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Une prérentrée avec les Cahiers pédagogiques

Vendredi 28 aout, dans le Parc de la Villette à Paris, plus de soixante-dix professionnels de l’éducation ont répondu à l’invitation lancée par Céline Cael et Laurent Reynaud, correspondants du CRAP-Cahiers pédagogiques en Ile-de-France, pour parler de la motivation des élèves. Côté enseignants, la motivation était bien présente ! Échanges de pratiques et d’observations, fourmillement d’idées et de propositions en tout genre ont permis à chacun de faire le plein d’entrain avant la rentrée.

Il est 9 h 30, le ciel est gris. Nous sommes le vendredi 28 aout et plus de soixante-dix professionnels de l’éducation ont répondu à l’invitation lancée par Céline Cael et Laurent Reynaud, correspondants en Île-de-France du CRAP-Cahiers pédagogiques, pour parler de la motivation des élèves. Un prérequis étant la motivation des enseignants, force est de constater que de ce côté, elle est bien présente. Tout le monde a le sourire, les échanges sont immédiats.

La matinée commence avec un rappel des piliers du CRAP et des Cahiers pédagogiques depuis 1945 : le partage de pratiques pédagogiques, l’apport de la recherche et penser la pédagogie comme un acte politique. Chacun est invité à écrire sur une feuille une idée, une pratique qu’il ou elle a expérimentée permettant de motiver les élèves.

Puis on part en petits groupes formés de manière aléatoire pour échanger autour de quelques questions : comment repère-t-on un élève démotivé ? Qu’est-ce que la motivation et pourquoi la recherche-t-on ? Le sujet est vaste, chacun arrive avec ses représentations.

Dans notre groupe se retrouvent une professeure des écoles investie dans la pédagogie de projet, un enseignant de SES et deux enseignantes d’histoire-géographie. Nos échanges partent de nos observations : le langage non verbal, les stratégies d’évitement comme les retards, comment les règlements intérieurs alimentent parfois ces stratégies, le décrochage qui s’installe… Écouter les autres et confronter les regards, c’est tellement stimulant. Les liens se créent, les yeux pétillent et chacun parle le même langage. Et si on restait en contact ? Et si on faisait un projet commun ?

Un temps d’écoute

Habituellement, conférence rime avec longues interventions devant un parterre d’auditeurs studieux qui ne pipent mot. Ici, le parti pris a été de donner la parole à deux intervenants en un temps limité afin de rester dans le rythme vivant des échanges : quinze minutes chacun, sacré défi qu’ils ont relevé haut la main !

Anne Philippon, professeure d’histoire et de géographie et autrice de La motivation scolaire : comprendre ses mécanismes pour intervenir efficacement (Dunod), a commencé par clarifier de quelle motivation on parle exactement, et de combien de manières variées elle peut se manifester chez nos élèves.

Cela peut sembler évident, mais certaines évidences sont bonnes à répéter : la motivation ne peut pas être une injonction qui reposerait entièrement sur les épaules de nos élèves. Certains peuvent ne pas être disponibles à cause de soucis familiaux ou d’autres problématiques, ils peuvent se sentir dépassés par une émotion, ou encore, se sentir incapables de réussir la tâche avant même de l’avoir entamée.

La motivation est une responsabilité partagée entre l’enseignant et l’élève sur laquelle nous pouvons agir.

Il y a plusieurs étapes avant d’arriver au sommet de la montagne des apprentissages : l’élève choisit de s’engager dans l’activité scolaire qu’on lui propose, de persévérer, dans le but d’apprendre. Selon l’étape à laquelle se trouve l’élève, on agit avec un geste professionnel différent.

Anne Philippon termine en étayant son propos avec quelques exemples d’évaluations et une courbe du savoir qu’elle soumet à ses élèves pour leur permettre de se situer sur ce chemin de l’apprentissage. Et nous aussi, nous nous sentons prêts à gravir des montagnes avec nos élèves !

