Les intentions premières de cette matinée, furent de faire se rencontrer les auteurs lyonnais de ce dossier, avec les personnes intéressées par les questions du changement. Faire dialoguer les acteurs locaux des deux associations CRAP et Éducation & Devenir fut un pari réussi ! L’assistance pluricatégorielle, inspecteurs, chef d’établissement profs, CPE, formateurs, IFE (Institut français d’éducation) a su échanger autour du changement dans les établissements.

La présentation du Cahier

L’ouverture a laissé place à la présentation des associations, des Cahiers Pédagogiques et du dossier N° 509. Changer ! Mais quoi ? Pour quoi ? Changer mais qui et comment ? Telles étaient les questions.
Les coordinatrices, Roxane Caty-Leslé du CRAP-Cahiers pédagogiques et Cathy Marret, à la fois CRAP et Éducation & Devenir, ont reçu une multitude de textes. Si tous témoignent du fort intérêt, souvent enthousiaste, porté à ces questions du changement, aucun ne se veut modèle.
À chaque contexte ses solutions, qui, elles-mêmes ne sont pas immuables. Le changement est un processus lent dont on ne se rend pas toujours compte. Il nait souvent de controverses, au sens de désaccords, qui évoluent vers des concertations et des actions. Le changement demande, pour survivre, des autoévaluations qui elles-mêmes aboutissent à des remodelages, à des régulations.

Le dialogue Alain Bouvier et Romuald Normand

« Qu’est-ce qui préside au changement ? » a demandé l’animateur Jean-Yves Langanay d’Education & Devenir. Alain Bouvier[[Ancien recteur, auteur de La gouvernance des systèmes éducatifs (PUF).]] réaffirme que l’un des freins au changement c’est l’individualisme. «Depuis longtemps les Cahiers Pédagogiques travaillent pour faire évoluer le travail de collaboration » ajoute-t-il. « La gouvernance, très succinctement, c’est provoquer, faciliter, la collaboration des parties, celle de l’établissement et celle des partenaires extérieurs. C’est mettre en réseau. La collectivité devient apprenante dès l’instant où l’on met en place des régulations par le biais d’autoévaluation.» « Le concept de leadership dont je parle, dit Romuald Normand[[Sociologue, université Strasbourg co-auteur de L’école, la grande transformation, ESF.]], est assez proche de celui de gouvernance. » Le pilotage, souvent restreint aux activités pédagogiques et le management, trop axé sur la performance, ne suffisent pas à améliorer les résultats des élèves. Ni l’un ni l’autre ne conviennent pour décrire un des facteurs qui préside au changement. Le leadership, c’est organiser la discussion, la controverse en tant que débat d’idées, c’est faire en sorte que le chef d’établissement encourage les initiatives et reconnaisse les expertises et la créativité des uns et des autres. C’est favoriser la mutualisation. C’est initier et faire vivre des réseaux.

Romuald Normand, Jean-Yves Langanay, Alain Bouvier. ©DR

Romuald Normand, Jean-Yves Langanay, Alain Bouvier. ©DR


« Nous avancerons, dès lors qu’il se pratiquera davantage d’autoévaluation pour réguler. C’est un des leviers du changement. » dit Alain Bouvier. « La démarche d’autoévaluation apporte une réflexion sur les besoins en formation des personnels de l’établissement. Il est avérée que les formations, in situ, avec besoins identifiés, ont des incidences remarquable sur les résultats des élèves, sur les pratiques et les interrelations entre enseignants. » renchérit Romuald Normand.

La Table ronde

Michèle Amiel du CRAP a fait dialoguer, deux professeurs de collège, un chef d’établissement, un CPE et la salle, autour de leur projet.
La création du « lieu-parents »
Les témoignages du principal Gérard Heinz et de Jean-Yves Degache, CPE, sur la création du lieu parent dans un RAR, a illustré ce que peuvent être la « gouvernance ou le leadership». Le constat dans ce collège, comme dans beaucoup d’autres, c’est la quasi absence des parents dans la vie du collège. Ils ne viennent à l’école, quand on les y pousse, que pour entendre des déplorations sur leur enfant.

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« D’abord on a sollicité les parents par d’autres moyens que l’écrit. Nous avons trouvé une personne, financée par la ville, qui habitait le quartier. Allant de porte en porte, par la parole elle a créé une émulation chez les jeunes parents. » dit Gérard Heinz, principal. L’autre levier fut de réhabiliter, non sans mal, un espace d’accueil avec table à langer grâce au Conseil général. Le groupe de parents relai parle du collège sur le marché, dans le quartier en terme plus élogieux : les élèves ne sont plus en grand danger. « Les enseignants travaillent pour leur bien. Il se passe de bonnes choses dans ce collège. » D’autre part, le comportement des élèves change quand les parents sont dans les lieux. La réalité remplace les rumeurs. Et le CPE de compléter : « Maintenant, cette année, après 3 ans, nous nous attaquerons aux devoirs, aux apprentissages. Nous voulons donner quelques billes aux parents concernant le travail à la maison. »

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Roxane Caty-Leslé