Je me tourne vers le mur et je frappe un deux trois, puis au cri de soleil, je me retourne et je ne dois voir personne bouger. Et voilà, c’est à ce jeu que m’a fait penser le lundi de rentrée des congés de février.
Deux enseignantes absentes, l’une pour peu de temps, l’autre pour plus longtemps. Et puis, pour le lendemain mardi, une absente de plus, en raison d’une obligation prévue depuis longtemps et validée par l’Inspection. Je ne me plains pas, les enseignants avec lesquels je travaille sont tous dévoués et courageux (d’ailleurs, ici c’est un peu le cas partout, malgré des conditions de travail assez déplorables, les enseignants sont plutôt impliqués) et du coup, ils sont peu absents. Mais trois, c’est lourd, car il faut répartir 3 fois 23 élèves et en ajouter 5 à 6 par classe…
Le remplaçant, pendant longtemps a porté deux noms différents dans le jargon de l’Education Nationale : les BFC (brigades de formation continue) qui remplaçaient les enseignants partis en stage, et parfois entre deux stages, quelques congés très courts, et les ZIL (zone d’intervention limitée) qui remplaçaient de préférence les congés longs, et les courts en attendant mieux.
Les « zones » étaient un acquis syndical qui permettait aux remplaçants de ne pas courir d’un bout à l’autre du département, mais d’être affectés à l’intérieur d’une zone (en général une ou deux communes du département). Ici, les distances sont proches (la Seine Saint Denis, c’est tout petit) mais pour aller d’une banlieue à l’autre sans se perdre, il faut parfois des compétences d’explorateur.
Maintenant, nous avons des GPS, mais avant cette belle invention, nombreux furent ceux qui ont longuement cherché des groupes scolaires semi clandestins, cachés dans des allées piétonnières, au sein de cités renfermées sur elles-mêmes.
Quoi qu’il en soit, il manque du monde et il faut appeler l’inspection. La secrétaire de l’Inspectrice reçoit chaque matin les appels des uns et des autres, et répartit selon les « critères » en vigueur les remplaçants disponibles.
Sauf que…. comme partout en France, le BFC a disparu corps et bien (et les stages de formation avec), et les ZIL sont en voie d’extinction. On embauche à Pôle emploi, on recrute sur les campus des gens qui ont des licences de n’importe quoi en vue de leur confier des classes. On constitue ainsi ce que l’administration appelle un « vivier » de remplaçants.
Personne n’embaucherait un plombier, même avec un bac pro de plomberie dans une boulangerie pour préparer des croissants. Personne ne remplacerait le conducteur du train par un ingénieur des mines, fut il premier de sa promotion. Mais le ministre de l’Education Nationale si ! Le jeune remplaçant, envoyé lundi matin, est totalement charmant. Il a un master en économie et on sent chez lui plein de bonne volonté. Mais il n’avait jamais vu de classe élémentaire avant ce matin (enfin, pas depuis qu’il a plus de onze ans…).
Alors, je n’ai pas eu le courage de lui confier ni l’un ni l’autre des deux CM2 qui n’avaient pas d’enseignant. Il a passé la journée en « doublette », pour voir l’enseignante de CE2 travailler et j’ai réparti les CM2 dans les classes habituelles de l’école. Il devra prendre le CE2 demain, car il lui faudra bien se lancer…
On confie le plus précieux de notre existence, nos propres enfants, à des adultes n’ayant aucune formation, ni pour enseigner, ni pour mettre en sécurité les enfants.
Pour prendre la direction d’une classe en tant que remplaçant, n’importe quelle licence suffit. Les parents sont dupés, car ils voient quelqu’un à l’entrée de la classe. Les élèves en profitent souvent pour chahuter et ruiner les nerfs de l’impétrant. On perd du temps, de l’énergie, et les enfants n’apprennent pas grand chose. Ne croyez pas que le « service minimum », c’est fait pour les jours de grève. Non, c’est tous les jours que l’attention due aux progrès des enfants est réduite à sa plus simple expression.
Véronique Decker

C’est toute l’image meprisable de notre metier que l’on nous renvoie depuis quelques annees… Les parents doivent savoir ce que le gouvernement a fait et va continuer de faire s’il est maintenu de notre service public d’education…. cela me revolte! Et comme tu dis tout est demagogie: un adulte devant les eleves, 1 jour de carence pour les fonctionnaires contre un 4e pour le prive, 500e de plus pour travailler 26h au lieu de 18…. mais de quoi se plaignent ces profs! Bref….le malaise et le mal etre des profs est croissant…
Chez nous, ce sont les ZIL qui ont disparu, ou plutôt leur secteur qui s’est agrandi jusqu’à se confondre avec celui des Brigades (normales, les BFC n’existaient que pour la FC).
En parlant des fameux critères choisis par l’Inspection pour décider quel remplacement est le plus urgent, j’ai appris, médusée, cette année qu’après la règle « La maternelle, c’est moins important que l’élémentaire », jamais dite mais toujours appliquée, il en courait désormais une nouvelle : « On remplace en priorité les CM2, parce qu’ils ont l’entrée en 6° qui se profile ! Le CM2, c’est plus important que le CP » (sic).
Mais bien sûr ! Et un élève de CP peut facilement être occupé en fond de classe ou avancer le programme tout seul à la maison, j’allais vous le dire !…
Je suis tout à fait d’accord avec toi Véronique, cette manière de recruter désormais les remplaçants c’est tout simplement du pur mépris pour notre métier puisque cela implique que n’importe qui peut faire notre boulot d’enseignant !!! Je crois, comme marty, qu’il faut absolument que les parents comprennent ce qu’il se passe (et je pense que c’est loin d’être la majorité des cas pour le moment) pour s’emparer du problème au côté des enseignants…
Il est clair que les remplacements courts en maternelle sont parfaitement secondaires mais comme on n’y fait soi-disant que de la « garderie », cela n’a rien d’étonnant ! Encore une fantastique façon de mépriser notre travail !!! Il n’y a aucune logique pédagogique dans l’affectation des remplaçants : l’important n’est pas que les enfants apprennent des choses mais plutôt de faire des économies en supprimant encore et toujours des postes.