Quels sont les dangers de la téléphonie mobile ? Pour ou contre les OGM ? Qu’est-ce que la citoyenneté à la française ? Comment lutter contre la pollution ? Contre le racisme ? Ce sont des questions que l’on peut aborder en cours et qui souvent constituent un moyen d’amener les élèves à s’intéresser à telle ou telle discipline.
Mais ces questions que l’on peut poser aux élèves en appellent d’autres qui, sont d’ordre pédagogique et didactique.
Par exemple : Peut-on parler du conflit israélo-palestinien dans les manuels scolaires ? Comment aborder la question du genre et de l’égalité des sexes avec les élèves ? Comment garder du recul et une certaine neutralité ? N’y a-t-il pas un risque à s’engager sur ce terrain « glissant » ?
Ce sont toutes ces questions que traite cet ouvrage collectif consacré à ce qu’il nomme des « questions socialement vives » (QSV). Comme le dit Alain Legardez dans un texte théorique, ces questions sont socialement vives à un triple niveau : dans la société, dans les savoirs de référence et dans les savoirs scolaires. Elles font donc d’abord débat dans la société et sont souvent l’objet d’un traitement médiatique qui fait que l’on en a tous déjà plus ou moins connaissance. Mais l’enjeu didactique est d’aller au-delà de ce discours pour construire des connaissances, tâche d’autant plus difficile que les savoirs de référence eux-mêmes ne sont pas forcément stabilisés et consensuels sur la question.
C’est ce qui peut conduire de nombreux enseignants à se sentir démunis pour aborder ce type de questionnement. Difficulté renforcée par le fait que cela modifie considérablement le rapport au savoir et les enjeux de pouvoir au sein de la classe.
Pourtant, il y a là un enjeu éducatif et citoyen essentiel pour un rapport démocratique au savoir. Les coordinateurs de l’ouvrage l’énoncent dès l’introduction : « L’enjeu éducatif est de permettre aux élèves de développer une opinion informée sur ces questions, d’être capable de faire des choix en matière de prévention, d’action, d’utilisation et d’être en mesure d’en débattre. Pour cela, il convient entre autres que les élèves comprennent les contenus scientifiques impliqués et identifient les controverses à leur sujet, et enfin analysent leurs répercussions sociales. »
L’ouvrage collectif (une quinzaine d’auteurs) propose plusieurs pistes pour aller dans ce sens. On y trouvera, et c’est une bonne chose, à la fois des textes abordant des problématiques concernant les disciplines scientifiques expérimentales (biologie, physique, notamment) et les sciences humaines et sociales. Mais les auteurs montrent bien aussi que les QSV remettent en question les frontières disciplinaires et obligent souvent à des approches pluri ou trans-disciplinaires. On sait que c’est souvent le cas avec les nouveaux dispositifs que sont l’ECJS ou les TPE. Mais, tout en n’éludant pas les risques didactiques et la question de la légitimité des savoirs, ils insistent sur la nécessité de s’appuyer sur des savoirs théoriques et des concepts rigoureusement construits. C’est cette exigence de rigueur qui est essentielle et qui fait que l’on est bien loin du débat médiatique ou de café du commerce.

Philippe Watrelot


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