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Quelle pédagogie pour transmettre les valeurs de la République ?

Jean-Michel Zakhartchouk, ESF éditeur, 2016

Liberté, égalité, fraternité sont des valeurs qu’on voudrait universelles. Mais comment traduire dans les actes les intentions et les discours ? Comment les faire vivre dans notre école, depuis le plus jeune âge ? Sans pédagogie, les valeurs de la République à l’école resteront des coquilles vides. C’est pourquoi cet ouvrage propose des pistes concrètes pour que ces valeurs s’incarnent vraiment dans des pratiques pédagogiques. Avec un objectif : être une réponse aux défis des temps présents, dont celui des endoctrinements, des théories complotistes ou de la méfiance envers les savoirs institués. Pour cela, l’école doit être exemplaire, afin de former les futurs citoyens, dans le cadre d’une démocratie qui se doit d’être présente, sous des formes spécifiques, dans les établissements scolaires.

Questions à Jean-Michel Zakhartchouk

Cet ouvrage s’inscrit bien dans l’actualité, avec notamment des chapitres sur l’enseignement de l’histoire, la place des religions, l’autorité. Quel en a été le point de départ ?

Le ministère a lancé une grande mobilisation autour des valeurs de la République après les tragédies de 2015, c’était une initiative louable et sans doute indispensable, mais est-on bien sûr que tout le monde parle de la même chose quand on évoque ces valeurs ? C’est un peu l’auberge espagnole : certains politiciens y placent au premier plan «  l’autorité  », en soi, sous-entendu celle des adultes qui ont forcément raison. Il est vrai que ce sont les mêmes qui prennent pour modèle l’école chinoise où on récite par cœur les dynasties des empereurs ! De même, la laïcité est parfois incluse dans ces valeurs, alors qu’il s’agit plutôt d’un principe juridique qui permet de mieux vivre ensemble. Je crois qu’on a besoin de clarification conceptuelle. Je m’en suis tenu quant à moi à la devise républicaine en n’oubliant pas la fraternité, bien négligée par certains et qui se traduit à l’école par l’entraide et la coopération préférée à la compétition. Enfin, j’insiste sur le lien étroit entre l’idée républicaine et celle de démocratie, contre les distinctions célèbres de Régis Debray et d’autres qui les opposent. J’ai été choqué il y a une dizaine d’années qu’un ouvrage destiné aux établissements scolaires et intitulé Guide républicain ne comporte pas «  démocratie  » comme entrée alphabétique.

Pourquoi ce long titre ?

Ce titre a l’inconvénient de sa longueur, mais le mérite d’expliciter mon projet : chaque mot compte. Les valeurs de la République doivent être transmises, certes, c’est une des missions de l’école, mais que signifierait «  transmettre  » sans la pédagogie qui évite qu’on en reste aux mots, à une vague proclamation lyrique, peu suivie d’effets réels. Transmettre, c’est permettre une réelle appropriation, et cela passe par des manières de faire cours plus coopératives, moins descendantes, avec aussi un souci de former à la vérification des informations, de partager une culture, d’apprendre aux élèves à débattre et argumenter, autant d’ingrédients indispensables à la démocratie au XXIe siècle. Philippe Meirieu, directeur de collection, tenait autant que moi au mot «  pédagogie  » si décriée par certains, si indispensable. Et l’explicitation, le travail sur les codes du langage, les savoir-faire techniques, qui renvoient aux domaines 2 et 3 du socle commun, sont nécessaires pour réduire les inégalités et ouvrir sur un exercice effectif de la liberté.

En quoi ce livre est-il personnel et en quoi est-il collectif, œuvre de «  pédagogues arrogants  » ?

Comme d’autres ouvrages que j’ai publiés, j’ai fait largement appel d’une part à la collection des Cahiers pédagogiques en insérant des articles ou extraits souvent inaccessibles aujourd’hui (y compris un de 1959 qui résonne avec la période actuelle), mais aussi en sollicitant des chercheurs (comme Denis Meuret, Françoise Lorcerie ou Nathalie Mons), des institutionnels ou des praticiens depuis l’élémentaire jusqu’au lycée (enseignants, mais aussi conseillers d’éducation ou formateurs). Mais je ne mets pas ces contributions bout à bout : elles sont intégrées à une logique d’ensemble et je veille à la cohérence de l’ensemble.

