Il existe pourtant dans l’Éducation nationale française quelques rares structures spécialisées dans la reprise d’études secondaires, des écoles qui offrent précisément ce que le Président de la République appelle de ses vœux lorsqu’il parle, trop peu, de cette deuxième chance offerte « à celui qui n’a pas le bac et qui veut poursuivre des études supérieures ». Le CLEPT (Collège Lycée Elitaire Pour Tous) à Grenoble, le Microlycée de Sénart (en Seine et Marne), le Lycée Intégral à Paris sont les seules structures spécifiques existantes dans l’Education nationale qui offrent à des jeunes décrocheurs la possibilité de se réinscrire dans un parcours scolaire diplômant. Les résultats de ces écoles sont connus et publiés, leur travail suivi par des équipes universitaires, leur réussite parfois mise en avant. Elles travaillent en commun, organisent des colloques, des séminaires et se sont fédérées, avec d’autres établissements expérimentaux qui ne sont pas spécialisés dans le raccrochage scolaire, dans la FESPI (Fédération des Etablissements Scolaires Publics Innovants). Les équipes qui y travaillent sont toutes volontaires, soudées autour d’un projet construit en commun et réunies par une même vision pédagogique, celle où éducation et instruction vont de pair, loin de certains relents réactionnaires actuellement à la mode. Ces écoles de la 2ème chance présentent également l’avantage d’expérimenter des pratiques transférables à celles de la première chance et contribuent donc à l’amélioration de la totalité de l’offre scolaire de l’Éducation Nationale.

Nicolas Sarkozy connaît-il ces écoles-là, celles de l’Éducation nationale ? Il y rencontrerait des jeunes qui ont connu des difficultés innombrables, tant sociales que scolaires, qu’ils soient ou non issus de l’immigration, qui ont souvent vu leur confiance dans le monde des adultes brisée et qui donnent une image bien abîmée de notre école républicaine. Tout le travail des équipes éducatives dans ces écoles publiques est de reconstruire le chemin des possibles et en tout premier lieu celui du difficile apprentissage des savoirs. Ils s’y retissent les liens de confiance et de responsabilité, de plaisir et d’exigence dans une mixité sociale rarement égalée, tant le décrochage scolaire touche tous les milieux. Connait-il Karine, d’origine gabonaise mais ayant toujours vécu en France qui a arrêté les études pendant 5 ans, tenté sans succès de les reprendre dans un lycée « ordinaire », s’est résolue au ménage et au travail de caisse et qui est arrivée au Microlycée de Sénart, a choisi une filière Economique alors qu’elle venait d’une filière technologique ? Elle a obtenu son bac et finalement entamé un DUT de carrières juridiques car elle ne voulait pas retourner sur le marché du travail sans le bac et refusait toute idée d’une formation non diplômante. Connait-il Simon arrivé au CLEPT après avoir décroché d’un CAP du bâtiment et “erré” près d’un an ? Il vient de finir sa licence en Sciences de la Terre et l’Univers. Connait-il David, exclu de plusieurs collèges à cause de son comportement, et qui après 8 mois hors de l’école a été accueilli un an au Lycée Intégral, a réussi à rejoindre une Terminale STG dans un lycée traditionnel et a depuis obtenu son BTS ?

Ces jeunes sont nombreux qui veulent, grâce à la dignité retrouvée par l’école, continuer à construire leur vie étudiante mais ils demandent une autre école que celle qu’ils ont connue et pour un certain nombre quittée, une école où la réussite est bien celle de tous et non pas seulement celle des meilleurs. Ils ont, aujourd’hui en France, bien peu de possibilités de reprendre leurs études alors qu’ils en eu beaucoup de les abandonner. Ils trouvent que les chemins de la démocratie scolaire sont parfois bien difficiles à parcourir et ont d’ailleurs cessé d’y cheminer. L’incompatibilité réciproque est trop forte, la deuxième chance trop rare.

Ces jeunes en souffrance scolaire ne demandent souvent pourtant qu’à retrouver, même si c’est difficile, le chemin des apprentissages. Ils veulent une école qui les reconnaisse pour ce qu’ils sont, leur offre écoute et encadrement et les mène à nouveau sur le chemin de la réussite. Mais de quelle réussite parle-t-on ? Les indicateurs quantitatifs existent : au Microlycée de Sénart, les résultats au bac sont de 10 à 25% supérieurs à ceux obtenus par des élèves du même âge dans le système « traditionnel » et après le bac, un tiers des élèves font des études longues, un tiers des études courtes. L’essentiel est pourtant ailleurs dans la reprise de confiance, dans la reprise d’études, dans une vie qui se reconstruit. « Au CLEPT, dit Audrey, j’ai autant appris qu’appris sur moi-même ». Tous les élèves reconnaissent que grâce à ces structures de la deuxième chance, ils ont pu se remettre en marche, se diriger à nouveau vers cette société qui ne leur faisait pas vraiment envie…

Le Président de la République affirme que « la deuxième chance, c’est un projet de société » et il en fait « une des priorités de son quinquennat ». Les structures scolaires de la deuxième chance doivent donc être multipliées au-delà du seul réseau des écoles type E2C, quelles que soient leurs qualités. L’Éducation nationale doit aujourd’hui avoir ses propres écoles de la deuxième chance. Cette volonté politique-là existe-t-elle ?

Eric de Saint-Denis, délégué général de la FESPI (Fédération des Etablissements Scolaires Publics Innovants).