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N° 513 Quelle éducation laïque à la morale ?

Partager justement le gâteau d’anniversaire

Élisabeth Bussienne, Michel Tozzi

Un dialogue imaginaire sur le partage, à proposer pour de vrai à des enfants : comment choisir qui aura la grosse part, pour satisfaire tout le monde ?

Jeudi, c’est l’anniversaire de Héléna. Elle a invité ses trois amis : Véro, Théo et Raphaël. Il faudrait partager le gâteau ! Elle se demande comment faire pour que cela soit juste, et qu’il n’y ait aucune dispute ce jour-là. Comment tu partagerais le gâteau toi ?

Raphaël avait sa solution :
- Il faut me donner la plus grosse part, parce que je suis le plus grand, et je dois plus manger qu’un petit.
- Mais non, répondit Théo, c’est à moi d’avoir la grosse part, je suis le plus petit, et je dois manger beaucoup de gâteau pour grandir.
Véro, se léchant les babines :
- Pour moi, j’adore les gâteaux, j’en ai le plus envie.

Doit-on tenir compte pour partager le gâteau des besoins de chacun ? Raphaël revint à la charge :
- Moi je suis le plus fort. Si je n’ai pas la plus grosse part, je vous donne une raclée.

La justice, c’est d’être le plus fort ?
Héléna pensait qu’elle devait avoir le plus gros morceau, parce que c’était son anniversaire…
Véro la contestait :
- Mais tu as déjà eu beaucoup de cadeaux aujourd’hui, pense aux autres !
Et Théo la taquina :
- Tu devrais même avoir le plus petit morceau, puisque tu as été gâtée par ailleurs.

Selon toi, qui a la position la plus juste ? Celui qui a le plus besoin ? Celui qui est le plus fort ? Celui qui a invité ?
La discussion continuait, très animée à l’idée de manger ce bon gâteau :
- Euréka, dit Héléna, le mieux est de partager le gâteau en parts égales.
Raphaël, précisa :
- Bien égales ! Toi tu coupes les parts ; et moi je choisis la mienne.
Héléna :
- C’est le plus juste, la même part pour chacun, comme cela il n’y a pas de jaloux.
Le jour dit, ce que redoutait Héléna se produisit. Sa mère entra dans la pièce avec le fameux gâteau :
- C’est le moment de partager le gâteau. Qui a eu les meilleurs résultats à l’école ?
Théo se précipita :
- Moi ! J’ai droit alors à la plus grosse part de gâteau !
Véro, un peu vexée, répondit :
- Oui mais moi, avec de moins bons résultats, j’ai plus travaillé que toi !
- On ne va pas parler de l’école un jour d’anniversaire, tenta Héléna…
Et comme elle tenait aux parts égales, elle renchérit :
- Et puis ce serait injuste d’avoir des parts inégales.
L’adulte semblait surprise :
- Pourquoi ? Ce n’est pas juste de donner le plus au plus méritant ?

Qu’en penses-tu ? Faut-il donner la plus grosse part au plus méritant ? Et le plus méritant, c’est celui qui a le meilleur résultat ou celui qui a le plus travaillé ? Passe dans la rue un enfant dont la famille a de gros problèmes financiers.

- Et si on donnait aussi une part à Laurent ?, dit alors, éducative, la mère de Héléna
- Il n’est pas invité, répondit Héléna.
- Le gâteau serait trop petit pour tous, ajouta Raphaël.
Véro, attendrie :
- Oui, mais il ne doit pas manger souvent de gâteau chez lui.
Elle avait convaincu Théo :
- Ce serait juste de lui donner aussi une part, s’il n’en a jamais !
- Et même peut-être la plus grosse part, reprit Véro.
- Qui est d’accord pour donner la sienne ?, demanda la maman.
Silence gêné dans le groupe…
Qu’est-ce qui est le plus juste :
- donner la même part à tout le monde (c’est l’égalité)
- donner la plus grosse part au plus travailleur ou au meilleur résultat (c’est le mérite)
- donner une part, voire la plus grosse part, à celui qui ne mange jamais de gâteau (c’est plus équitable) ?

Finalement Laurent fut invité, Héléna coupa le gâteau en parts égales et donna fièrement sa part à Laurent ; Théo et Véro eurent aussi droit à une surprise pour avoir bien travaillé. Tu aurais trouvé une autre solution ? Explique !
Dans la surprise de Véro, il y avait une devinette, qu’elle posa à ses amis.
- C’est mon anniversaire. Qui vais-je inviter ?
Je choisis :
- Ma petite sœur
- Mon grand frère
- Mon cousin et ma cousine.
- Ma tante.
- Mes deux meilleurs amis (meilleures amies).
- Les trois camarades de classe avec lesquels je m’amuse.
- Le fils de mon voisin.

Il y a du nouveau : ma mère n’acceptera que cinq personnes à inviter.
1) Quels sont les 5 personnes que je choisis, et pourquoi ?
2) Qui j’élimine, et pourquoi ?
Trouve une solution qui te semble juste, et dis pourquoi !

Élisabeth Bussienne, Michel Tozzi
Extrait de La morale ça se discute, Albin Michel, 2014.

Sur la librairie

 

Quelle éducation laïque à la morale ?
Que s’agit-il d’enseigner, pour ce qui ne peut se réduire à une discipline scolaire ? Dans quel objectif, entre pacification des relations et formation du jugement moral ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Bien des questions, et ce dossier ose dès maintenant des réponses, dans la conviction que nous touchons là à un rôle fondamental de l’école.


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