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Alors qu’il reste encore une semaine de vacances à la zone B, La situation de l’école semble s’engluer éternellement dans le marasme covidien. Mais heureusement, notre bon parti majoritaire nous a dégotté une bonne petite polémique, et même deux pour faire bonne mesure (mais nous n’allons observer que celle sur les cantines lyonnaises, ne soyons pas trop gourmands). On s’intéresse aussi au genre et au métier d’enseignant.


Métier

Dans Le Monde, on évoque la discipline de sélection…et son manque d’attrait pour de futurs enseignants. «Professeur de maths, un métier qui peine à attirer
A l’université, les étudiants spécialisés dans cette discipline sont aspirés vers d’autres carrières. Le nombre de candidats au Capes de mathématiques a chuté de 17% en quatre ans.
» Comme beaucoup de bons articles, une phrase, en début résume l’idée : «Dans mon domaine et en maîtrisant l’anglais, je peux travailler de n’importe où dans le monde en étant bien payé », assure-t-il. Alors, enseignant…» Je me mets à sa place, mal payé, mal considéré, pris éternellement entre des directions qui changent selon le vent (enfin le ministre…) et les exigences souvent contradictoires des différents acteurs de l’éducation, ça ne fait pas tellement envie…
RFI peut peut-être y trouver une réponse à sa question «Pourquoi la France est-elle classée parmi les derniers en mathématiques en Europe ?»

Mickaël Faivre, vient de publier sur sa chaine Youtube, Bref. Je suis professeur documentaliste. Il y recense (avec forcément des excès) les poncifs que certains peuvent avoir sur les professeur documentaliste et surtout il présente son métier, un bon moyen de travailler les rôles du collège en 6è, par exemple.
sur Youtube https://www.youtube.com/watch?v=34lNXv7Zi54

Vous souhaitez devenir professeur(e) ? Vivre au Lycée vous a trouvé le site avec un test fait pour vous (spoiler, 9/10 chances que ce ne soit pas fait pour vous !)

Dans La France Agricole, on apprend que« Le sénat planche sur l’enseignement agricole «idéal» et doit remettre son rapport » cette semaine (pour abonnés). Espérons pour l’enseignement agricole que Denormandie ne soit pas aussi fossoyeur que le ministre du MENJS

Nathalie Elimas, secrétaire d’État chargée de l’Éducation prioritaire, présente dans L’Etudiant «la première phase d’une expérimentation autour de contrats locaux d’accompagnement qui sera menée à la rentrée de septembre dans 172 établissements de 3 académies.». Je vous rassure, on n’apprend pas grand chose de cette interview : «Nous travaillons à la mise en place de critères d’évaluation», «Le choix des établissements concernés à l’intérieur de ces académies s’appuie sur une série d’indicateurs nationaux et d’indicateurs propres aux académies qui permettent de déterminer les besoins liés aux “unités éducatives”» indicateurs dont vous n’aurez évidemment pas les attendus, etc.


Covid

Dans Le Monde, «Covid-19 : « Il existe en France un déni du risque de l’épidémie à l’école »
Malgré les données scientifiques démontrant le rôle des écoles dans la diffusion du virus, le gouvernement a choisi de les maintenir ouvertes. Or cette décision ne s’accompagne pas d’une stratégie de prévention, déplorent, dans une tribune au « Monde », l’ex-directeur de Santé publique France, François Bourdillon, et la politiste Mélanie Heard.
[…]
Les données virologiques établissent, par exemple, que la charge virale excrétée par les enfants, même asymptomatiques, est comparable à ce qui est observé chez les adultes. Les données britanniques tirées d’un échantillon aléatoire montrent que les classes d’âge scolaire ont des taux de prévalence supérieurs à ceux des adultes. En France, à partir des seules données de dépistage cette fois, la réalité de la circulation du virus chez les enfants est désormais soulignée à chaque point hebdomadaire de l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France […]
D’une semaine sur l’autre, le nombre de classes fermées en France est en très nette hausse. La situation actuelle est, en outre, profondément modifiée par la diffusion de nouveaux variants bien plus contagieux, y compris chez les enfants. Et tous les modèles disponibles s’accordent pour les décrire comme capables de provoquer une vague d’infections dramatique à l’échéance de moins d’un mois dans notre pays.
Devant cette convergence d’informations scientifiques, bien des pays européens ont décidé de fermer leurs écoles : le débat porte alors sur la stratégie de prévention qui permettrait de les rouvrir sans alimenter une reprise de l’épidémie. Mais, dans notre pays, il existe un déni de la réalité du risque et l’« arbitrage » en faveur de la continuité scolaire est tenu pour intangible.
» En clair, une situation de dilemme entre continuité scolaire et risque épidémique…Et à Chambourcy, on n’a pas pu dire “oh oui !” à la reprise lundi pour cause de variant sud-africain…

