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N°457 - Dossier "La validation des acquis de l’expérience"

Quand tout le monde y gagne

Par Chantal Vernette et Daniel Comte

La VAE de l’Education nationale pour les diplômes professionnels et technologiques (du CAP au BTS) permet la validation de plus de 700 diplômes et spécialités... Deux acteurs enthousiastes analysent cette réussite.

Derrière un sigle encore souvent mal connu et malgré des campagnes de communication que nous pensions efficientes, la VAE est l’objet d’idées reçues nombreuses qui font obstacle à une plus large utilisation. Partant de ce constat, nous avons organisé, au sein de l’Académie de Montpellier, une journée de témoignages et de sensibilisation (voir description détaillée en annexe).
Pour beaucoup de personnes, de salariés bénéficiaires potentiels, de chefs d’entreprise, la VAE est soit un diplôme, soit une formation. L’objectif était donc de faire tomber ces représentations erronées de la VAE, cette montagne d’a priori qui la desservent : faire comprendre que la VAE est une autre voie d’accès vers le diplôme, la 4ème après la formation initiale, l’apprentissage et la formation continue ; montrer que c’est la démarche d’une personne qui peut être accompagnée ; que c’est également un droit inscrit dans le code du travail ; enfin que c’est, dans l’entreprise, une opération gagnant-gagnant.

Accompagnement nécessaire

Seuls, face à un épais dossier, les candidats ont besoin d’aide et d’une méthodologie. Il faut éviter de s’égarer en couchant sur le papier des savoir-faire qui sont hors cadre de tel BTS, Bac professionnel.... Et vu le nombre important de diplômes (plus de 700), rien n’est plus précieux qu’un spécialiste de l’Education Nationale pour être guidé. Au-delà du contenu, le candidat doit viser un niveau de diplôme : il ne décrira pas sa pratique pour un CAP, diplôme d’exécutant, dans les mêmes termes que pour un BTS où l’autonomie et la prise de responsabilité sont des compétences à évaluer. L’accompagnement fixe un cadre, jalonne et borne l’analyse que conduit individuellement le candidat. Il détermine un échéancier, ce qui impose au salarié une constance dans l’exercice. Les nombreuses questions soulevées à l’écriture de sa pratique révèlent parfois des doutes, peut-être même des souffrances : l’accompagnateur double alors son rôle de recours pédagogique de celui de soutien psychologique.
L’accompagnement collectif, en début de VAE, favorise des rencontres, des échanges que certains poursuivent plus tard par des courriers électroniques.

Une reconnaissance de la personne

Si les lauréats ressortent transformés de leur immersion dans la VAE, c’est que, plus que les compétences et l’expérience, c’est la personne qui est reconnue. On a entendu et vu, lors de la journée de formation, des expressions de fierté, marquées par des désignations pudiques de contentement ou de satisfaction ; ne nous y trompons pas, les sourires, le regard éclairé, le ton affirmé révèlent bien que chacun est fier d’être brillamment sorti de l’épreuve. Ils déclarent tous être perçus différemment par leurs collègues, par la direction également dans cette maison de retraite où l’on mesurait peut-être pour la première fois les compétences réelles nécessaires au bon fonctionnement de la cuisine. L’effet-reconnaissance dépasse amplement le cadre professionnel : le quinquagénaire responsable du service des eaux chez Rhodia « passait le bac en même temps que [sa] fille », les familles et les proches ont suivi l’aventure de chaque candidat. Etre un exemple pour ses enfants, montrer que tout n’est pas joué à la fin de la scolarité sont des arguments forts avancés également par les mères de famille.

L’entreprise gagnante elle aussi

On le sait moins, mais la VAE est, un atout pour l’entreprise ; c’est une stratégie pour une gestion des relations sociales, une gestion des compétences et plus largement une gestion de l’organisation.
Le directeur régional de l’OPCAREG n’hésite pas à parler de co-responsabilité, le salarié et l’entreprise [étant] responsables du maintien de leurs connaissances, de leurs compétences, donc de leur employabilité.
Pour Vincent Merle [1], s’intéresser à la VAE, [pour une entreprise], c’est s’intéresser à la construction des parcours de progression des salariés. Parmi les effets induits, il note le gain en autonomie des salariés, leur motivation renforcée par leur ré-assurance prise à travers la fierté d’avoir un diplôme.
La gestion des compétences par la VAE peut se traduire dans l’entreprise par la traduction des métiers en compétences clés, le repérage des compétences déjà présentes dans l’entreprise, la possibilité de faire acquérir de nouvelles qualifications et la mise en place d’outils de suivi de cette évolution. Une mise en œuvre des plans de développement professionnel et l’organisation d’une gestion prévisionnelle des métiers complèteront à plus long terme un plan organisationnel autour des compétences.
C’est en valorisant les compétences des salariés peu qualifiés, en crédibilisant la culture de l’expérience et en l’associant à la culture du diplôme que l’entreprise travaille à la gestion des relations sociales.
Au cours de cette journée de témoignages, les représentants des dirigeants d’entreprise présents à la tribune ont tous mis en avant le gain pour l’entreprise ; le gain de productivité mais aussi l’amélioration du climat de travail et des relations entre patrons et salariés qui concourent tous à la bonne marche de l’entreprise.