Motivation, engagement, mobilisation

C’est ensuite au tour de Grégory Delboé, enseignant-formateur à l’Inspé de Lille, et chercheur associé au laboratoire Cirel, qui nous propose de revenir sur les apports de la recherche pour bien comprendre ce que l’on entend par motivation.

Le cœur de la seconde partie de son intervention permet de distinguer trois notions qui ne sont ni synonymes, ni forcément successives :

  • La motivation : chercher à comprendre ce qui pousse un élève à agir ou pourrait le pousser à agir.
  • L’engagement : s’intéresser aux actes explicites par lesquels l’élève agit sur la situation et crée une attente pour la suite.
  • La mobilisation : s’intéresser à l’activité réelle de l’élève, aux ressources qu’il mobilise et aux transformations que cette activité produit.

Cette distinction nous invite à penser différemment le rôle de l’enseignant. Celui-ci ne « fabrique » pas la motivation, l’engagement ou la mobilisation des élèves. En revanche, il peut agir sur leurs conditions de possibilité. Motiver, c’est rendre l’action intelligible. Engager, c’est créer des conditions dans lesquelles les actes de l’élève appellent une suite. Mobiliser, c’est organiser les conditions d’une activité d’apprentissage.

Il termine en nous donnant des pistes concrètes, car ici, recherche et terrain se tiennent toujours par la main.

Nous pouvons par exemple rendre les finalités d’apprentissage intelligibles, rendre visibles les progrès, identifier les ressources disponibles et celles qui manquent, proposer des choix, faire s’exprimer les élèves, les responsabiliser, organiser la coopération et l’entraide, etc.

De nombreuses perspectives qui ont largement alimenté les discussions lors de la pause-café bien méritée.

Troc de pratiques

Les idées que chacun et chacune avait notées sur une feuille au tout début de la matinée sont devenues une liste de propositions pour un troc de pratiques. Il y aura trois tours de quelques minutes par personne. Ces propositions forment une liste à la Prévert d’initiatives en tout genre. Plusieurs intitulés attirent la curiosité ; le temps de comprendre ce troc étonnant et d’attraper un café, et il faut choisir par quoi commencer.

Une collègue a proposé « une sortie pour motiver les élèves et aussi se motiver soi-même ». On tend l’oreille, le brouhaha de la salle est élevé. Elle explique : « Oui, parfois, ça change vraiment la dynamique, tiens comme ce moment où j’ai proposé à mes élèves de faire cours… dans la cour. »

Eh oui, c’est vrai, une sortie, ça peut aussi être improvisé et ça peut marcher, cela nous redonne de l’élan pour continuer, à enseigner, à apprendre. Plus tard, à une autre table, quelqu’un parle de plan de travail pour les élèves. Et quand vient notre tour, on se sent autorisé à dire ce qui était difficile et ce qui nous a semblé réussi.

Une ruche bourdonnante d’idées

Ce moment de « troc » a été un véritable temps de fourmillement, qui vous met dans cette énergie particulière de la réflexion collective. Une atmosphère de ruche bourdonnante.

Les chercheurs ont évoqué la notion de sentiment d’efficacité personnelle mais, sur le quai du métro, on se demande si finalement, ce n’est pas plutôt le sentiment d’efficacité collective qui décrit le mieux notre métier, quand « ça marche »…

Une prérentrée avec le CRAP, c’est tout ça, sortir de l’isolement qu’on ressent parfois en établissement, mener des réflexions de fond grâce à l’apport de la recherche, avoir des idées de mises en pratique immédiates et rencontrer des personnes avec qui construire et échanger sur le temps long.

Sans injonction, sans pression.

Soizic Conrath, Mathilde Ouguel, Marion Fellrath
Adhérentes du CRAP-Cahiers pédagogiques

Résumé de la matinée en vidéo

Merci à toute l’équipe du Parc de la Villette pour l’accueil, et notamment à Amanda Coutouzis.


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