Et les tests salivaires dans tout ça ? Pour l’instant on n’en voit pas trop la couleur…
Dans La Dépêche, on évoque la zone C, la plus importante en nombre d’élèves et qu’« Il ne faut pas s’attendre à un déploiement massif puisque plusieurs écoles en France n’ont toujours pas été dotées en matériel. Il s’agit en fait d’une nouvelle étape dans la lutte contre le virus alors que la situation sanitaire est jugée très préoccupante» et pour la zone A ? «en Nouvelle-Aquitaine, par exemple, « l’arrivée de ces tests a pris du retard pour les élèves du 1er degré », observe Stéphanie Anfray, présidente de la FCPE 33 »
Mais…
Ouest-France annonce «Covid-19. Les enseignants devront « superviser » les tests salivaires
“Les élèves doivent cracher dans une pipette. Le ministère demande aux directeurs d’école « d’encadrer » l’opération. « Scandaleux », dénoncent des enseignants. Juste du bon sens pour rassurer les enfants, se défend le ministère.”
»
Confirmé par l’article de BFMTV malgré un titre en trompe-l’œil : «Les enseignants craignent de devoir s’occuper des tests salivaires dans les écoles, le ministère nie» sauf que juste après, dans l’article, le ministère ne nie plus du tout.
Depuis l’UNSA éducation et le SNU-ipp ont protesté chacun de leur côté contre cette mesure.

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Faut-il en rire ? Sans doute pas, mais il vaut mieux continuer à rire. Parmi d’autres, Philippe Watrelot mentionne le rire à l’école (et hors d’école, chez les enseignants) dans La Croix : «Les règles parfois insensées et les revirements auxquels l’école est soumise depuis des mois engendrent un déchaînement de blagues sur des sites comme ParentsProfs (parentsprofslemag.fr), Wesh Wesh Prof (sur Facebook), RIP-éduc (@RIP_educ sur Twitter, « Réseau d’information prioritaire, le premier blog d’actualité bienveillant, éthique, responsable, bienveillant et bienveillant »). Des images détournées moquent le « protocole fantôme » censé protéger élèves et enseignants, l’aération des salles surchargées en plein hiver, l’enseignement à une classe entièrement masquée… « Le ministre de l’éducation en prend plein la figure, mais il faut dire que c’est assez facile… », pointe Philippe Watrelot». Ils ont oublié mon cher EdukAktus, mais je leur pardonne, l’article est vraiment plaisant à lire. Je mentionne encore : «« On rit pour ne pas pleurer, observe encore Philippe Watrelot. On est tellement agacés…, c’est un mécanisme de défense. » L’enseignant utilise également l’humour dans sa salle de classe. « Faire des blagues aide à prendre du recul, y compris avec les élèves. La période est dure et triste pour eux aussi. » Pour autant, le prof ne se prend pas pour un humoriste : « Je ne suis pas un stand-upper frustré ! Quand je blague en classe, ce n’est jamais gratuit. C’est aussi une manière de construire la relation pédagogique avec mes élèves. »».


