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L’actualité éducative du N°437 de novembre 2005

Priorités de la rentrée : la Marseillaise et le remplacement des professeurs...

Par Marie-Christine Chycki


De longs mois à débattre de l’avenir de l’école, des milliers de contributions pour tenter de relancer le processus de démocratisation de l’école, la volonté hautement affirmée de « faire réussir tous les élèves », le collège repéré comme le maillon faible du système, la nécessité solidement étayée d’en faire enfin un véritable collège pour tous... et au bout du compte une circulaire qui présente comme seule mesure « achevée » (tant dans ses dispositifs que dans la rémunération des taux horaires) une procédure des remplacements de courte durée.
Non que ce ne soit un vrai problème, mais où est l’urgence ? Et pense-t-on l’avoir réglé en recourant à des heures supplémentaires grassement payées ?
Les absences de courte durée demeurent un phénomène marginal dans l’économie générale du système. En termes statistiques, ce type d’absence ne joue pas sur l’échec ou la réussite des élèves. Cela ne veut pas dire que cela n’a pas d’effet sur les élèves confrontés ponctuellement à un absentéisme perlé (répétition de plusieurs absences « courtes ») et à ce titre, le problème doit trouver une solution. Nous en sommes d’accord. Et que le ministère s’en préoccupe effectivement est une bonne chose... Ce qui l’est moins c’est l’urgence apparente donnée au problème et les « solutions » proposées dans un contexte politique flou, entièrement dans le court terme.
Cette mesure est un piège redoutable pour les professeurs du second degré. Présentée comme intégrée dans une « démarche de concertation », faisant appel au volontariat dans un premier temps (dès janvier 2006, le volontariat sera imposé en cas de besoin), proposant des rémunérations confortables, elle touche à la conscience professionnelle des enseignants. Les parents auront du mal à comprendre que ces derniers refusent ! On sait à quel point il est difficile d’expliquer quelle est la charge réelle de travail des professeurs trop souvent présentée dans sa seule définition statutaire (15 ou 18 heures de cours)...On sait aussi que, sur ce point, les enseignants eux-mêmes ont souvent adopté des positions frileuses, refusant de penser autrement leur temps de travail (en y intégrant concertation, tutorats, tâches éducatives non strictement liées à leur discipline).

Comment sortir du piège ?
Tout d’abord en n’ayant pas peur d’affirmer que la question des absences nous concerne aussi et que ce n’est pas seulement le problème des autorités administratives. On ne voit que trop ce que cela donne aujourd’hui : une circulaire imposant un travail supplémentaire de « présence » ne prenant en compte ni les conditions réelles de faisabilité, ni la façon dont cela pourrait vraiment servir les élèves. Un enseignant devant une classe : la forme scolaire est sauvegardée ! Il est urgent de toucher à cette forme et de faire entrer dans les faits une autre façon d’organiser les temps d’apprentissage : les dispositifs mettant en jeu plus d’un professeur (comme les IDD ou les TPE) « règlent » d’eux-mêmes le problème des absences de courte durée. Dès lors qu’un des professeurs encadrant est là (sauf cas d’épidémie de grippe, la probabilité de voir l’équipe tomber malade au même moment est faible !) ; les élèves sont engagés dans des activités dans lesquelles ils peuvent continuer à apprendre. Aller plus loin dans le travail d’équipe, mettre en lien les savoirs disciplinaires dans ces équipes : ce serait là une vraie façon de « prendre les savoirs au sérieux ». Dans le cas d’absences prévues (voyages scolaires, stages de formation...), il est souhaitable que les emplois du temps soient réorganisés, et d’ailleurs cela se fait couramment, ou que des projets de courte durée et néanmoins motivants, intégrés dans les cursus soient mis en place. À quand une circulaire pour développer ces dispositifs ? Au lycée, où le degré d’autonomie des élèves est un peu plus élevé, et où la question du « gardiennage » est moins aiguë, le développement de structures permettant aux élèves de travailler personnellement peut également être envisagé : véritables salles de travail, équipées d’outils de recherche, « surveillées » de manière souple par des membres de la communauté éducative, - leur temps de travail devant tenir compte de cette tâche... Quant au CDI, il ne doit pas être le « recours » : il est et reste à la disposition des classes ou du travail personnel des élèves, mais non dans le cadre des « absences » d’enseignants ; ce serait une dérive dangereuse. Les pistes sont nombreuses qui permettent de dépasser le problème : ce qui semble manquer, c’est la volonté politique.
Il est vrai qu’il y a plus urgent, et la deuxième mesure phare de cette rentrée en tient compte : désormais la Marseillaise sera enseignée systématiquement à l’école primaire. Le bateau France prend l’eau ! Il s’est amarré au radeau défaillant de son équipe de football, derniers dépositaires de l’hymne national ! Les nouvelles générations d’écoliers vont pouvoir développer leur sentiment d’appartenance à un collectif solidaire, porteur de valeurs humanistes fortes, dans le cadre d’une Europe réconciliée et en paix :
« Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons !
Marchons, marchons ! Qu’un sang impur, Abreuve nos sillons ! »

Marie-Christine Chycki