Un blog en tandem

Luc Cédelle : Dans l’actualité de l’éducation, que je suis depuis des années, tous les terrains ne se ressemblent pas : celui que décrit cette chronique est un des plus difficiles qui soient. Et tous les témoignages ne se valent pas : je tiens celui de Véronique Decker pour particulièrement solide, en plus d’un humour à toute épreuve et d’une joyeuse capacité à faire réfléchir. Mes désaccords avec elle, nombreux, sont ici hors sujet : nous partageons les mêmes valeurs. Journaliste, il m’a semblé indispensable que cette parole existe et qu’elle fasse contrepoids à d’autres, à commencer par la « communication » gouvernementale. C’est un plaisir professionnel et un honneur pour moi d’y contribuer.

Véronique Decker : Je rentre souvent épuisée du travail, et l’écriture est un sas qui me permet de reprendre pied, à distance de cette violence. Non pas celle des élèves, avec lesquels je m’entends bien, mais des rapports sociaux, plus bruts ici qu’ailleurs. L’écriture libre, au sens de la pédagogie Freinet, n’est ni solitaire ni spontanée. Elle est relue, soutenue, « améliorée » par l’échange avec les pairs et le maitre. Pour moi, sur ce blog, c’est presque pareil. Je fais un premier jet, qui est interrogé par Luc Cédelle, et de ses questions, ses remarques, je fais un autre texte. Ce n’est pas comme dans une classe, mais j’y trouve la même empathie, et un cadre où ma production gagne sans doute en lisibilité ce qu’elle perd parfois en colère.