,

Revue de presse du dimanche 28 novembre 2021

Une revue hebdomadaire forcément marquée par le rebond du Covid (on révise l’alphabet grec bien malgré nous). Mais cette revue est surtout marquée du sceau d’un grand malaise dans la profession, d’un peu de pédagogie et de pas mal de réflexions sur l’orientation et le supérieur.

 


Oh Micro(n)

Le nouveau variant faisant flamber la 5è vague, on a encore beaucoup entendu le ministre cette semaine

Libération s’interroge : “Nouveau protocole Covid à l’école primaire : ça passe ou ça classe ?

Le ministre de l’Education nationale a annoncé ce jeudi la généralisation d’un dispositif expérimenté jusqu’alors dans dix départements : il n’y aura plus de fermeture de classe mais un dépistage de tous les élèves si un cas est détecté. Des dispositions aux contours encore flous.

La Dépêche détaille les mesures du nouveau protocole présenté sur France Inter : “autotests obligatoires en 6e, tests en maternelle… les nouvelles annonces de Jean-Michel Blanquer” et notamment celle qui interroge le plus : l’obligation de donner le statut négatif des élèves dès qu’un cas positif se trouve dans leur classe. Comment, alors que le Conseil constitutionnel a rappelé l’obligation du secret médical imposer la divulgation des résultats ?

On va dire que j’ai des chouchous, mais je suis encore une fois totalement d’accord avec l’analyse de Lucien Marboeuf dans son blog que je vous invite à lire si ce n’est déjà fait ! “5ème vague : l’école dans le sens inverse des aiguilles” !

Pour aller à la source, voici le lien vers la FàQ du Ministère, mise à jour le vendredi 26 novembre.

Corollaire de la flambée des cas et des fermetures de classes (bon, ça c’est terminé, trop de classes fermées = on ne ferme plus… intéressante équation !), le retour du spectre du distanciel.

Libération en parlait dès le 24 novembre : “Covid-19 : à l’école, l’enseignement à distance repose une colle”.

Le ministre de l’Education a signalé, mardi devant l’Assemblée nationale, une nouvelle augmentation sensible : 6 000 classes, «de l’école primaire en particulier», gardent actuellement porte close, nouveau chiffre le plus élevé depuis la rentrée et près de cinq fois supérieur au recensement paru avant les vacances de la Toussaint. «Je rappelle que l’année dernière, au pic de l’épidémie, quand nous réussissions à maintenir l’école ouverte, nous étions quand même à 12 000 classes fermées», a voulu rassurer Jean-Michel Blanquer. «Il compare des chiffres qui ne sont pas comparables», recadre Guislaine David, du SnuiPP-FSU, syndicat majoritaire dans le premier degré. Car si une classe de maternelle ou d’élémentaire est censée fermer, durant une semaine, dès la détection d’un cas de Covid, ce n’est plus le cas dans le second degré, ou à la marge, en sixième, car les enfants sont trop jeunes pour être vaccinés.

«Les chiffres nous affolent parce que c’est beaucoup plus important que l’année dernière, poursuit la syndicaliste. On risque de se retrouver comme en février-mars.» Un professeur des écoles de l’académie de Versailles, qui voit les classes fermer à grande vitesse autour de lui, résume l’état d’esprit général : «On avait un peu oublié tout ça, et ça revient comme un boomerang.» La preuve dans cette école de l’académie de Toulouse, où aucun enfant n’a contracté le Covid en un an et demi et où c’est la cata depuis cinq jours : une cinquième fermeture de classe, sur les huit que compte l’établissement, devait être décidée mercredi soir.

Julien Cueille sur son blog évoque lui aussi le distanciel, en avons-nous fait le bilan ?Le spectre du distanciel hante l’Europe… Mais en a-t-on dressé le bilan? Les voix des “experts” (en technologies numériques, plutôt qu’en pédagogie) continuent de se faire bruyamment entendre, peut-être pour couvrir la parole des enseignant-e-s… et des élèves.” J’avoue trouver qu’une enquête sur 60 enseignants (est-ce un panel représentatif ?) sur 800 000 n’a pas forcément une grande valeur, mais je retiens que la pédagogie et non la technologie doit être à la base des usages du numérique pour les enseignants, cela paraît logique, comme pour toute forme d’enseignement.


