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Tribune. Métier enseignant

Quand Pisa nous parle

Florence Castincaud

20 décembre 2013

Quand vos amis, votre famille ou vos anciens élèves vous parlent de ce métier, c’est à propos d’un homme, d’une femme, une personne qui a marqué, belles images ou souvenirs amers. Et me voilà dans la cohorte, réconfortée comme tout le monde par la rencontre d’Adeline qui m’a reconnue vingt ans après ou le message mail de Reeman qui me remercie de lui avoir fait aimer les rédactions. Alors je continue, je prépare et corrige, encourage et explique, organise et regroupe, invite et évalue, gronde et fais rire, anime et écoute, coopère et suggère.

Et puis, à intervalles réguliers, arrivent les résultats de Pisa ou Pirls.
Ils ne nous parlent pas d’un monde lointain, mais de nous ; ils nous parlent de Patrick qui garde ses moufles en cours pour écrire le moins possible et de Lessie qui fait s’esclaffer les autres quand elle intervient. De Jamie qui vient une fois sur cinq et de Dana qui rudoie sa mère pendant les entretiens. Pisa et Pirls nous parlent de ce que nous faisons ou ne faisons pas avec eux, collectivement, jour après jour, heure de colle après avertissement, rechute après rémission.

Pisa ou Pirls nous rappellent que nous devrions nous arrêter pour penser.
Car mon métier d’enseignant, je le vois comme un regard qu’on lèverait au-dessus du guidon, régulièrement, ensemble, plusieurs fois en cours d’année.
Je le vois comme une intelligence qui oserait se donner des buts et qui formulerait des choix, qui se demanderait ce qu’il faut changer, ensemble, pour que Dana et Sébastien s’y retrouvent, et pas seulement eux.

Je le vois comme une nécessaire empoignade d’idées entre collègues qui se poseraient comme décideurs à visage découvert. Qui ne mettraient pas leurs heures dans des cases toutes faites mais en feraient des paquets-cadeaux de projets et d’apprentissages.

Je le vois comme la fierté qu’on aurait d’avoir pris à bras le corps les quatrièmes et d’en rendre compte, plutôt que ma mauvaise conscience et notre soulagement quand on les repasse à d’autres en fin d’année.

Je le vois comme un service public dont les parents, et surtout les plus démunis, connaîtraient l’accès et les codes, où les vérités ne seraient pas unilatérales mais se feraient humbles et partagées.

Quand Patrick et Lessie seront des citoyens adultes, que garderont-ils de précieux de notre école ?

Florence Castincaud