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L’actualité éducative du N°450 de février 2007

Que viennent-ils chercher à La Londe-Les-Maures ?

Par Gilles Moindrot

1, 2, 3, 4, 5... la 6e université d’automne du SNUipp s’est tenue à La Londe-Les-Maures : un jour de classe et deux jours de congés de Toussaint qui réunissent
400 enseignants des écoles venus des quatre coins de France.
Succès d’un rendez-vous annuel où les participants viennent chercher échanges, débats, confrontations... Bref, de la formation !

Diversité, écoute mais aussi débats et confrontation, les discussions se déroulent aussi au fil des allées entre la forêt et la mer. De 8 h 30 à 22 heures, ça carbure, les ateliers se succèdent. quarante chercheurs en éducation les animent en quarante ateliers où se côtoient les maths, l’EPS, le sexisme, la maternelle, l’enseignement du fait religieux, dessiner, la notation, l’école rurale, la littérature enfantine, la liaison CM2-6e... Et toutes les deux heures il faut choisir. Toujours difficile.

Libres échanges

La Londe, c’est le succès d’une initiative syndicale. Trois participants sur quatre sont des femmes et... plus de la moitié ont moins de quarante ans. En lançant cette université d’automne, le SNUipp avait l’ambition de mettre sur pied un rendez-vous annuel de l’école primaire. L’affluence et l’intérêt prouvent, au début des vacances d’un trimestre que chacun reconnaît comme difficile, une passion du métier suffisamment importante pour y consacrer encore du temps en dehors de l’école. Cela montre aussi l’insuffisance de l’Éducation nationale dans ce domaine. D’ailleurs une étude de l’INRP datant de 2002 précise que les enseignants estiment que les résultats de la recherche sont davantage diffusés par les syndicats que par l’institution Éducation Nationale. Les stages institutionnels, lorsqu’ils existent, n’ont pas le même goût ! Le cadre syndical est important, il permet des modalités d’échange plus souples et plus libres avec les chercheurs, des interrogations et des réactions plus « nature ». On y trouve une liberté de ton et de parole appréciée de tous.
Pour autant, cette initiative n’est pas réservée aux syndiqués. Il ne s’agit pas pour le SNUipp de chercher une quelconque caution intellectuelle aux propositions syndicales, mais bien de confronter des points de vue différents, voire contradictoires. Cela permet également d’envisager des suites à ces rencontres dans des initiatives départementales. Des suites sur la formation des enseignants, sur la transformation de l’école, sur le travail en équipe, sur la connaissance de l’enfant et de son environnement.
L’organisation d’une université d’automne ne colle pas forcément avec l’image habituelle que l’on se fait d’une organisation syndicale. Le SNUipp a toujours cherché à ne pas saucissonner l’action syndicale et à intervenir du même pas sur les questionnements professionnels et les questions strictement syndicales.
Chaque université d’automne, aussi studieuse soit-elle, est donc devenue un rendez-vous incontournable de l’école primaire qui met en relation l’évolution des connaissances sur l’école primaire et maternelle, l’enfant, l’élève, et le rapport entre l’école et la société. Un lieu unique : s’il existe de nombreux colloques, des initiatives mêlant formateurs, chercheurs, experts avec des enseignants des écoles pendant trois jours, il n’en existe pas à cette échelle. Son succès croissant montre que le syndicat a investi un terrain indispensable.

Identité professionnelle

Chaque édition possède sa particularité. Ainsi, l’apprentissage de la langue connaît chaque année plusieurs ateliers particulièrement suivis qui traitent de cette question essentielle pour le métier d’enseignant des écoles. L’université de l’automne 2006 s’est déroulée dans un contexte particulier, celui de la polémique ouverte par le ministre de l’Éducation nationale sur les méthodes d’apprentissage de la lecture. Des choix pédagogiques ont été propulsés par le ministre sur le devant de la scène médiatique de la pire des manières. Les syndicats, avec les associations, les mouvements pédagogiques, les chercheurs, ont réagi dans l’unité jusqu’à la diffusion à 500 000 exemplaires de la plaquette « Apprendre à lire, pas si simple ! ».
À la rentrée, le ministre a récidivé mais il s’est vite retrouvé isolé et tous les soutiens sur lesquels il prétendait s’appuyer se sont rétractés. Dernier en date, l’appel qui a été rendu public quelques jours avant l’ouverture de notre université, intitulé « Il n’y a pas lieu d’imposer une unique méthode d’enseignement de la lecture », et signé par vingt-deux chercheurs. Cibles, on le sait, de l’autoritarisme du ministre, Roland Goigoux, chercheur, et Pierre Frackowiack, inspecteur, étaient présents à La Londe. Ils ont été largement soutenus, applaudis et encouragés dans leurs démarches par tous les enseignants présents. Un soutien à la mesure des inquiétudes d’une profession qui voit son identité professionnelle remise en cause comme la relation de confiance qu’elle cherche à construire au jour le jour avec les parents et les élèves. Roland Goigoux invité à la tribune, a remercié tous ceux qui l’ont soutenu et souhaité qu’on ne soit pas obligé d’être dans un cadre syndical pour pouvoir s’exprimer librement et loyalement dans le respect des programmes et des données scientifiques dont nous disposons... Des débats sans concession entre conférenciers et auditeurs se sont poursuivis sur de multiples sujets : certains d’actualité comme l’ORL avec Claudine Garcia-Debanc ou les mathématiques avec Roland Charnay ou Rémi Brissiaud, le handicap avec Marie-Claude Courteix ou le fait religieux avec Benoît Falaize, l’enseignement artistique avec Joëlle Gonthier, la reproduction des schémas filles/garçons avec Isabelle Collet, ou la voix des enseignants avec Claire Gillie. Débat de société avec le thème « ségrégation et sectorisation » auquel participent Agnès van Zanten et Jean-Yves Rochex. Mais aussi l’intervention inédite d’un éditeur, Alain Serres, et de son équipe, les dessinateurs Pef, Zaü et Laurent Corvaisier, ainsi que le poète Jean-Pierre Siméon : salle bondée, émotion, larmes, et file d’attente rieuse pour les autographes [1]...
Trois jours trop vite passés où chacun n’a pas eu le temps de tout écouter, de faire part de son expérience, de ses certitudes et de ses interrogations. Trois jours que beaucoup décident de renouveler, car le plaisir de la découverte, l’échange solidaire entre professionnels, donnent plus d’énergie pour se battre contre les idées toutes faites.
Depuis sa création, le SNUipp a décidé de mettre la transformation de l’école et du métier, au cœur de son activité, au service de la réussite de tous les élèves. Les questions des contenus des enseignements, des pratiques, du rôle de l’école y trouvent naturellement leur place. Le syndicat a évidemment tout intérêt à investir toutes ces dimensions.

Gilles Moindrot, secrétaire national du SNUipp.


[1Le compte rendu de tous les ateliers est disponible dans le numéro spécial 291 de Fenêtres sur Cours, la revue du SNUipp.