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Pour un enseignement laïque de la morale

Collectif. Sous la direction de Eric Favey et Guy Coq Privat, le comptoir des idées, 2015, 220 pages.

25 mars 2015

Cet ouvrage collectif a été écrit pour apporter des éléments de réflexion à l’occasion de la mise en place de l’enseignement moral et civique, mais l’actualité récente, où il est beaucoup question de laïcité, de valeurs de la République, du vivre ensemble, lui donne un écho supplémentaire.

Le côté « recueil de contributions » du livre présente l’inconvénient des redondances, dont certaines auraient pu être évitées. Derrière le regard pluriel, on note une convergence globale entre les auteurs. Peut-être quelques cas concrets auraient-ils permis de mieux faire apparaitre les débats qui traversent ces questions. Lesquels ne sont qu’esquissés avec la réfutation par exemple des conceptions très individualistes de Ruwen Ogien ou l’hédonisme libertaire de Michel Onfray, deux opposants à l’introduction de l’EMC à l’école.

Deux aspects de l’ouvrage nous paraissent particulièrement intéressants.
D’abord l’historique de la morale laïque qui est proposé à la fois par Pierre Ognier et Jean Bauberot. On y découvrira les aléas de la référence à un Dieu abstrait envers qui l’enfant a des devoirs, jusqu’à sa disparition pour des raisons différentes avec Pétain, puis à la Libération… Ou encore la remise en cause des idées reçues sur le côté patriotard de la morale laïque, alors qu’en fait, les nationalistes accusaient l’école de propager le pacifisme. Jean Baubérot insiste en fin de compte sur l’idée de « dignité humaine » qui est « l’idée force qui permet d’articuler droits et devoirs, de relier liberté et responsabilité, et dans un autre registre, raison et sentiment ». Certes cette morale a des « impensés », en tout premier lieu la place des femmes exclues de la citoyenneté. Concernant le présent, Jean-Paul Delahaye, dans de belles pages, montre ce que doit être la pratique d’une éthique collective dans les établissements scolaires (les exemples très éclairants des pages 106-107) et Nicolas Renard témoigne de la manière dont cela peut se traduire dans un collège « ambition réussite ».

Second grand intérêt : la mise à disposition de nombreux textes essentiels (textes officiels, rapports, propositions du CSP, de la Ligue de l’enseignement, etc.)
Une pièce de plus à un dossier fourni, pour atteindre ce grand objectif rappelé par les coordonnateurs du livre au début : « il est indispensable d’inventorier et d’approfondir les valeurs communes, celles dont il importe qu’un maximum de citoyens puissent les partager, pour éviter que la vie sociale se dégrade en cynisme voire en déchainement de violence ». Janvier 2015 rend ce travail encore plus urgent, même s’il demande du temps et ne peut se résoudre dans l’urgence.

Jean-Michel Zakhartchouk