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Premières Assises de la pédagogie : Résister et proposer

Quelques réactions...

À Paris le 3 février 2007


Je tiens très sincèrement à vous remercier pour la qualité de la journée de samedi. Bravo pour cette organisation minutieuse et merci à vous d’avoir permis aux associations du Climope de témoigner qu’il est possible à la fois de résister et de proposer. Dans cette période marquée par les atteintes contre les pédagogues et le « pédagogisme », ça fait du bien.
Jean-François Vincent, président de l’OCCE.

Merci au CRAP-Cahiers Pédagogiques d’avoir organisé parfaitement cette très importante journée en veillant à ce que les mouvements pédagogiques et d’éducation, ceux qui sont surtout dans l’école et ceux qui travaillent en complément de l’école, souvent dans la cité, avec les élus et d’innombrables associations, puissent y participer, ceux du CLIMOPE et au-delà, de même que les forces syndicales, les parents organisés, les politiques engagés sur les questions d’éducation pour identifier et affronter sérieusement les problèmes posés.
Des enseignants étrangers ont compris l’importance de cette journée et ont participé. Le succès de cette journée montre - et il en était besoin - qu’il est nécessaire et possible de travailler en profondeur, sans effets de manche et hors de tout populisme, avec tous les acteurs du système éducatif pour une transformation sérieuse de l’éducation en France.
Poursuivons ensemble notre travail commun, malgré les coups et les déformations médiatiques.
Engageons le plus souvent possible des commissions de travail à plusieurs mouvements ou organisations, - il ne sera pas nécessaire d’y mettre à chaque opération tout le monde puisque la journée de samedi a montré une réelle confiance des organisations diverses entre elles sur la nécessité d’agir pour transformer. Alertons nos réseaux sur ces actions communes et offrons leur la possibilité de s’associer pour des réflexions suivies d’actions concrètes, avec des évaluations sans concession ni illusion.
Merci encore au CRAP-Cahiers Pédagogiques d’avoir supporté toute l’organisation de ce moment d’union tandis que le ministère de l’éducation actuel cherche, sans y parvenir, à diviser, tandis qu’il annonce et met en place des coupes sauvages dans les subventions et les moyens indispensables aux "associations complémentaires".
Michel Ducom, Secrétaire général du GFEN.

C’était une journée intéressante, remplie de réflexions sur le métier développées par des personnes de toutes origines du corps enseignants : didacticiens, philosophes, professeurs d’histoire, de français, des écoles.
Bref, des personnes venues là pour « changer l’école » à travers des propositions et des résistances. Ce sera peut-être là mon point de critique, je n’ai pas entendu de propositions innovantes pour changer l’école. Je suis désolée mais j’ai beaucoup entendu de plaintes, de désarrois et de discours d’appartenances syndicales ou politiques.. Et donc des résistances !
Par contre, j’ai écouté attentivement des praticiens dire ce qu’ils faisaient concrètement pour « changer », pour améliorer l’école, la rendre vivante et moins ennuyeuse !
J’ai le sentiment qu’il faut être à la marge pour être inventive, mais moi je n’ai pas envie d’être marginale, je souhaite faire partie de la majorité pour sentir que le travail que je fais est bien.
Ma formation m’apprend à réfléchir sur le métier et pour l’instant je veux encore croire que c’est « bon » pour les élèves et l’innovation. Ce que je voudrais, c’est que ma pratique quotidienne soit inventive et réflexive (alors vive les sciences de l’éducation, la psychologie de l’apprentissage et les didactiques !)
Je suis contente de commencer à plonger dans le concret pour mettre en place toutes ces théories que je pensais ringardes, puisque datant des années 1970, voire plus, mais en fait ça va je suis plutôt au goût du jour !
Par contre je terminerai par : l’espoir fait vivre, non ? C’est pour cela que je préfère les propositions, les idées, les interrogations et la réflexion plus que les gémissements et les plaintes.
Cette journée a été très riche pour moi car j’ai rencontré des enseignants qui sont encore heureux de faire ce métier, qui réfléchissent et surtout qui savent rester simples, accueillants, tolérants et humains. C’est peut être pour cette raison que la culture humaniste fait partie du socle commun ? Merci pour cette belle journée !
Katell Frin, PE1 IUFM d’Antony (92).