Genre

Claude Lelièvre revient dans une interview pour L’autonome sur la question du genre à l’école.
Extrait choisi : «Le combat pour résorber la division sexuée de l’école passait aussi par la mixité scolaire. Comment s’est-elle mise en place ? Était-ce une volonté délibérée de mélanger les élèves des deux sexes ?
Contrairement à ce que l’on entend souvent, la mixité scolaire n’est pas un pur produit de mai 68. Elle a commencé à se mettre massivement en place dès le début des années 1960. C’est un processus au long cours, qui commence par le primaire et qui, au début des années 1970, ne fait que s’achever.
Ce qui est remarquable c’est qu’on ne le fait pas pour des raisons idéologiques, puisque l’on n’a jamais tranché le débat entre les partisans de la « coéducation » et les tenants du statu quo, mais pour des motifs organisationnels et d’économies d’échelle. On a peut-être « gagné » des postes d’enseignant en fusionnant les classes, mais on a raté l’occasion d’un débat revisitant les fondements de notre école.[…]
Même sous un ministre aussi progressiste (pour son temps) que Jean Zay, l’éducation était encore extrêmement genrée. Aussi les femmes ont-elles dû « grignoter » progressivement ce qui leur était refusé. Par exemple, le taux de jeunes femmes parmi les inscrit·es à l’université, qui n’était que de 3 % en 1900, n’a cessé de croître : 10 % en 1914, 25 % en 1930, 45 % en 1970, 50 % en 1980 et à présent elles y sont largement majoritaires.
Toutefois, notamment parce que l’on n’a jamais réinterrogé un certain nombre de stéréotypes sexistes qui étaient à la base de notre système éducatif, cela s’est fait avec d’énormes disparités selon les disciplines. Si dans le domaine des lettres et des langues, les femmes représentaient déjà 33 % des étudiant·es en 1914, elles sont encore aujourd’hui très minoritaires dans les écoles d’ingénieur·es.
»

Monsieur Patate ? ou Madame polémique à deux balles ? La marque annonce qu’elle va désormais s’appeler Potatoe Head (tête de patate) et non plus Mister Potatoe (Monsieur Patate) pour faire place à toute la famille et tous les genres. Et cela fait un gros titre, un peu partout. Pas de quoi fouetter un chat, purée !

Et si on parlait des règles à l’école ? Violaine Morin s’est intéressée au sujet dans Le Monde (réservé abonnés). «La région Ile-de-France, qui a lancé à la rentrée 2020 une campagne pour équiper les lycées en distributeurs de serviettes hygiéniques et tampons gratuits, estime qu’une élève sur trois ne dispose pas d’un accès satisfaisant aux protections périodiques. ». «La marque Always estime, quant à elle, sur la base d’une étude Google Survey, que 130 000 Françaises ratent les cours, chaque année, à cause de leurs règles. »

Et dans le MESRI ? La ministre a annoncé des distributeurs gratuits à la rentrée pour «lutter contre la précarité menstruelle» a-t-elle annoncé le 23 février sur RTL. Reste à savoir combien de temps les budgets permettront de les réapprovisionner quand on peine à trouver papier hygiénique, savon et essuie-mains déjà. Une réponse partielle dans cet article du Huffington Post d’octobre 2019 : les facs se sont emparées du sujet via leurs BDE surtout. Ainsi à Rennes 2 «Durant la semaine de la rentrée, pas moins de 10.000 kits de 18 serviettes ou tampons bio et sans plastique seront distribués gratuitement, de même que 1300 cups et serviettes réutilisables.»


Cantine

N’ayant aucune envie de m’infliger plus d’islamo-gauchisme ou d’écriture inclusive (je vous renvoie à cette revue et relue pour ce dernier sujet), j’ai choisi ma polémique de la semaine : la viande à la cantine.

Revenons d’abord sur le contexte : pour limiter les manipulations et permettre de mieux gérer les flux d’élèves dans les cantines de la municipalité lyonnaise, le maire a décidé de supprimer les menus avec viande temporairement.
Donnons ensuite la parole à un militant : Benoit Biteau, député européen EELV était jeudi soir sur C8, il explique sur sa page Facebook : «Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles.
➡️Gérard Collomb, l’ancien maire de Lyon avait pris la même décision l’an dernier pour les mêmes raisons ; ça n’avait posé aucun problème au gouvernement à ce moment-là. Etrange non ?
➡️Les enfants défavorisés mangent plus de viande que les enfants des milieux plus aisés. C’est une étude du ministère de l’Agriculture qui le montre !
➡️Le marqueur social le plus fort est en réalité l’accès aux fruits & légumes : la malnutrition des enfants défavorisés est aujourd’hui surtout liée à l’inaccessibilité des fruits & légumes
➡️60% de la viande servie aujourd’hui dans les cantines est importée de l’étranger
➡️Et enfin, les études sur les cantines scolaires qui ont expérimenté le menu végétarien montrent que manger MOINS de viande, c’est manger MIEUX de viande. MIEUX pour les enfants car de meilleure qualité et MIEUX pour les éleveurs français car approvisionnement local ! »
Rappelons que si le maire de Lyon supprime la viande, il ne propose pas pour autant que des menus végétariens, le poisson figurant encore au menu. Et pour la viande des cantines, on est très loin du tournedos rossini soyons honnête, plus près de la semelle dégoulinante de sauce (pour masquer sans doute). Rappelons aussi que cela ne représente pas plus de 4 repas par semaine (sur 21 !).
Libération veut aller plus loin que la polémique : «les 206 écoles de la ville prévoient aussi de se tourner progressivement vers une alimentation bio et tournée vers des producteurs locaux.» pas de quoi rendre hystériques les éleveurs il me semble (réservé abonnés).
Libération publie aussi la tribune de parents d’élèves lyonnais qui s’indignent : «Alors que la situation des écoles est actuellement préoccupante sur de nombreux points, qu’il semble qu’aucune enveloppe supplémentaire au budget de l’éducation nationale ne permette d’imaginer des conditions plus «normales» d’étude en temps d’épidémie, qu’un grand nombre de familles mais aussi toute une partie de la jeunesse se voient fortement précarisées et isolées en cette période, le gouvernement trouve donc urgent de saisir préfecture et tribunal concernant la composition des menus dans les cantines lyonnaises.» et reviennent sur leurs précédentes demandes de prise en compte de qualité dans les cantines.

