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N°437 - Dossier "Des langues bien vivantes"

Sarah and her school

Par Michèle Prandi

Comment utiliser le fait divers pour nourrir la réflexion ? Ici il s’agit d’élèves de Terminale, du droit à l’expression dans un collège anglais et du rôle des médias. Une occasion de redonner confiance dans les capacités de compréhension et de création de chacun.

A l’origine, un fait divers découvert en Angleterre pendant les vacances d’été, un court article en page intérieure du Guardian (voir encadré 1), journal national « de qualité » (quality paper), et un flash aux informations télévisées du soir qui présente les faits et l’interview de Sarah et son père. Sarah Briggs, une jeune élève de quinze ans, est révoltée par ce qui se passe dans de son collège : mauvaise gestion de l’argent, gaspillage pour redessiner le jardin de l’école, absentéisme des professeurs, refus de suivre les recommandations des instances scolaires. Soutenue par son père, elle décide, avec trois de ses camarades, de publier un article dans le journal local d’une petite ville du Nottinghamshire pour dénoncer cette situation. Elle est menacée d’exclusion si elle n’accepte pas de s’excuser publiquement et par écrit, ce qu’elle refuse, persuadée de dire la vérité. Ses trois camarades accepteront de rédiger la lettre d’excuse.

Jeu de rôles

La rentrée suivante m’a donné l’occasion d’exploiter cette histoire en utilisant l’article avec mes élèves de terminale à partir d’une activité de compréhension basée sur la lecture seule du texte, suivie d’un jeu de rôle.
Sarah a continué son bout de chemin puisque nous avons réutilisé et transformé son histoire lors d’un stage de formation continue de professeurs [1].
J’ai ensuite réutilisé la démarche avec mes élèves, quelques jours avant l’oral de spécialité ES du baccalauréat, dans le but de leur redonner confiance dans leurs capacités de compréhension d’abord, mais aussi et surtout de création au travers de l’expression écrite ou orale.

Voici le descriptif de l’atelier présenté à mes élèves :

Phase 1, en groupes de quatre ou cinq.
Do you think pupils have the right to criticize their school publicly ? Justify your position and if the answer is positive, state in which circumstances this should or could occur ? [2]
Le groupe réfléchit une dizaine de minutes et rédige sa décision, motivée, sur une affiche qu’il présentera oralement aux autres groupes.

Phase 2, en groupes de sept ou huit élèves selon la classe.
Je distribue individuellement des citations représentatives des protagonistes de l’histoire (extraites de l’article directement ou reconstituées). (encadré 2)
Piece the situation and event together [3]
Le groupe prépare une version commune à communiquer aux autres : on définit la situation, ce qui s’est effectivement passé.
Lors de la mise en commun, on s’informe auprès de l’autre groupe pour essayer de combler les vides, de trouver les réponses manquantes en se posant des questions d’un groupe à l’autre. On récapitule les questions restantes.

Phase 3
Sur sept tables différentes figurent sept groupes (on peut ajouter le nombre d’élèves nécessaires dans chaque groupe afin d’adapter le travail au nombre d’élèves de la classe, certains groupes demandant plus de participants). On peut également préciser si la tâche est écrite ou orale afin de laisser le choix aux élèves.
Je demande aux élèves de se regrouper autour de ces tables et de préparer une des sept tâches. (Encadré 3)

Groupe 1 : Sarah et ses amis « complotent » et décident d’agir devant « l’incapacité » de leur école d’assurer leur avenir.
Groupe 2 : Nicola Atkin, la principale, s’apprête à recevoir ses élèves qui ont osé publier l’article.
Groupe 3 : Sarah et ses camarades se préparent à être reçus par la principale après la publication de leur article.
Groupe 4 : Nicola Atkin écrit aux parents de Sarah.
Groupe 5 : une équipe de journalistes se prépare à interviewer Sarah et son père David.
Groupe 6 : Sarah et David se préparent à être interviewés par les journalistes.
Groupe 7 : imaginez l’article publié dans le journal local.

