendent de l’école qu’elle pallie leurs difficultés à accompagner scolairement leurs enfants ou facilite la sélection des élites. Et même si les enseignants attendent des parents qu’ils assurent le minimum éducatif pendant qu’eux assureront l’instruction optimale, sans interférence avec la pédagogie qu’ils pratiquent.
C’est quoi «  les parents  » ?

Glasman écrivait en 1992 que le terme générique «  les parents  » était une fiction. À l’époque, on attribuait un rôle, une place aux parents, en tant qu’associés à la transformation des enfants en élèves, en les considérant comme un groupe homogène, appartenant implicitement aux classes moyennes et favorisées. Avec la difficulté scolaire, réapparait le mot «  famille  », privilégié pour désigner les parents en difficultés, et ce groupe «  étranger à l’école  », qu’on ne comprend pas.

Du point de vue de l’école, «  les parents  » désigne souvent un individu isolé, la mère, qui participe ponctuellement aux réunions parents-professeurs. Ils peuvent venir à deux, pour montrer leur détermination face à un problème rencontré par l’enfant ou bien pour marquer toute l’attention portée par la famille à la scolarité de l’enfant.
Entre les réunions d’information et de conciliation, les parents accompagnent la scolarité de leur enfant, bien, peu, mal, trop, c’est selon. Ils ont en main un certain nombre de cartes leur permettant d’adopter tel ou tel style éducatif, d’apporter ou non un confort culturel et cognitif à l’enfant.

Pour les plus chanceux, souvent de niveau socioculturel élevé, l’éducation de l’enfant signifie autonomie, motivation, ouverture vers l’extérieur, permissivité. Pour les moins chanceux, les plus démunis socialement et scolairement, il s’agira de s’adapter au mieux aux contraintes extérieures, en obéissant aux règles, en se montrant plus attentifs sur les questions de discipline, de politesse. D’un bout à l’autre de l’éventail, des attentes déçues, un sentiment d’impuissance, l’impression d’être jugé peuvent amener à des positions de repli sur soi, d’indifférence, de mépris, ou à des conflits.

Dans sa première acception, le terme «  coéducation  » désignait l’éducation commune des filles et des garçons dans la petite enfance. Présente dans l’éducation nouvelle des années 1920, la coéducation influence les politiques éducatives sur la transmission de valeurs démocratiques, dès le début de la scolarisation. Elle est associée à un concept fort, celui de socialisation : la socialisation à l’école suit la socialisation dans la famille, puis éducation dans la famille et instruction-éducation à l’école alternent. Il n’en faut pas plus pour que les parties prenantes revendiquent une place dans ce processus commun.

Ce qui donne matière à recherches, ce sont les relations inexistantes ou difficiles entre l’école et les parents, essentiellement de milieux défavorisés ou migrants. Différents dispositifs ou programmes sont mis en place par des associations, fondations ou par les pouvoirs publics au niveau national ou local et évalués par la recherche. Le plus souvent, il s’agit d’aider les parents à comprendre l’organisation de l’école ou de la scolarité (espaces de rencontre), à accompagner la scolarité des enfants (soutien, aide aux devoirs), à gérer des comportements difficiles (parenting program). Mais la plupart de ces dispositifs laissent les parents en dehors de l’école. Le projet européen IPPE (Indicateurs de la participation des parents dans l’enseignement obligatoire) s’est intéressé aux droits des parents et a tenté de mesurer la participation des parents dans l’école. Certains droits ne sont pas reconnus dans tous les pays, le choix de l’école par exemple. L’un des droits individuels mérite qu’on s’y arrête, il s’agit du droit d’information concernant les progrès de l’enfant, l’organisation du système scolaire et de l’école. Les réponses à la question «  l’information est-elle adaptée aux caractéristiques des parents de l’école ?  » montrent que la diffusion d’informations générales est globalement correcte. Mais d’autres études soulignent l’inadaptation du vocabulaire et des outils de communication utilisés dans la communication avec les parents, le manque de clarté ou de précision. 

Annie Feyfant
Chargée d’étude et de recherche, service Veille et analyses de l’IFÉ (ENS de Lyon)


Pour en savoir plus
Annie Feyfant, «  Coéducation : quelle place pour les parents ?  », Dossier de veille de l’IFÉ n° 98, janvier 2015, http://minilien.fr/a0ny5o