Je propose aussi d’aller voir ailleurs : comment se construit la citoyenneté dans d’autres pays, pas forcément des républiques, mais à coup sûr des démocraties.

Ce livre s’articule aussi avec ce que les Cahiers pédagogiques, partenaires de ESF éditeur, ont produit sur la question : un précédent ouvrage de Laurent Fillion, dans la collection du CRDP d’Amiens, Éduquer à la citoyenneté, et le dossier de notre récent n° 530 que le même a coordonné avec Pascal Thomas : «  Former les futurs citoyens  ».

Quel usage des enseignants, des éducateurs pourront-ils faire de ce livre ?

Mon ambition, comme, par exemple, pour Enseigner en classes hétérogènes dans la même collection, est de proposer de nombreuses expériences et outils : comment faire fonctionner un conseil de vie collégienne ? Qu’attendre du parcours citoyen ? Comment travailler en classe autour de l’esprit critique ? Comment organiser des débats en classe, y compris en utilisant la forme du théâtre-forum utilisée par nos amis de la compagnie Entrées de jeu ?

Il est essentiel d’aller dans les détails : quels dispositifs mettre en place dans la classe si on veut une vraie coopération (voir la contribution de Sylvain Connac à ce sujet) ? Comment mener des débats en classe, qui ne soient pas du bavardage et soient étayés par une solide documentation par exemple ? Comment former à la fois au souci de vérité, à la probité intellectuelle et en même temps au doute bien compris (pas le doute systématique des complotistes en tous genres qui, eux, ne doutent pas d’eux-mêmes !) ? Rien n’est simple dès lors qu’il s’agit d’éducation et il faut creuser des questions telles que la dissymétrie entre professeurs et élèves, les limites de la remise en cause de l’argument d’autorité ou de l’homologie entre formes d’apprentissage de la démocratie à l’école et fonctionnement de celle-ci dans la société. À cet égard, il faut aussi former les élèves à une vision réaliste et non idyllique de la citoyenneté, en séparant celle-ci de la morale ou de la simple civilité, en invitant la politique ou plutôt la dimension politique et sa noblesse.

Mais je voudrais aussi inciter à réfléchir aux défis de notre temps et, face aux faussaires qui se réclament indument de la République ou de la laïcité, donner l’envie d’être pédagogues et républicains.

Propos recueillis par Cécile Blanchard


Extrait de la préface de Philippe Meirieu

« Contre la pensée magique qui croit qu’il suffit de décréter l’apprentissage pour qu’il advienne, contre les adeptes de la “pédagogie verbale” qui imaginent qu’il suffit de proclamer les valeurs de la République pour qu’elles s’incarnent, contre ceux qui laissent entendre qu’il faut, par la force, substituer le citoyen rationnel à l’enfant sauvage, le pédagogue, lui, accompagne. Il travaille avec des enfants concrets et invente des médiations (démarches et situations, projets et exercices), animé par une même exigence : la formation à la liberté, à l’égalité, à la fraternité. Jean-Michel Zakhartchouk, entouré de nombreux contributeurs, poursuit ici ce travail pédagogique. Il le fait de manière obstinée et exemplaire. Fidèle à la meilleure tradition de la République.  »


Au sommaire
Prendre au sérieux la devise républicaine
La citoyenneté, ce n’est pas la civilité
De l’enseignement moral et civique au parcours citoyen
Des pédagogies en concordance
Apprendre à débattre
Comment sait-on ce qui est vrai ?
Qui fait autorité ?
Un roman national, vraiment ?
Les enjeux du lire-écrire-parler
La culture, fondement de la citoyenneté
Que faire avec les religions ?
L’égalité des genres
Identités au pluriel
Les réponses de l’institution
Des enseignants «  républicains  », c’est-à-dire ?
Conclusion : Demain la République, demain la pédagogie

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