Des Missions

Mattea Battaglia dans Le Monde essaie d’expliquer pourquoiLes démissions d’enseignants, [sont] un phénomène en expansion”

Des stagiaires qui renoncent à entrer dans le métier, des professeurs qui souhaitent le quitter… Face à cette désaffection grandissante, l’éducation nationale essaie tant bien que mal de retenir ses salariés, sans vraiment répondre à leur malaise.” “Rapportés au total de 800 000 enseignants, ces départs ne pèsent pas grand-chose. Mais d’année en année, ils se font de moins en moins rares : le service statistique ministériel en recensait environ 400 parmi les enseignants en poste en 2012-2013 ; ils ont plus que triplé pour atteindre 1417 en 2018.

Même constat à Sud-Ouest, Les démissions d’enseignants de plus en plus nombreuses

Les derniers chiffres ministériels montrent une augmentation des démissions parmi les enseignants. Qu’ils soient stagiaires ou titulaires de longue date, les professeurs n’avancent pas les mêmes raisons à leur mal-être.” “Les raisons qui motivent ces départs changent en fonction du statut et de l’âge des professeurs. Elles mettent en avant une forme de clivage générationnel. Après de longues années d’exercice, la plupart dénoncent l’alourdissement des tâches et l’épuisement professionnel qui en découle.Les justifications diffèrent chez les nouveaux venus. Pour eux, la réalité du métier est bien différente des promesses. « On quitte du jour au lendemain son lieu de vie pour être parachuté sur le terrain. Et ça, ça passe ou ça casse… », explique Baptiste, un professeur de musique qui n’a tenu que quatre mois. D’autres regrettent une précarisation de l’emploi. Alors que la part des enseignants contractuels au sein de l’éducation nationale était de 14,5 % en 2015-2016, elle serait actuellement de 22 %.”

 

D’où cela vient-il ? On le voit, le malaise est profond et il semble de plus en plus documenté…

Entretien entre Françoise Lantheaume et Mattea Battaglia dans le MondePour les jeunes enseignants, « le choc a toujours lieu entre l’idéal du métier et le réel »

Selon la sociologue Françoise Lantheaume, les conditions d’entrée dans le métier sont très difficiles pour nombre de jeunes enseignants, qui mettent du temps à s’acclimater à la réalité de la profession.

Sophie Audoubert pointe “L’inquiétante porosité entre les attaques du Figaro magazine et les discours de M. Blanquer

“[TRIBUNE] Les enseignants bataillent contre l’appauvrissement de l’école publique, contre les inégalités qu’elle continue d’entretenir voire d’aggraver, pourtant ce serait toujours eux le problème.

Une petite musique se fait entendre, depuis un an plus insistante. C’est en tout cas à cette époque l’année dernière que j’ai commencé à y faire attention, parce qu’elle intervenait lors d’un épisode particulièrement traumatique, l’assassinat de notre collègue Samuel Paty. Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a cru bon d’affirmer, à cette occasion, que les tendances «islamo-gauchistes» de l’université française avait pour ainsi dire armé, sinon matériellement, du moins idéologiquement, l’assassin.

Là aussi on va dire que j’ai des chouchous, mais si vous voulez comprendre le malaise profond des enseignants investis (et ils sont majoritaires), lisez Mister Blue Sky : le métier enseignant est aujourd’hui fait d’injonctions contradictoires qui poussent au désespoir. Une lettre ouverte à lire en entier, elle fait mal et elle fait du bien. “Personne ne comprend pourquoi on n’en peut plus. Même des personnes n’ayant aucun a priori contre la profession ne peuvent saisir la situation inextricable et destructrice pour notre psychologie dans laquelle nous nous trouvons plongés.

Cette semaine, la presse s’est aussi fait l’écho d’un rapport sénatorial autour du budget 2022, rejeté finalement par le Sénat le 23 novembre dénonçant “une folie dépensière” : cohérence avez-vous dit ? (il est vrai que la plupart des sénateurs n’est qu’amour pour le ministre)

Le Monde le décortique : “Un rapport sénatorial pointe la dégradation des conditions de travail des enseignants

Les enseignants français passent, en moyenne, plus de temps devant leurs élèves que leurs homologues européens pour des salaires plus faibles. Leurs classes sont plus chargées dans l’enseignement primaire et ils sont plus nombreux à se sentir socialement peu valorisés.” C’est vrai que déjà là ça pique !

France Inter enfonce le clou “Le constat n’est pas nouveau mais il a été présenté en détail ces derniers jours en commission au Sénat dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances pour 2022 (rejeté ce mardi par la chambre haute), avec un rapport du sénateur LR de la Meuse, Gérard Longuet. Malgré le Grenelle de l’éducation qui a eu lieu cette année et les efforts en matière de revalorisation des métiers de l’Education nationale, le pouvoir d’achat des enseignants n’est pas à la hauteur, ce qui joue directement sur le manque d’attractivité de la profession.