Les élèves disposent de l’ensemble des citations données sur une table.
Trente minutes de préparation sont suivies par les jeux de rôle dans l’ordre suivant :
Groupe 1 : jeu des 4 élèves
Groupe 7 : l’article, écrit sur transparent ou sur une affiche, est lu par un élève de la classe
Groupe 2/3 confrontation : mise en scène dans le bureau de la principale, les 4 élèves entrent ; la principale les reçoit...
Groupe 5/6 : entrevue des journalistes et de Sarah et son père
Groupe 4 : David reçoit la lettre cachetée écrite par ce groupe et la lit à la classe

Moment de réflexion : vous avez obtenu des réponses à vos questions, avez-vous à présent reconstitué le puzzle de l’histoire ? Echange en grand groupe.

Phase 4
Je distribue alors l’article du Guardian.
Lecture attentive : on a envie de découvrir la « vraie » histoire et de la comparer au travail effectué. On revient ensemble sur la première question posée (phase 1) : moment d’échange spontané.

Phase 5
Nous précisons le vocabulaire relatif à l’éducation, en le soulignant dans le texte, en élucidant ensemble les mots qui posent problème (Ofsted, GCSE, etc.). Nous revenons sur la notion de reproche en repérant les structures utilisées dans le texte, en les complétant.
Le commentaire plus précis du texte est abordé au travers du portrait des principaux protagonistes : Sarah, sa maturité, sa prise de conscience, son audace, sa « responsabilisation » ; Nicola Atkin, sa volonté de défendre son école, son ambition, sa blessure également ; les autres élèves, leur différence avec Sarah.

Le rôle des médias et le point de vue de la journaliste sont également abordés. Donne-t-elle son opinion ? Comment ? Nous évoquons le témoignage, l’utilisation des citations, les différents points de vue mais aussi l’utilisation de la forme passive qui « victimise » Sarah et la phase finale qui fait sortir la vérité de la bouche de Sarah.
Ce commentaire peut-être préparé en groupes selon le rôle des différents acteurs de la phase 4 : les groupes 1 et 3 peuvent travailler sur l’étude de Sarah et ses camarades, le groupe 2 sur le personnage de Nicola, le groupe 5 sur les médias etc. Les réactions sont nombreuses et contrastées sur la vision de l’éducation que donne cet article : malaise, mais aussi espoir de voir les élèves se responsabiliser et défendre leur avenir.

En formation aussi...

En stage de formation, la dernière phase a été remplacée par un travail en deux fois deux groupes.
Groupe 1 : quels besoins linguistiques des élèves ? Comment leur fournir, leur faire trouver les éléments linguistiques dont ils ont besoin (cf lexique du système éducatif par exemple, excuse, reproche...) ?
Groupe 2 : Quelle suite imaginer à ce travail ? Par exemple, imaginer un flash télévisé, préparer l’article en vue d’un oral au baccalauréat, travailler sur le droit des enfants à partir de documents, sur la presse et l’objectivité...
Après la mise en commun du travail de ces deux groupes, une phase d’analyse est proposée, également en groupes, sur les thèmes suivants :
- le rapport au texte : comment s’approprier le document ?
- mettre en œuvre une activité autour d’un texte : perte ou gain de temps ?
- le rôle du groupe, le rôle de l’enseignant.
- les différentes facettes langagières de cette activité : lire/écrire, écouter/parler, parler pour apprendre...

L’atelier « Sarah and her school » nous a ainsi permis d’aborder plusieurs aspects.
Celui du rôle de l’enseignant (ou du formateur) qui se situe d’abord, en amont, dans la préparation de l’activité : choix de la situation, choix de « l’amorce » qui nous permettra d’éveiller la curiosité de nos élèves, choix des jeux de rôle. Au cours de l’activité, il doit veiller au bon déroulement, en stimulant le travail des groupes, en les guidant vers un enrichissement de leur expression, en repérant les structures langagières à exploiter, à préciser par la suite. Nécessaires pour les élèves au moment de l’élaboration de leur rôle, ces structures resteront liées à un contexte et à un besoin d’expression.
Autour de la langue, de nombreux aspects ont retenu notre attention : le style direct et indirect (transformation des citations en discours indirect), le passif et la notion de victime, la différenciation entre langue familière (celle de la conversation entre les élèves du groupe 1 par exemple) et la langue formelle (celle de la lettre de la principale), entre langue écrite (celle de l’article) et langue orale (celle des entrevues).
Sur le plan éducatif, cette activité permet de réfléchir à la place de l’élève face au système scolaire, aux notions de responsabilité ou de responsabilisation, à la prise de conscience suivie de l’action, au respect de l’autre.... Mais elle entraîne aussi à la confrontation de différentes opinions : comment justifier sa position, quels arguments construire ?
Enfin on peut aborder le rôle du journaliste, la notion d’objectivité, la différenciation entre presse locale et presse nationale et leurs styles respectifs.

