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N ° 515 Vers l’école du socle commun

Une pédagogie de la réussite

Florence Simplot

Enseignante issue du premier degré, l’auteure coordonne depuis cinq ans la scolarisation de dix à treize élèves en situation de handicap de 12 à 16 ans, dans une classe spécialisée d’un collège ordinaire.

Sébastien et Matthieu ont 12 ans, sont handicapés, ils seront donc inscrit en 6e comme des élèves lambda, puisque telle est la règle. Sébastien est handicapé moteur, ses besoins spécifiques, les compensations mises en place sont avant tout d’ordre matériel : de la place pour installer son fauteuil, un ordinateur pour la prise de notes, une aide humaine pour les déplacements, etc. Il suivra les cours comme les autres. Mais Matthieu, lui est porteur de troubles des fonctions cognitives, a des difficultés pour apprendre : quels sont ses besoins spécifiques ? Sera-t-il capable de suivre le rythme effréné des cours qui s’enchainent, de rester concentré durant six heures, de mémoriser, d’entrer en communication avec ses camarades, d’autonomie, de comprendre, de construire de l’abstraction ? Bref, Matthieu sera-t-il capable d’apprendre dans une classe ordinaire, telle qu’elle fonctionne actuellement ? C’est moins sûr ! L’arrivée de Matthieu interroge les acteurs du collège parce que s’il a envie d’apprendre, parfois, il ne peut pas ! C’est un élève différent et au collège, son attitude, son comportement, ses difficultés peuvent parfois poser problème. Et pourtant, depuis février  ,2005, Matthieu a le droit à une scolarité la plus proche possible de l’ordinaire.

Dans notre circonscription et uniquement pour les élèves porteurs de troubles des fonctions cognitives, nous avons choisi de proposer un fonctionnement type classe. Les élèves sont inscrits dans un dispositif ULIS (unité locale d’intégration scolaire) à part entière : ils forment un groupe spécifique et bénéficient de temps d’inclusion plus ou moins longs, plus ou moins importants en classe ordinaire en fonction de leurs besoins spécifiques. En tant que coordonnatrice, je suis responsable de leur scolarité durant quatre années, de la 6e à la 3e. Mais je ne suis pas seule. Les deux auxiliaires de vie scolaire collectifs, les professeurs du collège, le personnel éducatif et administratif sont des partenaires incontournables pour réussir un objectif : permettre à Matthieu d’apprendre, d’apprendre à apprendre, de construire un projet d’orientation et de professionnalisation cohérent durant sa scolarité au collège.

Pour réussir cet audacieux objectif, nous nous appuyons sur deux outils essentiels : le feuillet annuel qui comprend le projet individuel d’apprentissage rédigé et actualisé au minimum une fois par an ; ce projet tient compte des besoins particuliers de chaque élève et nous permet d’individualiser les parcours, il formalise les temps d’inclusion individuelle en classe ordinaire ; le projet de fonctionnement du dispositif que nous rédigeons chaque année. Ce projet est collectif. Il permet de construire une culture commune pour tous les élèves concernés par le dispositif. Il s’appuie essentiellement sur la pédagogie de projets. Il permet de construire du sens, il formalise des temps d’inclusion collective de tout genre : intervention de professeur devant le groupe ULIS, inclusion ponctuelle en fonction de la classe d’âge, décloisonnement avec une classe, etc.

Le socle commun comme référence

Puisque Matthieu est un collégien avant tout, nous nous référons logiquement au socle commun de connaissances et de compétences. Simplement, nous travaillons sur tous les paliers (1, 2, voire 3 parfois) pour rédiger ce projet individuel d’apprentissage. Mais comment nous y prenons-nous ?

Dans un premier temps, nous confrontons nos élèves à des évaluations diagnostiques, c’est essentiel, simplement pour savoir où en est notre élève : que sait-il, qu’a-t-il construit comme connaissances ou compétences ? Les évaluations normées (6e EGPA, fin de palier 1 ou fin de palier 2) nous aident à rédiger une première analyse. En tant qu’enseignants spécialisés, ce qui nous intéresse sont les réussites, les points forts, les pôles d’excellence et, parfois, ces évaluations normées ne suffisent pas. Alors, nous proposons des évaluations plus personnelles avec l’idée de comprendre les stratégies utilisées par nos élèves pour apprendre. Nous essayons de comprendre sa logique, son fonctionnement.

Nous avons construit des tableaux que nous avons appelés «  bilan de compétences  » pour les sept grands domaines du socle commun. L’élève valide lui-même, avec notre aide, les compétences acquises tout au long de sa scolarité au collège. Il est un acteur de sa scolarité, se voit progresser.

Nous ne proposons à l’évaluation que les compétences acquises par nos élèves. C’est ce que j’appelle la «  pédagogie de la réussite  ». Leurs erreurs ne sont, me semble-t-il, qu’une étape dans leur apprentissage. Elles nous servent pour comprendre leurs stratégies, elles leur servent pour construire toujours, mais il est inutile de les pointer. Matthieu a besoin d’assurance, a besoin de prendre confiance, a besoin d’un cadre qui lui permette de prendre des risques, d’oser apprendre. Tout au long de sa scolarité au collège, en ayant la possibilité de prendre le temps, Matthieu valide des connaissances, des compétences. Il progresse à sa mesure en dehors des programmes et des rythmes d’apprentissages tels qu’ils sont imposés aux professeurs. Mais il apprend. Mes collègues professeurs l’ont bien compris et prennent beaucoup de plaisir à intervenir devant ce groupe d’élèves handicapés, à accueillir dans leurs cours ces élèves différents. Ils apprennent à changer leur regard sur eux, à adapter leurs supports et leurs interventions.

Cette pédagogie de la réussite est avant tout un principe professionnel. Elle profite à nos élèves pour qu’ils s’épanouissent en apprenant et en apprenant à apprendre. La pédagogie de projet mise en œuvre en ULIS, les nombreux temps d’inclusion individuelle ou collective en milieu ordinaire permettent à tous les adultes participant à ce projet de s’interroger sur leur pratique. Puisse cette expérience être mise au service de tous les élèves !

Florence Simplot
Coordonnatrice ULIS-TFC au collège Joliot-Curie de Lallaing (Nord)


Bon à savoir

Qu’est-ce qu’une ULIS au collège (unité localisée d’inclusion scolaire) ?
Ce dispositif permet l’inclusion collective de plusieurs adolescents handicapés au collège. Il doit aussi permettre l’inclusion individuelle de chacun d’eux dans une classe ordinaire.

Sur la librairie

 

Vers l’école du socle commun
La loi de la refondation a réaffirmé le socle commun. Ce dossier veut mutualiser les expériences et réflexions menées sur le terrain. Nous touchons là à un rôle fondamental de l’école : Que s’agit-il d’enseigner ? Dans quel objectif ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Dès maintenant, des réponses…


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