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Tribune

Classes d’accueil : la fin d’un dispositif qui fonctionne ?

Professeures en classes d’accueil

22 avril 2014

Le documentaire de Julie Bertuccelli La cour de Babel a permis de faire connaître au public le dispositif des classes d’accueil pour les enfants nouvellement arrivés en France : le travail sur la langue française, l’apprentissage du vivre ensemble dans une nouvelle culture qui y est mené au sein du groupe classe. Ironie du sort : une circulaire s’apprête à effacer le dispositif en question...


Au moment où sort le documentaire qui a eu un beau succès et où le Ministre de l’Education loue le dispositif, l’application d’une circulaire [1] transforme les classes d’accueil en UPE2A (unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants), et fait voler en éclat la notion de groupe classe pour proposer une intégration directe des élèves en classe ordinaire, avec seulement trois matières à enseignement spécifique. Voilà qui scelle la fin des apprentissages multiples permis par le groupe dont témoigne le film, pour favoriser une « inclusion » immédiate.

La circulaire est déjà expérimentée dans plusieurs académies dans les collèges, mais aussi dans le 1er degré avec la progressive disparition des CLIN [2] ; elle sera appliquée à la rentrée prochaine dans le 94.

La physique en chinois

Jusqu’à présent, en collège, les élèves de classe d’accueil (CLA), de 11 à 16 ans bénéficiaient de 26 heures semaine de français, mathématiques, anglais, histoire-géographie éducation civique, sciences, musique, arts plastiques et EPS avec des enseignants spécialisés dans la pédagogie pour élèves allophones. Avec la nouvelle circulaire, un élève n’aura plus que 18 heures de cours spécifiques : généralement 12 heures de français, 4 heures de mathématiques et 2 heures d’anglais. Dans les autres matières, il sera directement inclus en classe ordinaire ; c’est comme si demain, nouvel arrivant en Chine, vous étiez confronté à suivre directement un cours de physique en chinois sans connaître la langue…

Ceci implique une inscription en classe ordinaire dans le niveau qui correspond à l’âge de l’élève, avec un jonglage dans les emplois du temps, étant entendu que la circulaire indique qu’au moins une matière doit être suivie intégralement dans la classe de rattachement : faut-il alors privilégier le cours de SVT en classe ordinaire ou le cours de français pour allophones qui tombent tous les 2 en même temps ?

Avec « l’unité pédagogique », plus de classe, donc plus de professeur principal (mais un simple coordonnateur) dont le rôle auprès des familles était déterminant, mais aussi le suivi des élèves ; plus de conseil de classe, donc de prise en compte particulière des élèves auxquels on demandera d’emblée les mêmes performances que les autres en classe ordinaire. Plus de possibilités non plus de mener des projets pédagogiques spécifiques, par ailleurs, les élèves allophones seront accueillis dans les classes par des enseignants non formés à l’accueil et à la pédagogie envers ces publics.

Un patchwork de cours

Une clameur de protestation s’élève parmi les enseignants de CLA de la France entière, ils considèrent qu’avec le nouveau dispositif, l’accueil des nouveaux arrivants n’est plus décent et que l’on place les enfants dans une position difficile qui nie le temps d’adaptation nécessaire à un pays, à sa langue, à ses us scolaires et culturels. Une pétition est en ligne.
Le dispositif des UPE2A est très difficile à mettre en place administrativement, élèves comme enseignants s’y perdent, il oblige à mettre en place « un patchwork de cours », par exemple, pour suivre le cours de français, l’élève rate une heure d’histoire-géo, donc doit rattraper le cours, essayer de le comprendre sans l’avoir suivi !

Les personnels et personnes engagées demandent l’abrogation de la circulaire et le maintien du dispositif cohérent des CLIN et des CLA qui a fait ses preuves, en permettant une adaptation progressive et une inclusion en classe ordinaire une fois seulement que l’élève y est prêt.

Adeline Darves
Professeur en CLA au collège Jules Ferry de Villeneuve St Georges (94).
Hélène Fricault
Professeur en CLA au collège Le Clos Saint Vincent à Noisy-le-Grand (93).
Anaïs Gour
Professeur en CLA au collège Danielle Casanova à Vitry-sur-Seine (94).
Laetitia Guichenu
Professeur en CLA au collège Jean Macé à Fontenay-sous-Bois (94).
Marion Paté
Professeur en CLA au collège Elsa Triolet de Saint Denis (93).
Karine Risselin
Professeur en CLA au collège Jules Ferry de Villeneuve St Georges (94).


[2Classes d’initiation pour non francophones dans le primaire.

Voir en ligne : L’article sur « La cour de Babel »

N° 473 - Enfants d’ailleurs, élèves en France

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L’accueil des élèves nouvellement arrivés en France est une question à la fois grave et sensible. Grave parce que l’on touche à des situations complexes, dépassant largement le seul cadre de la classe et de l’école ; sensible parce que l’on rencontre des histoires difficiles, des situations délicates, des enfants en très grande fragilité.
Les collègues et les établissements se sentent concernés par ces enfants, mais parfois aussi dépassés ou impuissants face aux multiples difficultés à affronter. Aussi avons-nous voulu donner à tous les collègues des clés pour comprendre ces enfants venus d’ailleurs et montrer qu’au-delà des obstacles, qui sont notamment liées à la maîtrise de la langue française et de la langue des apprentissages, il n’y a pas de fatalité : on peut agir et faire progresser, on peut rassurer et accompagner ces élèves pour entrer dans les apprentissages et mener une scolarité normale. Ce dossier propose des réponses concrètes et des pistes utiles pour tous, aux collègues en dispositifs bien sûr, mais surtout à tous ceux qui sont confrontés à ces questions dans le cadre de classes ordinaires.