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Point de vue

Et si on croisait les propositions ?

Organiser les débats par groupes thématiques était indispensable dans un premier temps, mais il faut prolonger le dispositif pour une synthèse qui soit cohérente et qui préserve la mobilisation voire l’adhésion du plus grand nombre. Par Nicole Priou.


Qu’on l’appelle ou non refondation, nul doute qu’un travail conséquent pour redonner un cap à l’école et en faire une institution plus juste et plus efficace s’avère nécessaire.
Qu’une large concertation puisse associer l’ensemble des acteurs et leur permettre de croiser leurs analyses, leurs souhaits, leurs propositions : on ne peut que s’en réjouir.
Aucun dispositif d’organisation de concertation à une échelle aussi large – aussi pensé soit-il – ne peut conjurer par avance les effets pervers inévitables de tout dispositif, quel qu’il soit. Tenter de les anticiper permet cependant de les contrôler au mieux.
Face à la démarche déjà en route qui met en mouvement une diversité d’acteurs pour un projet ambitieux, sans doute est-il utile de garder quelques points de vigilance.
On comprend aisément que tout n’est pas dans tout et qu’il était surement utile pour l’avancée du travail que des groupes différents se mobilisent sur des thématiques différentes. Le choix a été fait d’en privilégier quatre dont on ne peut qu’apprécier la pertinence : « La réussite scolaire pour tous », « Les élèves au cœur de la refondation », « Un système éducatif juste et efficace », « Des personnels formés et reconnus ».
Toutefois, tels que sont présentés la démarche et le calendrier, on comprend que chaque groupe aboutira à son relevé de conclusions sans qu’à aucun moment les travaux d’un groupe puissent être interpelés ou fécondés en direct par les questions ou propositions d’un autre groupe. Certes, on imagine que les présidents et rapporteurs de groupes, en lien avec le comité de pilotage, ont ce souci de veiller à ce que les groupes ne s’embarquent pas, chacun de son côté, dans des logiques qui rendraient délicate la mise en cohérence finale. Mais n’aurait-on pas eu intérêt à organiser à une ou deux reprises, sur la durée de la concertation, des intergroupes qui permettent les croisements d’analyses et de points de vue ? Avec un risque de remise en cause de certaines avancées, sans doute, mais avec la chance aussi de permettre de consolider, grâce à la controverse, certaines positions fragiles, hésitantes ou rapides et avec le bénéfice majeur d’associer l’ensemble des acteurs à un travail de construction d’accords.
Les problèmes de l’école sont complexes. Tout fait système et c’est sans doute par un dispositif lui-même systémique où l’ensemble des acteurs pose les données, travaillent ensemble à les interpréter et à élaborer des hypothèses de réponses qu’une concertation digne de ce nom se donne des chances accrues d’enrôler les acteurs en question dans une mise en œuvre collective d’autant plus effective qu’ils en auront été partie prenante dans la phase de conception et d’élaboration. La qualité des présidents de séances, rapporteurs, membres du groupe de pilotage ne suffit pas à elle seule à garantir l’implication de tous et surtout à s’assurer à postériori de relais efficaces pour la mise en œuvre sur le terrain si cette participation en amont reste trop modérée.
« Pour poser correctement un problème et le résoudre il est indispensable d’écouter et d’entendre ceux qui le vivent et le font vivre, car il ne peut être résolu qu’avec eux. » : c’est ce que rappelait Bertrand Schwartz, à l’occasion de la récente Biennale dont il était président honoraire.
Les écouter et les entendre, certes : c’est bien l’objet de la concertation. Mais leur permettre aussi par des dispositifs ad hoc d’être coauteurs de l’élaboration et de la validation des conclusions. C’est là que le « avec eux » prend toute son importance.

Nicole Priou
CRAP-Cahiers pédagogiques