Public Sénat confirme “Rémunération, classes surchargées, solitude… Le manque d’attractivité du métier d’enseignant pointé du doigt par un rapport sénatorial

Le Progrès se concentre sur les rémunérations2564 euros en moyenne : les salaires des enseignants français inférieurs à la moyenne de l’UE“.


Pédagogie-enseignement

Les Echos lisent des statistiques :Les maths font les frais de la réforme du bac

Les mathématiques, la technologie et les sciences économiques et sociales sont les trois disciplines qui ont perdu le plus d’heures depuis la réforme du lycée. D’autres matières, comme l’histoire-géographie, s’en sortent beaucoup mieux. En deux ans, le nombre d’heures dispensées aux élèves a baissé de près de 3 %.” Mais sans plus d’analyse, ces statistiques ne donnent aucune information ! Primo, ces statistiques semblent entériner la concurrence entre les disciplines qu’a (volontairement ou non) promue la réforme du lycée. Secundo, elles ne disent rien des mathématiques comme outil de sélection depuis très longtemps. Tertio, quid des mathématiques absentes du tronc commun ? Ne serait-ce pas là le véritable problème de la baisses des heures ?

Les mesures de Blanquer en faveur des langues anciennes laissent les enseignants sceptiques” présente Violaine Morin dans le Monde. “Le ministre de l’éducation nationale a annoncé, mi-novembre, le renforcement du latin et du grec au collège et au lycée, par le biais de diverses mesures. Mais les professeurs concernés dénoncent des conditions d’enseignement toujours plus dégradées.

Sud-Ouest annonce du changement au lycée…encore.Complètement changé en 2018, le baccalauréat sera à nouveau modifié d’ici 2023. Le but, apporter de la clarification aux élèves, et donner plus de pouvoirs aux établissements. Il y a quatre ans, le baccalauréat faisait sa révolution en mettant en place un grand oral en plus de d’épreuves écrites finales et la plus grande importance accordée au contrôle continu. Comme le rapporte ce mardi 23 novembre un article du Parisien, de nouveaux ajustements détaillés dans des textes officiels parus cet été, vont encore changer la formule du bac.

 

Être et savoir, toujours passionnant, merci Louise Tourret : “Pédagogie : quelle liberté pour les enseignants ?”

En théorie, chaque enseignant est libre de choisir les méthodes qui lui semblent les plus appropriées, mais y a-t-il une “bonne” pratique de cette liberté, qui en marquerait les limites ?” Avec une pléiade de spécialistes : “nos invités, Philippe Meirieu, professeur honoraire en sciences de l’éducation, président national des CEMEA (Centres d’entrainement aux Méthodes d’Education Actives), auteur du Dictionnaire inattendu de pédagogie (ESF éditeur, 2021), Olivier Sidokpohou, Inspecteur général de l’Education national, du sport et de la recherche, responsable du Collège Expertise disciplinaire et pédagogique, Nathalie Mons, présidente du Conseil national de l’évaluation du système scolaire (Cnesco), professeure au CNAM (Conservatoire nationale des arts et métiers), Célia Rosentraub, directrice générale des Éditions Hatier et présidente de l’association Les Éditeurs d’Éducation, et Florie Cristofoli-Coulon, professeure des écoles et formatrice.

Dans Marianne, un Entretien avec Claude Lelièvre “Éducation à la sexualité : “L’école ne s’est jamais sentie légitime sur ces questions“. “Le ministère de l’Éducation nationale s’apprête à toiletter ses séances d’éducation sexuelle pour y intégrer la question du consentement. Historien de l’éducation, Claude Lelièvre rappelle à quel point la sexualité, souvent réduite à une simple gestion des risques, dérange l’institution scolaire.

 


Supérieur

L’Etudiant toujours prêt pour l’“Ouverture de Parcoursup 2022 : tout ce qu’il faut savoir”

Une vidéo très claire : “Plus qu’un mois avant l’ouverture de la session 2022 de Parcoursup. Pour faire le point sur les nouveautés et sur le calendrier de la procédure, l’Etudiant a rencontré Jérôme Teillard, chef de projet Parcoursup au ministère de l’Enseignement supérieur.

Une infographie de l’Etudiant toujours “Université : les filières en tension soulagées par la baisse démographique des bacheliers 2021″: “Avec un taux de réussite au bac moins élevé qu’en 2020, et surtout une baisse démographique, le nombre de nouveaux bacheliers à l’université, en licence et en BUT, a chuté en 2021. Cela permettra de désengorger quelques licences en tension.”

