Le titre pourrait être celui d’un ouvrage racoleur et alarmiste de plus sur les défaillances de l’école, c’est au contraire un pavé dans la mare croupie des idées reçues. La première partie, historique, compile de nombreux récits de violence scolaire, qu’on aurait bien du mal à dater : décidément, les attitudes rebelles des élèves, les violences entre eux ou à l’égard des adultes sont loin d’être des particularités de notre époque postmoderne, loin également d’être l’apanage des « sauvageons » des cités populaires. Même permanence dans les discours tenus, qu’ils soient de l’ordre de la récrimination (contre le recul des valeurs morales, l’individualisme, les défaillances parentales, etc.), ou bien de l’ordre de la réflexion pédagogique sur les réponses à apporter aux violences. Ainsi cette affirmation : « La discipline libérale […] veut obtenir le consentement de l’enfant à une règle reconnue nécessaire : elle veut lui apprendre à se gouverner soi-même. » Un brûlot pédagogiste des années 1970 ? Non, une très officielle circulaire ministérielle du 15 juillet 1890, qui précisément prône cette « discipline libérale »…
Par contre, nulle trace dans les textes officiels ou dans ce que l’on sait du quotidien des classes, même en remontant dans les profondeurs du xixe siècle, d’un âge d’or d’une autorité indiscutable du maître. Ceux qui l’évoquent en parlent toujours comme d’une époque malheureusement révolue…
S’il y a bien une évolution des relations maître/élève au cours des années 60, les auteurs montrent pour l’expliquer le rôle important de la mixité des classes, qui contribue largement à faire reculer les pratiques répressives violentes des maîtres : on applique moins volontiers férules et gifles à des jeunes filles… Les modifications d’organisation institutionnelle sont décisives également dans la perception des violences : autrefois concentrés dans les classes de fin d’études, les élèves les plus rétifs au système scolaire, ceux dont la rébellion dérange le plus (même si elle n’est pas forcément plus violente que, par exemple, les pratiques de bizutage dans les grandes écoles), sont désormais scolarisés plus longtemps, dans des classes plus hétérogènes.
Autre tournant nettement mis en évidence par les auteurs : le choix politique fait par les responsables de l’État, en s’appuyant sur quelques faits divers, de mettre au premier plan la lutte contre la violence scolaire, à grand renfort de slogans du type « tolérance zéro » (Ségolène Royal), « école sanctuaire » (François Bayrou), etc.
Au-delà des plans de lutte contre la violence qui se succèdent alors en rafale, les auteurs concentrent ensuite leur analyse sur les phénomènes de judiciarisation (recours à la justice pour sanctionner les actes commis dans le cadre scolaire) et de juridicisation (recours aux principes du droit dans l’élaboration des règles internes à l’école), avec de nombreux exemples issus de l’expérience des Autonomes de solidarité, dont Francis Lec est avocat-conseil. Montrant les limites de cette intervention du droit dans le monde scolaire, les auteurs se prononcent pour une politique de sécurisation, fondée sur la prévention, la sanction et la réparation, élaborée et conduite collectivement dans les établissements. Plutôt que de battage médiatique, de simplismes répressifs, c’est bien de pédagogie dont les équipes ont besoin pour gérer les problèmes de violence à l’école.

Patrice Bride


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