La question des quotas de boursiers dans les grandes écoles vient de faire la Une sur la scène médiatique, celle censée modeler l’opinion publique. C’est une façon d’éviter de parler du véritable défi auquel doit répondre aujourd’hui notre système éducatif, celui de sa démocratisation. Ce débat est bien révélateur d’une représentation de l’école qui reste celle d’un système construit pour sélectionner. Comme le rappelle Christian Baudelot dans une interview à Rue 89, « la France est le pays où l’origine sociale exerce la plus grande importance dans la réussite scolaire des enfants ». L’ouvrage « L’élitisme républicain » qu’il a publié à l’automne dernier avec Roger Establet montre combien notre école amplifie les inégalités. Elle est donc loin de faire « l’excellence » dont se targue en permanence un président de la République qui ne cesse de gesticuler autour des idées de modernité et de réformes. Un article de Denis Sieffert paru dans Politis, « Demain, nous lançons le France ! », décrit la manière dont la politique menée est inspirée d’une philosophie élitiste, nostalgique d’un monde révolu et d’une certaine grandeur de la France.
La controverse qui vient d’enfler autour des grandes écoles ne concerne donc que les élites et leur reproduction. « L’éducation de tous et non le classement au mérite… » conclut Marie Duru-Bellat dans l’entretien qu’elle nous a accordé lors de la sortie de son ouvrage « Le mérite contre la justice ». Les points de suspension ouvrent sur l’enjeu majeur auquel nous devons répondre : l’égalité effective de tous à l’éducation, à la formation, à la culture et à la qualification. Le Nº 467 des Cahiers pédagogiques, « Égalité des chances ou école démocratique ? », interroge la notion même d’égalité des chances, qui peut être un « piège » quand elle se fonde sur un individualisme exacerbé et nie les déterminismes sociaux. On peut lire dans ce dossier une contribution de Denis Meuret qui affirme que « si nous voulons une école plus juste, il faut commencer par bâtir une école plus utile à chacun dans toutes les dimensions de sa vie, de sorte que chacun ait de bonnes raisons d’y faire des efforts, et cesser d’y valoriser l’effort en tant que sacrifice. »
La polémique à laquelle nous assistons permet cherche à faire oublier les suppressions massives de postes dans l’Éducation nationale. Il occulte surtout la réflexion autour des vrais sujets qui se posent dès le primaire : la mise en place du socle commun, l’accompagnement, les difficultés scolaires ou encore le travail par compétences. Tous sujets que nous traitons dans les dossiers des Cahiers , toujours assortis de réflexions et de débats, mais aussi de témoignages qui bien souvent rendent compte de la créativité d’enseignants et du bonheur d’enseigner. Un bonheur d’enseigner que nous ne pouvons que souhaiter à tous, en forme de vœux pour cette nouvelle année…

François Malliet