Désorientation

Notre super Bernard Desclaux publie sur son blog la suite de ses commentaires sur le dernier rapport de l’IGESR à propos de l’orientation. Bilan ? “Le CIO a disparu des radars

J’avais proposé une première réaction à chaud dans mon précédent post[2],  puis une deuxième[3]. Cette fois-ci, je vais simplement me poser une question : « Où sont passés les CIO ? »” Malheureusement, la réponse est dans le titre, mais courez lire son analyse, elle est passionnante…et très inquiétante. Un autre article du même blog évoque la promotion du mentorat par L’Union européenne.

L’Etudiant explique “Pourquoi faire appel à un psychologue de l’Éducation nationale ?

LES ACTEURS DE L’ORIENTATION. Ils sont 3.600 en France avec pour mission de conseiller les collégiens, lycéens et étudiants dans leur orientation. Focus sur le rôle des psychologues de l’Education nationale : quand, comment et pourquoi faire appel à eux pour vous aider dans votre projet ?

les psy-EN consacrent aussi de nombreuses heures à des entretiens individuels avec les élèves qui en font la demande. “L’intérêt du psychologue est qu’il a une approche global du lycéen, développe Betheni Sayah. Il va tenir compte du contexte familial, du niveau scolaire, de ses centres intérêts, ses spécificités…

CheckNews a vérifié en septembre : “Reste-t-il seulement 239 bacheliers sans affectation à l’issue de Parcoursup ?”

Le ministère de l’Enseignement supérieur a fait un premier bilan de la procédure d’affectation de la plateforme. Le nombre de candidats sans affectation à la rentrée n’est pas connu.

Libération remarque “Parcoursup : l’avenir des étudiants à la moulinette des commissions”

La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, veut réformer l’accès en master à marche forcée en le calquant sur Parcoursup à l’entrée à l’université. Une réforme dénoncée par Naïm Shili, secrétaire national du syndicat étudiant l’Alternative.

Bientôt un Parcoursup pour l’entrée en master. C’est le dernier chantier que Frédérique Vidal veut mener à terme avant la fin de son passage au ministère de l’Enseignement supérieur. Le plan est simple : la loi autorise la sélection en master, l’Etat ne donne pas aux universités les moyens nécessaires pour ouvrir suffisamment de places face à la hausse de la démographie étudiante, des jeunes se retrouvent donc sans affectation et le font savoir, la ministre se saisit du moment politique pour réformer l’entrée en master.

Le Monde évoque le nouveau test : “Le GMAT, un test « à l’américaine » qui déstabilise les Français” : “L’obtention d’un bon score à cet examen, qui exige rapidité et esprit de synthèse, fait figure de sésame pour intégrer certains masters ou MBA.

 


Ressources

Ensemble pour l”éducation de la petite enfance, une association propose.une série pédagogique inédite de 50 épisodes de 2 minutes qui répond à des questions spécifiques sur le développement de l’enfant à la lumière des récentes découvertes en neurosciences et pour promouvoir la bienveillance éducative.

Cette série vous conduit sur des pistes de postures positives afin d’accompagner l’évolution des pratiques professionnelles et parentales.

 

Emilie Kochert


Sur la librairie des Cahiers pédagogiques

N° 572 – Entretiens en milieu scolaire, novembre 2021

Coordonné par Michèle Amiel et Anne-Marie Cloet-Sanchez

L’entretien est une forme d’échanges avec les élèves, les familles, les collègues, les personnels ou les stagiaires, etc. Entre souci de relation et exigence d’efficacité, son exercice montre que c’est une compétence qui peut se développer, et devenir même un réel support des apprentissages pour chacun.

 

 

 

N° 571, L’alimentation et l’école, octobre 2021

Coordonné par Hélène Limat et Alexandra Rayzal

L’alimentation, un thème aussi essentiel à la vie que marginal à l’école ! Et pourtant il apparait dès qu’on s’interroge sur le fonctionnement du système scolaire dans bien des aspects : le bienêtre des élèves, l’organisation des établissements, les codes et règles, les représentations, les savoirs enseignés et les contenus d’enseignement.
Quelle place prend l’alimentation dans nos salles de classe, nos établissements, nos thématiques et nos cours ?

 

 

Le bac, hier et aujourd'huiHors-série numérique n° 50 – Le bac, hier et aujourd’hui, septembre 2018

Dans le contexte de la réforme du baccalauréat et de la mise en place des nouvelles procédures d’accès aux études supérieures, ce hors-série revient sur de nombreuses tentatives de réformes plus ou moins fructueuses. Bac + 3, bac – 3, orientation, bac pro… quels leviers pour offrir une école plus démocratique ?