En dépit de ses ambiguïtés, des valeurs contradictoires qu’elle est susceptible de porter, de la nécessaire clarification qu ‘elle exige, l’innovation demeure au cœur de l’actualité éducative.

Aussi ancienne que « l’éducation nouvelle », elle a repris le devant de la scène depuis la rentrée 2000 avec la création du CNIRS (Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire) qui a donné une reconnaissance institutionnelle aux personnes et aux équipes engagées dans des projets innovants. Simple hochet pour amuser les pédagogues qui leur donne, à la marge du système, l’occasion de mettre en œuvre leurs idéaux, sans risquer pour autant de déranger le statu quo, ou tremplin pour une expérimentation en actes, ouvrant la voie à une transformation qui aura fait la preuve de son efficience ? Ni l’un ni l’autre, vraisemblablement : nous savons bien que la logique binaire est une illusion d’optique… Le problème existe néanmoins et les questions méritent d’être posées dans leur complexité.

L’article de B. Mattéi, L’innovation à l’École : pour changer quoi ? paru dans le Cahier de novembre 2001 (n° 396) apporte des éléments de réflexion.

Le Monde de l’Éducation de novembre y consacre son dossier et fait le point sur la politique de l’innovation.

Les journées d’automne du CRAP, qui se sont tenues à Marly-le-Roi début novembre, ont remis en chantier la réflexion sur l’innovation [[Même thème, dix ans plus tôt, aux Journées d’automne de novembre 1991 !]]. Les mouvements pédagogiques, porteurs d’innovation dans leur essence même, ont à se confronter au devenir d’une idée, ou plutôt d’une démarche désormais « absorbée » par l’Institution.

À noter également la tenue d’une réunion le dimanche 25 novembre 2001, à Saint-Denis, à l’initiative de l’ICEM-pédagogie Freinet, qui a rassemblé une cinquantaine de personnes engagées dans des projets innovants. La question de la pérennisation du CNIRS sur fond d’horizon électoral a été posée et avec elle la question du devenir des établissements expérimentaux existants, de l’extension à d’autres équipes, certaines déjà prêtes pour la rentrée 2002.

C’est dans ce contexte que nous vous proposons d’engager le débat, à travers des analyses et témoignages venus d’horizons divers. Écho des journées d’automne et du Salon de l’éducation par des participants ; point de vue de praticiens sur les réformes, les priorités à mettre en œuvre ; enfin une interview de Marie-Danièle Pierrelée qui a pu ouvrir, avec son équipe, un collège « pionnier » à la rentrée 2001. Nous l’avons réalisée en deux temps : peu de temps après la rentrée, puis début décembre.

Marie-Christine Chycki