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Guillaume Duval, rédacteur en chef de Alternatives économiques

Il est bon de remettre en cause des idées reçues : la France est loin d’être le pays qui dépense le plus pour son système éducatif. On est dans une moyenne mondiale. Et si notre école s’est beaucoup ouverte depuis une trentaine d’années, on reste bien en dessous de certains pays. 97% des jeunes coréens ont le bac. Et on sait que l’ouverture stagne depuis quelques années, et que s’il y a eu par exemple progression dans l’accès au supérieur, c’est surtout grâce au supérieur court.
En même temps, notre système reste très inégalitaire. Un exemple, la France est un des pays (avec l’Allemagne et la Belgique) où, selon les évaluations PISA, les résultats en mathématiques sont le plus corrélés à la profession des parents.
Remarquons aussi que si beaucoup de discours semblent favorables à plus de qualifications à l’école, on a développé de façon importante l’emploi peu qualifié : la France est un des pays où le nombre d’emplois proches du SMIC est le plus fort. Cela d’ailleurs entraine les frustrations de jeunes qui ont acquis une qualification et ne trouvent pas d’emplois correspondant à celle-ci.
La hiérarchie des salaires est très forte et le rendement privé des études longues est très élevé.
Tout cela nous met en présence d’une société très inégalitaire, où on remet en plus aujourd’hui l’ouverture de l’école, où on prône un discours de renoncement.
Alors que les pays qui ont réussi la démocratisation, et en premier lieu les pays scandinaves, sont aussi des pays bien placés dans la mondialisation (voir le high-tech en Finlande, etc.)

Programmation 2014-2015

Programmation 2014-2015

Écouter l’enregistrement intégral de l’intervention de Guillaume Duval
duval.mp3


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Agnès Van Zanten, sociologue de l’éducation

Analysons les politiques de lutte contre les inégalités, à partir des années 80. On a institutionnalisé des dispositifs venus de la base (partenariat, projets, contrat…), on a cherché à établir des liens forts entre l’école et le « territoire » en menant une action volontariste pour limiter la stigmatisation des populations, mais tout cela dans un cadre inchangé. Le projet d’établissement est resté très formel et n’a pas touché le cœur des pratiques, il est devenu un outil bureaucratique . Le travail d’équipe aurait nécessité de revoir les modalités d’affectation, cela n’a pratiquement pas été fait.
Les acteurs se sont démobilisés après une période d’effervescence. On a renvoyé les problèmes à l’extérieur (les familles qui ne s’impliquent pas, etc) et on a choisi la « solution » de l’adaptation. Par exemple en faisant des évaluations plus axées vers les comportements.
Quand on compare les carrières ultérieures des élèves, on se rend compte du peu d’efficience des résultats quand on les compare avec d’autres types d’établissements.
On a aussi créé à l’intérieur des établissements des « bonnes classes » à travers par exemple les langues.
Un sentiment d’échec de la politique territoriale s’est développé, si bien qu’on est arrivé à la politique actuelle qui est centré sur les individus.
Il faut aller « sauver » des élèves injustement menacés par l’enfermement dans des établissements défavorisés, alors qu’ils « méritent » mieux.
L’individualisation va se faire au niveau du traitement, avec le développement d’un tutorat basé sur un « gagnant-gagnant ». On est là en présence d’un changement radical.
Or, on pourrait imaginer que les deux politiques coexistent : une plus centrée sur les territoires, une autre sur les individus. Mais le risque est grand qu’une politique se substitue à l’autre. La politique « individuelle » fait beaucoup plus consensus chez les décideurs. D’autant qu’il est assez facile d’obtenir rapidement des résultats. Alors que c’est beaucoup plus difficile quand on travaille sur les territoires.

Programmation 2014-2015

Programmation 2014-2015

Écouter l’enregistrement intégral de l’intervention de Agnès Van Zanten
van_zanten.mp3


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Antoine Prost, historien

On pourrait dire qu’en France, on a une politique « coréenne » (modèle de compétition plutôt rude) avec un discours finlandais (la réussite de tous, des relations beaucoup plus détendues à l’intérieur du système éducatif).
Si on regarde dans l’histoire récente, on se rend compte que si on part du nombre de bacheliers, on voit bien qu’il augmente considérablement. Mais c’est grâce aux bacs pro et technologique. Si on considère le bac général, on remarque que pour les enfants d’ouvriers, on reste autour de 20% et il n’y a pas de progrès.
Les élèves entrés en sixième en 1989 : 75% ont le bac général, moins d’un quart d’enfants d’ouvriers. En fait, on a fait entrer beaucoup d’enfants en sixième. Avant, il y en avait peu, aussi une fois qu’ils étaient entrés en sixième, cela marchait bien pour eux et les mettait au niveau des enfants de cadres.
Il y a eu démocratisation au sens d’un accès supérieur aux études longues, mais les inégalités sont restées. On peut parler avec Pierre Merle de « démocratisation ségrégative ».
Aujourd’hui, on semble vouloir lutter contre la ghéttoïsation et on recherche une certaine mixité sociale. Celle-ci a existé autrefois, comme le montrent des recherches que je mène sur des archives d’établissements d’entre les deux guerres. Elle existait surtout là où les établissements cherchaient à retenir un nombre suffisant d’élèves, c’est-à-dire dans des petites villes.
On essaie aujourd’hui de lutter pour plus de mixité sociale, mais celle-ci est rendue difficile de par l’habitat social. L’urbanisme commande la répartition des élèves.
Mais on peut agir, on peut jouer sur des paramètres :
– l’effet-établissement,
– l’effet-maître,
– les politiques locales.
Il y a de grandes différences selon les enseignants, selon les établissements, les contextes.Toutes les inégalités ne sont pas liées au territoire et à la composition sociale.

Programmation 2014-2015

Programmation 2014-2015

La vidéo de l’intervention d’Antoine Prost
conf_prost.flv


Programmation 2014-2015

Programmation 2014-2015

Écouter le débat qui a suivi les trois interventions
prost_debat_1.mp3


Action financée par la Région Île-de-France
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Photographies de Laurent Nembrini