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N°468 - Dossier "As-tu fait tes devoirs ?"

Une expérience de soutien privé

Par Floriane Voisin

Floriane Voisin a enseigné durant deux ans pour une grande enseigne de soutien scolaire à Paris et continue à donner des cours particuliers, notamment à des élèves du premier degré.

Lorsque j’ai travaillé avec l’enseigne de soutien scolaire, le contrat était le suivant : elle proposait à l’enseignant (par mail ou par téléphone) des élèves, en présentant leur niveau, profil et la ou les matières à travailler, en laissant le choix d’accepter ou non de les suivre. Cependant une fois avoir accepté un élève, il était impératif de le suivre jusqu’à la fin de l’année scolaire ou le temps nécessaire décidé par les parents.
Toutefois, l’enseigne n’impose pas de méthodes spécifiques d’enseignement, vous laisse libre dans les démarches pédagogiques, mais recommande de respecter les programmes officiels de l’Education Nationale. Elle exige seulement de lui faire part les différents bilans (diagnostic, évaluatif des trois trimestres) et de la renseigner sur les difficultés rencontrées avec un élève, ou encore si un élève a besoin de stages intensifs organisés par celle-ci.

Savoir se remettre en question

Les propositions de cours étaient très fréquentes : j’en recevais deux à trois par jour, pour lesquelles je ne donnais que très peu de réponses positives. En effet, j’ai vite réalisé qu’il était préférable de limiter le nombre d’élèves à un maximum de trois par semaine, afin de pouvoir réaliser un travail de qualité pour chacun d’eux. L’expérience du soutien scolaire m’a amenée à réfléchir sur les enjeux de ce dernier afin de tenter de le rendre le plus efficace possible. Ainsi, il me semble que la difficulté d’une aide extrascolaire relève d’un double enjeu. D’une part, celui de l’inscrire en continuité avec le travail fait à l’école, et d’autre part de l’inscrire dans le même temps dans un travail nettement hors scolaire qui s’appuie sur des manières alternatives et attrayantes (comme des activités reposant sur le mime pour faciliter l’apprentissage des leçons, l’utilisation de supports variés comme l’ordinateur, la nature pour l’observation de phénomènes, etc.). Il est donc important de se remettre en question au quotidien, afin de mettre en place des solutions bien adaptées aux problèmes rencontrés par les élèves, de savoir différencier ses pratiques, même si cela est parfois difficile.

J’ai constaté également, qu’un autre problème, relevant cette fois de la relation entre l’enseignant de l’école et le professeur particulier, pouvait avoir de nombreuses répercussions sur le travail avec l’élève. En effet, j’ai réalisé après un rendez-vous avec l’enseignant d’un des mes élèves, que ce dernier ne s’impliquait plus de la même manière depuis que je le suivais en soutien scolaire, dans son rôle d’enseignant, à savoir lui porter toute l’attention dont avait besoin cet élève pour réussir et atteindre le niveau global de la classe. Je pense effectivement que le risque d’un recours massif aux enseignes de soutien scolaire est que l’institution Ecole ne s’acquitte plus aussi bien de sa tâche, et par conséquent en oublie ses prérogatives principales que sont la lutte contre l’échec scolaire et donner à tous les mêmes chances de réussir.

Le cas Cédric

Ceci m’amène à parler d’un cas d’élève de CE2, que je suis en soutien depuis maintenant plus d’un an et demi à raison de quatre heures par semaine.

Cédric me fut présenté par l’enseigne de soutien scolaire comme un élève de CE1 en difficulté pour la lecture, ayant déjà eu recours à une enseignante avec laquelle aucun résultat n’avait été constaté.
J’acceptai donc cet élève en novembre 2006, deux mois après la rentrée. Après un bilan diagnostic, j’ai constaté que Cédric ne savait pratiquement pas lire, pas écrire et qu’il avait d’importants problèmes de dyslexie. Afin d’être efficace le plus rapidement possible, je me suis renseignée auprès d’enseignants certifiés et de spécialistes pour savoir de quelle manière je devais agir. J’ai donc commencé, pour ne pas déstabiliser l’élève, à poursuivre la méthode de lecture enseignée par son maître qui était la syllabique. Puis, ne voyant pas de flagrants progrès après quelques semaines, j’ai axé davantage le travail sur l’écriture. Au début, ce travail fut assez difficile pour Cédric qui craignait beaucoup de se lancer dans l’écriture. Progressivement, en travaillant de façon parallèle lecture et écriture, il progressait et se sent aujourd’hui beaucoup plus à l’aise dans ces deux activités essentielles. Depuis, tous les jours ou presque je lui propose une activité d’écriture soit sous forme de production libre ou de dictée, dans lesquelles il s’épanouit (il demande à écrire lorsque je ne lui propose pas), et qui l’aident à continuer à progresser en lecture, activité pour laquelle il rencontre encore des difficultés.
Nous avons ainsi pu élaborer ensemble des outils de travail, tels que une grille d’auto-relecture pour les productions d’écriture libre, un tableau répertoriant les sons qui lui posent problème (l’aidant à différencier les phonèmes présentant des similitudes) ou encore des méthodes de mimes pour respecter la ponctuation.
En début d’année, son maître, qui le suit depuis le CE1, m’a informé des progrès importants de Cédric en classe et m’a félicitée du travail mené avec lui depuis un an et demi.
Je continue à suivre cet élève quotidiennement, et peut désormais instaurer un dialogue très interessant, une relation privilégiée avec lui. En lui expliquant que le travail scolaire est un moyen de se rendre libre dans l’instant présent et pour le futur, en lui donnant bien sûr des exemples concrets, il s’investit davantage dans son travail. L’essentiel étant pour ma part de lui transmettre cet état d’esprit de volonté de réussir, de l’aider progresser un petit peu chaque jour et surtout de le rendre épanoui et heureux dans le travail que nous effectuons ensemble.

Floriane Voisin


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