Dans un monde du travail où les places sont chères, les emplois peu stabilisés et les conditions trop souvent dénoncées comme mauvaises, s’il est une possibilité d’apporter un peu de bien-être à tous en mettant en œuvre une démarche qui fait progresser les salariés et dynamise l’entreprise, il est important de la mettre en avant.
La Validation des Acquis de l’Expérience se trouve aujourd’hui au cœur de toutes les réformes de la Formation Professionnelle Continue ; profitable aux deux parties, elle satisfait les salariés et les patrons qui y ont recours. C’est donc, nous semble-t-il, un dispositif qui mérite beaucoup plus que la place qui lui est faite actuellement.

Chantal Vernette et Daniel Comte, Rectorat de l’académie de Montpellier.

Une journée pour renverser les idées fausses



Dans cette journée de formation nous avons eu pour souci d’éviter le jargon institutionnel, si répandu et si excluant, et de diffuser des expériences réussies. Ces deux orientations nous ont conduits à faire témoigner des salariés ayant vécu positivement leur passage par la VAE et des DRH ou chefs d’entreprise qui avaient initié de telles démarches et qui estimaient a posteriori que cela avait été bénéfique pour l’entreprise.

C’est donc devant un parterre de représentants des grandes entreprises de la région que des dirigeants de Danone-La Salvetat, d’une EHPAD (maison de retraite), de la CAPEB (Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) ont présenté leurs points de vue. Outre ces témoignages de « patrons », les questions de financement et la philosophie générale de la VAE étaient abordées, les premières par un organisme paritaire collecteur agréé (OPCA), la seconde par Vincent Merle, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, directeur de la prospective sociale à la DRH de Véolia avec laquelle le Rectorat de l’académie de Montpellier signait un cahier des charges de partenariat en fin de matinée.

Trois salariés ont témoigné par le biais de petits films reportages que nous avions tournés quelques jours plus tôt.

La première personne a obtenu un CAP cuisine par la validation de compétences développées dans les cuisines d’une maison de retraite. Au-delà de l’authenticité du discours, de la fierté d’avoir décroché un diplôme de l’Education Nationale, on est frappé par la démarche d’analyse, quotidienne, en temps de travail et hors de celui-ci, qui fait de la candidate l’observatrice de sa propre pratique professionnelle. Elle n’est d’ailleurs pas la moins surprise de constater la somme de connaissances et de compétences acquises au cours de l’exercice d’une profession qui, de ce fait, retrouve valeur à ses yeux. Son opiniâtreté lui a permis de surmonter les difficultés d’un rapport à l’écrit un peu oublié depuis la fin de sa scolarité et de se familiariser avec l’usage de l’ordinateur et du traitement de texte.

Le deuxième témoin est un salarié de Rhodia (ex Rhône-Poullenc) récent titulaire d’un bac professionnel « hygiène et sécurité ». Il reconnaît avoir hésité au début, comprenant mal le désir de l’employeur de le pousser vers ce qu’il pensait être une formation supplémentaire, non pas interne comme celle du groupe Rhône-Poullenc par le passé, mais externalisée. Riche de l’analyse minutieuse de son activité professionnelle, il fait aujourd’hui l’éloge de la VAE. Il reconnaît être sorti de l’épreuve changé, personnellement et professionnellement ; il est désormais chef d’équipe, il accueille dans son service des stagiaires de lycées professionnels voisins dont il est tuteur.

Le troisième témoin est secrétaire d’une petite entreprise de bâtiment ; elle a obtenu le BTS assistant-gestion PME-PMI. Cette année d’immersion dans la démarche VAE l’a aussi transformée : elle est aujourd’hui plus sûre d’elle et rassurée d’avoir une nouvelle carte en poche avec ce diplôme professionnel. Le diplôme, dit-elle, c’est une reconnaissance en soi, de son travail, de ce qu’on vaut.
De ces trois témoignages, on retient que, grâce à l’analyse conduite au travers de l’élaboration du dossier, les candidats ont pris conscience de l’étendue de leurs compétences, ils les ont identifiées et peuvent désormais en parler et les transmettre plus facilement. La démarche a redonné du sens au travail quotidien introduisant ainsi une nouvelle dynamique au sein du service, de l’entreprise.


[1Vincent Merle, professeur au CNAM, l’un des pères de la VAE.


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