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Objectifs de l’atelier : alors que les pédagogies alternatives sont mal connues, peu étudiées et ont pu être soupçonnées de convenir surtout aux élèves issus des classes moyennes, repérer en quoi des choix pédagogiques forts, portés par une équipe de maîtres « Freinet », permet à des élèves, en milieu populaire, d’apprendre et de se construire.

Témoins : Sylvain Hannebique et Marcel Thorel, école « Freinet » de Mons en Baroeul.

En septembre 2001, ce groupe scolaire en grande difficulté bénéficie de l’arrivée d’une nouvelle équipe affectée hors des règles habituelles du mouvement. Il s’agit d’une équipe d’enseignants engagés dans le mouvement Freinet, désirant travailler collectivement sur l’ensemble des niveaux, de la maternelle au CM2. Leur volonté a rencontré celle de l’inspecteur de la circonscription qui souhaitait remettre sur pied cette école d’un quartier populaire qui perdait des élèves à cause de problèmes d’incivilité et de résultats faibles. Le travail de l’équipe a été observé et analysé pendant plusieurs années par des chercheurs de l’université de Lille, les uns spécialistes de disciplines d’enseignement, les autres de sociologie ou de psychologie (Lire la recension de l’ouvrage rédigé sous la direction d’Yves Reuter). Le but était de sortir des jugements de valeur a priori sur les pédagogies actives, ici la pédagogie Freinet, en examinant en détail, avec les méthodes des sciences humaines, les effets sur les apprentissages et la socialisation des élèves.

Nos témoins précisent d’emblée qu’ils pratiquent une pédagogie Freinet et non pas la pédagogie Freinet, qu’il y a diverses entrées dans les pratiques et non un dogme à appliquer, qu’ils font des choix en fonction des situations dans lesquelles ils sont. Ainsi a-t-il fallu, au début, fermer l’école, très matériellement, pour empêcher les intrusions de personnes extérieures… ce qui n’empêche pas cette école d’être très ouverte sur la vie des élèves et très ouvertes aux familles. Par exemple, les élèves réalisent régulièrement un « journal télévisé » de la vie de l’école, qui est présenté aux parents. Et les apprentissages sont fondés sur les apports des élèves : à partir des « quoi de neuf » et entretien émergent des thèmes, des questionnements, qui seront ensuite travaillés. Cela exige des maîtres une écoute attentive, puis la construction d’outils et de dispositifs qui permettront de mettre en place des apprentissages partant des centres d’intérêts et questions des élèves. Les outils de la pédagogie Freinet ne sont jamais utilisés gratuitement, pour eux-mêmes, mais parce qu’ils répondent à des besoins.

Les points forts de cette pédagogie tels qu’ils sont apparus pendant l’atelier :

1 – Une école qui donne de la saveur aux savoirs
L’école est d’abord un lieu de travail. Alors même que cette école faisait face à des problèmes de violence et d’incivilité, l’équipe a fait dès le départ le pari d’entre par les savoirs, le pari qu’apprendre résoudrait périphériquement la violence ; encore fallait-il pour cela que les élèves aient envie d’apprendre, que le savoir soit désirable. Tous les dispositifs de travail ont ce souci : partir des questionnements des élèves, respecter leurs rythmes, mettre en place des projets, donner aux élèves une certaine autonomie (qu’ils peuvent perdre à titre de sanction). Chaque élève peut suivre son chemin et se construire comme sujet apprenant.

2 – Une école qui articule l’individuel et le collectif
Il ne s’agit pourtant pas d’individualiser l’enseignement. Les maîtres veillent à ce que l’ensemble du groupe s’approprie le travail proposé ou réalisé par chacun ; les élèves travaillent en groupe ou individuellement, s’aident, présentent leurs travaux à la critique du groupe, demandent au groupe des suggestions pour aller plus loin. Cette articulation entre un cheminement individuel et le rôle d’un groupe-classe dont partent les travaux et où ils reviennent semble être un facteur de réussite de cette pédagogie.

3 – Une école où le maître a changé de posture
L’image utilisée par les intervenants est « mettre ses pas dans les pas de l’élève ». Il faut savoir accepter les apports des élèves, les événements vécus par la classe, puis être capable de les exploiter pédagogiquement. Une exploitation qui se fait en lien avec les programmes officiels. Le maître est conduit à assumer l’insécurité d’une absence de programmation stricte.
Cela implique des temps de réflexion, de formation ou auto-formation collective.

4 – Une école où l’équipe est une ressource fondamentale
C’est d’abord l’équipe enseignante de l’école, qui se réunit régulièrement, déjeune systématiquement ensemble pour discuter du travail en cours, où chacun peut soumettre aux autres les problèmes qu’il rencontre et les questions qu’il se pose. L’équipe permet aussi de pallier l’insécurité qui peut parfois naître de cette façon de travailler au plus près des questions et propositions des élèves et joue pleinement son rôle d’étayage pour les maîtres. C’est aussi, au-delà, le mouvement Freinet et son groupe départemental, ainsi que les outils et réflexions élaborés dans ce mouvement.
L’investissement collectif montre bien comment l’effet établissement joue dans les résultats obtenus.

Peut-on décontextualiser une telle expérience, la transposer par exemple au niveau du collège ? Les conditions d’exercice spécifiques au premier degré ont influé sur les modalités de travail choisies par l’équipe et contribuent à sa réussite. L’important travail d’équipe est sans doute plus difficile à mettre en œuvre dans le second degré. Il existe néanmoins des équipes qui, sur une classe, se fondent sur la pédagogie Freinet, des professeurs qui, individuellement, utilisent des outils de cette pédagogie et s’inspirent de son esprit. L’effet établissement ne peut alors pas jouer de la même manière. Il faudra de toute façon une adaptation aux conditions du second degré. A noter qu’à La Ciotat, un projet de création d’un collège-lycée fonctionnant en pédagogie Freinet est bien avancé. En tout cas, les chercheurs le confirment y compris après avoir suivi une cohorte à son arrivée au collège, l’école de Mons a rempli ses objectifs et montre qu’une pédagogie Freinet peut faire réussir les élèves issus de milieu populaire.


Action financée par la Région Île-de-France
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