Mais voilà que le maire de Clermont-Ferrand s’y met aussi selon Le Point. «Les cantines scolaires de Clermont-Ferrand distribuent deux menus végétariens par semaine, a indiqué la mairie, assurant vouloir ainsi « améliorer la qualité des repas ». « Nous proposons depuis le mois de janvier deux menus végétariens, sans poisson ni viande, et cela fonctionne très bien », a déclaré mercredi 24 février à l’Agence France-Presse Nicolas Bonnet (EELV), adjoint chargé de la restauration à la mairie de Clermont-Ferrand.
Le personnel des cantines « a été formé à la cuisine végétarienne pour explorer de nouvelles façons d’agrémenter, de composer les plats, car il ne s’agit pas seulement de supprimer le jambon les jours où il y a purée-jambon », a-t-il ajouté, précisant que les œufs, la crème ou le beurre étaient servis normalement
»

Qu’en dit la professeure en nutrition Martine Laville ? Dans La Croix, Eve Guyot l’a interrogée. «D’abord, il ne faut pas confondre le régime végétarien qui exclut la viande et le poisson, et un menu végétalien qui se débarrasse de l’ensemble des protéines d’origine animale, dont les œufs ou le fromage. Si le régime végétalien est une catastrophe pour la santé, notamment celle des enfants qui sont en pleine croissance, le menu végétarien ne présente aucun danger, et peut même être bénéfique.»
Pourtant sur sa page Facebook, Vie de Carabin a publié une petite BD expliquant les différentes sources de fer et leur absorption. N’étant pas du tout spécialiste (et même n’y connaissant rien), je laisse les pros en parler et vous y renvoie, sauf si c’est pour l’insulter comme certains semblent l’avoir fait…

Un point m’alarme surtout, toutes ces polémiques fondées sur rien, sur des interprétations (parfois personnelles “je pense que…”, “j’ai entendu” très scientiste tout ça) étranges des faits ne servent-elles pas à masquer les vrais sujets qui devraient réellement nous occuper ? Nous enfirouaper (joli terme québécois) voire nous occuper l’esprit pour éviter d’avoir à répondre à de vraies questions d’importance ?

Emilie Kochert, contente de reprendre les cours demain


Le CRAP-Cahiers-pédagogiques a lancé un crowdfunding pour améliorer son site internet (et donc sa revue de presse). Si vous souhaitez et pouvez nous aider, c’est ici : crowdfunding pour un site plus actuel, plus vivant…

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Sur la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 567 – Enseigner l’attention
Dossier coordonné par Peggy Colcanap et Jean-Michel Zakhartchouk
février 2021
Aujourd’hui se multiplient les pratiques visant à développer l’attention des élèves, de la méditation de pleine conscience à des dispositifs s’appuyant ou non sur des recherches cognitives. Nous revenons dans ce dossier sur la notion même d’attention et tout ce qu’elle implique comme activités et postures en classe.

n° 566 Co-intervention : à deux dans la classe
Dossier coordonné par Rachel Harent et Céline Walkowiak
Janvier 2021
L’image d’Épinal veut que l’enseignant soit seul dans sa classe face aux élèves. Or, de nombreuses pratiques de co-intervention, régulières ou ponctuelles, existent au sein des classes. Ce dossier s’intéressera donc à la co-intervention et au coenseignement, à ces espaces-temps où on est deux en classe avec les élèves.