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Enseignement en milieu médical

Ado’sphère de Rouffach : l’école à l’hôpital

Jean-Baptiste Alafaci

16 décembre 2014

Poursuivre sa scolarité lorsque l’on est hospitalisé, un problème et une nécessité à la fois. Jean-Baptiste Alafaci nous raconte comment s’organise cet enseignement très particulier au Centre hospitalier de Rouffach.


Quel a été votre parcours professionnel qui vous amène à intervenir au sein d’une unité médicale et de psychiatrie ?
Enseignant en Lettres/Histoire depuis 1997, j’ai commencé ma carrière auprès de jeunes élèves handicapés à l’EREA, Etablissement régional d’enseignement adapté pour déficients visuels de Loos-les-Lille. Ce qui m’a amené quelques années plus tard à suivre la formation du 2 CA-SH (Certificat complémentaire pour l’adaptation scolaire et la scolarisation des élèves handicapés - second degré).

Puis je suis arrivé dans le Haut-Rhin où, depuis 2005, l’équipe de soins de l’unité pour adolescents du centre hospitalier de Rouffach prend largement en compte la dimension pédagogique dans les projets de soins et assure un enseignement de qualité. Cette dimension est apparue incontournable au Dr Guillon, médecin psychiatre Praticien Hospitalier spécialisé dans la prise en charge des adolescents. L’intervention d’un enseignant de l’Education Nationale doit permettre aux jeunes de 10 à 17 ans, hospitalisés à temps complet parfois pour plusieurs semaines, de continuer à suivre des cours pour ne pas rompre, voire pour renouer, avec le collège ou le lycée.

En avril 2009, une convention est signée entre le centre hospitalier de Rouffach et l’Inspection Académique du Haut-Rhin attribuant 144 heures par an à l’unité pour adolescents « Ado’sphère ». Ce poste m’a été proposé. Aujourd’hui, professeur-coordonnateur d’une ULIS Pro, je continue à assurer cet enseignement particulier au CH de Rouffach.

Que dire d’Ado’sphère, Unité de psychologie médicale et de psychiatrie ?
Ado’sphère est une unité de soins accueillant des adolescents en souffrance psychique à recrutement départemental et intersectoriel, à laquelle est adossée une équipe mobile pour adolescents (EMA) et un centre médico-psychologique. Ces unités sont coordonnées par le médecin responsable de l’unité Ado’sphère en collaboration avec le cadre de santé. Un partenariat avec les acteurs du réseau médico-socio-éducatif ou pédagogique est assuré. Les missions générales sont l’évaluation, la détection précoce, les soins et la prévention primaire ou secondaire.

Les adolescents hospitalisés en souffrance psychique d’intensité majeure sont âgés de 12 à 18 ans. Les motifs de prise en charge hospitalière sont les passages à l’acte ou les intentions suicidaires, les troubles anxieux, dépressifs, psychotiques, les troubles des conduites alimentaires, les troubles de l’attention, l’hyperactivité.

Comment se passe la prise en charge est adolescents ?
D’abord, un entretien personnalisé initie toute prise en charge pédagogique. Puis les séances d’enseignement se déroulent au sein de l’unité pour adolescents, dans une salle d’activité, à raison de 3 à 4 heures par semaine, parfois en séances collectives de 2 élèves au plus), parfois en séances individuelles, en fonction du contexte clinique et du programme d’interventions.

Il s’agit selon les cas de faire soit de l’aide aux devoirs, pour les élèves dont les parents amènent les cours et les devoirs hebdomadairement, soit de partir de propositions de travail ou de reprise de certains chapitres pour des élèves n’ayant pas leur cours. Pour d’autres élèves, on souhaite simplement reprendre contact avec une structure de « classe », un groupe et un enseignant…
Après chaque séance pédagogique, une « grille » reprenant le travail donné en cours, le comportement et les capacités cognitives de l’adolescent est remplie. Elle permet l’évaluation des actions menées.

Vous avez particulièrement travaillé sur un atelier destiné aux adolescents anxieux en rupture scolaire.
Oui, cette activité a été mise en place à titre d’essai en 2013 pour privilégier, dès que l’état clinique le permet, un retour à domicile, la poursuite des soins, et une reprise scolaire progressive. Pour faciliter la reprise scolaire, elle permet d’accueillir durant trois heures des adolescents qui ne sont plus hospitalisés dans l’unité. Cela demande un partenariat avec les équipes dans les établissements, des échanges des pratiques entre les enseignants de l’établissement d’origine et l’enseignant assurant l’atelier pédagogique, des interventions en binôme avec un membre de l’équipe de soins référente de l’équipe mobile ou avec un médecin.

Si certains adolescents sont rassurés de maintenir une activité pédagogique durant la prise en charge hospitalière, d’autres expriment leurs craintes, leurs réticences voire leur refus vis à vis d’un enseignement. Mais il nous parait pertinent et adapté de maintenir et renforcer les actions pédagogiques en milieu hospitalier.

Jean-Baptiste Alafaci
Professeur de français et d’histoire, référent de l’atelier pédagogique


L’équipe intervenant sur Ado’sphère :

J.B Alafaci ; MS. Guillon, médecin psychiatre, praticien hospitalier, responsable de l’unité pour adolescents ; D. Wurmberg, psychologue clinicien ; C. Gauthier, infirmière de secteur psychiatrique, référente équipe mobile pour adolescents ; B. Bachmann, cadre de pôle ; M. Horny, cadre de santé ; M. Zilliox, coordonnateur général des soins ; C. Schaal, chef de pôle.

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Comment éviter le moralisme, les injonctions aux « bons » comportements ? Comment ne pas se limiter à des actions ponctuelles, marginales, déconnectées de l’enseignement ? Des exemples de démarches de projet, de partenariat, pour impliquer les élèves, sans oublier de « soigner le milieu ».

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