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Peut-on encore former les enseignants ?

Pascal Guibert et Vincent Troger, éditions Armand Colin, 2012

18 avril 2013

Un bilan de la formation professionnelle existante (ce qu’elle a été avec les IUFM, puis sa progressive destruction), des propositions pour les futures ESPE, mais aussi une réflexion de fond sur le métier lui-même. Un ouvrage utile en cette période d’indispensable refondation.


« Peut-on encore former des enseignants ? », le titre de cet ouvrage sonne comme une boutade, voire une provocation, à l’heure où l’on aurait tendance à remplacer le « peut-on » par « on doit » et le « encore » par « plus que jamais ».

Dans la crise que rencontre l’école actuellement, mise en exergue par le changement de gouvernement et la volonté de réformer, la question de la formation des enseignants apparaît primordiale : dégradation de l’image des enseignants dans l’opinion publique, crise des vocations ou crise des recrutements … une partie de la solution se trouve sans doute dans la formation des enseignants.

Pascal Guibert et Vincent Troger dressent un bilan sérieux du système scolaire aujourd’hui : éclatement des finalités de l’école, des conditions d’exercices, pluralité du métier d’enseignant (ou plutôt d’enseignants).

Par ailleurs, le tour d’horizon historique sur les IUFM, leurs échecs, leurs réussites, ouvre de véritables perspectives pour une réflexion sur un nouveau mode de formation des enseignants. La remise en cause du modèle consécutif de formation (formation universitaire, théorique puis professionnelle) jalonne l’ensemble du propos ; elle donne à penser que rétablir le concours à la fin du M1 pour retrouver une seule année de formation professionnelle en M2, est bien loin d’être suffisant. Même si la logique des ESPE paraît alléchante, il faut plus que jamais réaffirmer qu’enseigner est un métier qui s’apprend, qui ne se découvre pas uniquement à partir de savoirs savants, mais qu’une immersion partielle ou totale en début de carrière et le soutien de quelques collègues et d’un tuteur ne peuvent suffire.

Ce qui est surtout intéressant dans cet ouvrage, c’est qu’au-delà de la question de la formation des enseignants, les auteurs s’interrogent réellement sur le métier lui-même, la légitimité professionnelle, la culture professionnelle. Le livre va même jusqu’à (re)définir une éthique professionnelle : refus de l’échec scolaire et éducabilité de tous, responsabilité collective des établissements et individuelle du professeur, autorité de l’enseignant, obligation de formation continue.

Il s’agit bien d’une refondation de l’école avant une réforme de la formation des enseignants. Refondation en profondeur, qui se doit d’être courageuse et ambitieuse…

Agnès Coester