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Recension parue dans le N°450 de février 2007

Apprentissage, diversité culturelle et didactique

René Tarin, éditions Labor, Bruxelles, 2006.

4 février 2007

Voilà sans doute un ouvrage à lire en priorité pour tous ceux qui enseignent le français langue étrangère, ou travaillent auprès de classes d’accueil ou encore de populations migrantes. Le projet de l’auteur est en effet de ne laisser de côté aucune dimension importante pour comprendre ce qui se joue quand la question de l’apprentissage est tissée avec celle des interférences culturelles ; approche cognitive, psycholinguistique, sociologique..., on a ici l’essentiel à savoir, avec un appui fort sur le principe de reconnaissance de l’autre.
Les premiers chapitres explorent ainsi les processus d’apprentissage, avec un éclairage particulier sur la mémoire et l’importance, dans les processus mentaux qui construisent le sens, des données culturelles qui nous habitent souvent à notre insu. De même est-il utile de rappeler combien la langue, les langues, ne décrivent pas le monde mais l’interprètent, et combien les résonances qui nous sont familières (celle d’un mot comme « pain » par exemple) sont des constructions culturelles dans une communauté donnée et non pas universelles.
De là suit une réflexion sur le « modèle français » et l’une de ses valeurs cardinales, la laïcité. Jusqu’où en effet penser le droit à la différence culturelle ? Pas jusqu’au reniement de valeurs émancipatrices, affirme clairement l’auteur qui plaide pour une éducation volontariste au « vouloir vivre ensemble » dans une école qui sait résister aux pressions de toutes sortes et promeut une éducation interculturelle.
Celle-ci, il faut bien le dire, tarde à venir, mais la pratique des projets transdisciplinaires (à la fois nombreux chez les convaincus et trop rarement adoptés par la majorité des enseignants) est prometteuse. La communication interculturelle doit s’y faire avec vigilance, en essayant d’échapper au piège de l’exotisme comme à l’ethnocentrisme. Pour cela, l’auteur rappelle utilement quelques « lois de la perception » qui, associées à une réflexion sur les « représentations » - largement implicites - présentes en chacun d’entre nous, aideront l’éducateur à tenir le cap : chercher patiemment le sens des faits, construire des réseaux de signification.
Suivent alors deux chapitres plus précisément didactiques sur les pratiques de français langue étrangère avec une analyse très fouillée des composantes de la compétence de communication. En « application », on trouve ensuite des matrices d’exercices utilisés par l’auteur en production et réception et sur des types de discours variés.
Un ouvrage fort, qui plaide pour la réhabilitation de la dimension culturelle des apprentissages et propose aux enseignants des objectifs aussi ambitieux que motivants.
Terminons par un petit reproche technique : 70 pages de notes et 60 pages d’annexes, cela semble beaucoup en proportion de la taille de l’ouvrage, à une époque où les textes officiels ici reproduits sont facilement accessibles sur Internet.

Geneviève Frame