Je voulais vous remercier tous pour cette initiative. Je voulais le faire de vive voix samedi mais je suis partie un peu vite pour ne pas rater mon train...
Mes impressions sont un peu mitigées. La première table ronde était évidemment très intéressante mais , même si il est toujours enrichissant d’écouter Samuel Johsua ou Philippe Meirieu, j’ai toujours l’impression que ce n’est que du verbe et quand il faut mettre des décisions derrière il n’y a plus grand monde. Tout le monde est d’acord pour dire que la priorité des priorité c’est de s’occuper des 20% en échec scolaire mais il ne faut pas se voiler la face, peu de personnes sont prêtes à s’en occuper ; chaque disposition est toujours tout de suite critiquée par les syndicats et les belles phrases n’ont jamais fait avancer le schmilblick !
L’idée de l’atelier qui donne des propositions et qui demande aux participants de les classer était à mon avis très intéressante car elle permettait de faire une proposition "concrète" en un temps assez court. Dans mon atelier nous étions assez d’accord et le débat a été très riche. La deuxième table ronde était justement intéressante car elle parlait du terrain et d’initiatives concrètes. j’ai trouvé les interventions très enrichissantes, elles prouvent que c’est surtout une question de volonté des acteurs et malheureusement c’est ce qui manque le plus. Dans mon lycée j’entends des choses qui me font mal et qui me dégoutent profondément des syndicats car la seule revendication des profs est la conservation des privilège et jamais la réussite des élèves, le mot réussite étant pris au sens large et pas seulement la réussite scolaire qui n’est qu’un aspect et parfois très réducteur.
Voilà quelques impressions,le bilan étant positif rien que parce que ces assises ont eu le mérite d’exister. Y en aura-t-il une publicité dans les instances éducatives ?
Je crois que c’est Samuel Johsua qui a dit qu’il fallait résister au repli de l’école sur elle même ; il avait tout à fait raison ; le métier d’enseignant a changé et doit changer car la société a changé ; nous ne sommes plus des simples transmetteurs de savoir mais nous devons travailler différemment, par projets, en équipe, dans l’accompagnement des élèves, avec les familles...
Notre métier doit donc être redéfini en fonction de tout cela, et faire plus de présence dans l’établissement ne me parait pas impossible surtout que nous sommes déjà nombreux à le faire.
Merci encore de cette journée de rafraichissement intellectuel et pédagogique.
Dominique Grihon, professeur de lycée à Bordeaux.

"Une question", non des remarques, me sont restées. Alors la voici : pour faire bouger les enseignants il faut de l’énergie puissance incommensurable, il me semble qu’un grand nombre ne bouge pas par peur et s’accroche désespérément à ce qu’ils connaissent. je suis effarée de voir des personnes ayant enseigner depuis 20 ans dans le même poste, parfois le même cours, disant allégrement les réformes passent et trépassent moi je reste et je suis le meilleur !! cela me révolte !! Il faudrait que la formation soit régulière et obligatoire , que cela fasse partie de la carrière, et ne soit pas un choix individualiste , comment faire passer l’idée de la coopération quand beaucoup restent encore dans leur bunker. Quand je parle formation, il s’agit d’une démarche réflexive entre la pratique quotidienne et les recherches en cours, et non pas des cours identiques à ceux que l’on a eu dans la formation initiale et par les mêmes zozos !! et oui je dis zozos, parce que j’ai été très déçue par ces enseignants à la tête gonflée qui ne savent même pas s’appliquer ce qu’ils préconisent aux autres ! Et ne se remettent jamais en cause. Si cette formation vraiment continue s’installait je suis persuadée que le corps enseignant serait plus réactif, il aurait moins l’impression d’être un pion et le dindon d’une sinistre farce. Et puis ceux qui refusent de se "manier le train", qu’ils aillent voir dans les entreprise privées si on accepterait un tel comportement ! Il serait aussi intéressant que dans le "contrat" qui engage l’enseignant avec son employeur cette démarche soit inscrite.
Cette journée m’a revigoré, je me sens moins stupide dans mon coin de campagne. À la prochaine rencontre.
Brigitte Formentel, RASED dans l’Aisne.

Ayant participé pour la première fois à une journée de réflexion du CRAP j’ai particulièrement apprécié la qualité des interventions concernant les analyses qui permettent de mieux cerner les remises en cause de la démocratisation de l’accès aux savoirs, les principes fondamentaux et les enjeux pour élaborer une nouvelle politique éducative mais également pour insuffler de nouvelles pratiques pédagogiques.
Les interventions du matin, complémentaires sans être consensuelles, ont permis d’alimenter les réflexions des ateliers.
Parmi les nombreuses idées abordées, j’en retiens trois :
- les principes fondateurs de la République ont besoin d’être débattus car ils sont remis en cause par les logiques marchandes et individualistes : comment permettre une scolarisation commune afin d’éviter les processus de ségrégation scolaire qui se combinent à la ségrégation sociale urbaine ?
- comment enseigne-t-on ? Une tendance libérale insiste sur l’idée de l’individualisation de l’acquisition des connaissances, ce qui nécessite d’échanger entre les enseignants et les familles sur les méthodes pédagogiques articulant la prise en compte de l’hétérogénéité des élèves dans la classe et une pédagogie différenciée avec une démarche collaborative, collective ;
- la mutation institutionnelle du système éducatif liée à la décentralisation et à la déconcentration nécessite d’approfondir les analyses concernant les articulations entre les différentes échelles, du national au local. L’administration a renforcé le pouvoir de l’échelon local - collège, lycée, université - sans créer de coordination entre l’établissement, l’administration, l’inspection, les enseignants, les parents. Cette nouvelle donne nécessite de favoriser des diagnostics co-élaborés entre l’établissement - les chercheurs - l’administration. Les établissements sont par ailleurs dans une autonomie paradoxale, par exemple à l’université, le Ministère oblige chaque établissement à élaborer de façon autonome, sans cadre, ses projets mais ensuite c’est le pouvoir central qui décide par des décisions financières et d’attribution de postes des orientations réelles.
Je tiens également à souligner l’intérêt de rassembler des enseignants des différents segments du système éducatif, de l’universitaire au professeur des écoles, dont les pratiques sont très diverses et qui échangent rarement à partir de réalités scolaires et sociales très différentes mais dont les finalités sont semblables : former des citoyens émancipés capables de comprendre un monde en mouvement et de débattre des enjeux de la cité.
Yves Jean