Dans une telle situation, l’élève se trouve ainsi acteur dans son interprétation personnelle ; à lui de percevoir, de rebâtir du sens. Dans le groupe et la richesse de ses points de vue, il peut trouver les clés pour répondre à son questionnement et prendre véritablement possession du texte au travers d’un processus de création et d’interprétation personnelle et collective.

Michèle Prandi, Professeur d’anglais en lycée - Secteur langues du GFEN.


Annexe 1

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Article Guardian en grand

Annexe 2

a- A journalist (the Nottinghamshire News)
Well, they asked us to publish their remarks on our local newspaper and we did.

b- Sarah Briggs (15), schoolgirl, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
They have failed to make the changes recommended by Ofsted.

c- Sarah Briggs (15), schoolgirl, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
They should have kept the £140,000 they spent on the Elizabethan garden on more deserving needs.

d- Sarah Briggs (15), schoolgirl, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
We are falling behing, mainly because of teacher absenteeism.

e- Sarah Briggs (15), schoolgirl, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
I am standing by my comments. They asked me to apologize, but I said no straight away. I did not feel I had done anything wrong.

f- Sarah Briggs (15), schoolgirl, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
All I want to do is to go back to school and finish my GCSEs.

g- Girls 2, 3 and 4, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
We are falling behing, mainly because of teacher absenteeism.

h- Girls 2, 3 and 4, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
Yes, we did apologize on Mrs. Atkin’s request because all we wanted to do was to go back to school. You see, it’s our last GCSE year.

i- Nicola Atkin, Headteacher, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
You are requested to each make a written apology to the school or you’ll be expelled.

j- Nicola Atkin, Headteacher, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
Your comments bring the school into disrepute and could affect future pupil numbers.

k- Nicola Atkin, Headteacher, Queen Elizabeth’s School, Mansfield, Nottinghamshire
You have shown serious disrespectful conduct towards the staff.

l- David Briggs, Sarah’s father Mansfield, Nottinghamshire
It’s the worst kind of censorship. She is being punished for telling the truth.


Annexe 3

Groupe 1 : You are Sarah and her friends
You are not satisfied with your school. You decide to intervene and contact a local newspaper.
Imagine the conversation which took place between you before that decision and get ready to act.

Groupe 2 : You are Nicola Atkin, headteacher
An article has just been published about your school in a local newspaper...
Get ready to receive your pupils (Sarah and her friends) in your office.

Groupe 3 : You are Sarah and her schoolmates from Queen Elizabeth’s school
You have just contributed to the publication of an article about your school in a local newspaper.
The Headteacher has asked you to come to her office. Get ready for the meeting.

Groupe 4 : You are Nicola Atkin, Headteacher
You write to Sarah’s parents after the publication of the article in a local newspaper.
Imagine the letter.

Groupe 5 : You are a team of journalists
Get ready to interview Sarah and her father David (after the publication of the article in a local newspaper.
Prepare the interview

Groupe 6 : You are Sarah and her father David
Get ready to be interviewed by journalists (after the publication of the articles in a local newspaper.
Prepare the arguments.

Groupe 7 : Imagine the article written in the local newspaper (publishing the pupils’ remarks).



[1L’introduction et la présentation ont été enrichies et complétées par Alain Pastor.

[2Pensez-vous que des élèves ont le droit de critiquer leur école publiquement ? Justifiez votre position et si votre réponse est positive, indiquez dans quelles circonstances cela devrait ou pourrait se produire ?

[3Vous devez reconstituer la situation et l’évènement


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