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Oser les pédagogies coopératives, au collège et au lycée

Guillaume Caron, Laurent Fillion, Céline Scy et Yasmine Vasseur. ESF - Cahiers pédagogiques

1er novembre 2018
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Dans l’esprit de ses fondateurs, l’École de la République ne devait pas seulement permettre à chacune et à chacun d’apprendre dans de bonnes conditions. Elle était une institution où toutes et tous devaient apprendre à « apprendre ensemble ».

Guillaume Caron, Laurent Fillion, Céline Scy et Yasmine Vasseur assument ici pleinement cet héritage. Et ils l’incarnent, avec infiniment de rigueur et de précision, en nous montrant comment la classe coopérative est non seulement possible dans l’enseignement secondaire, mais aussi nécessaire pour rendre à ce dernier sa fonction de formation culturelle et citoyenne.

Mobiliser les élèves sur les savoirs, leur permettre de se constituer en véritable « collectif apprenant », accompagner chacun d’eux de manière personnalisée tout en multipliant les interactions, découvrir que l’on apprend mieux avec les autres et que c’est seulement grâce à eux que l’on peut se dépasser soi-même, faire ainsi l’expérience, au quotidien, d’une solidarité exigeante et féconde… voilà les enjeux de la classe coopérative.

Pour s’engager sur cette voie, les auteurs nous livrent, dans cet ouvrage, une démarche qu’eux-mêmes mettent en œuvre depuis plusieurs années. Ils nous proposent aussi des outils concrets qui couvrent tous les champs et peuvent être utilisés à tous les niveaux du collège et du lycée. Ils passent en revue l’ensemble des questions pédagogiques concrètes que pose la mise en place d’une pédagogie coopérative. Ils multiplient les pistes de travail et de réflexion. Bref, ils offrent aux enseignantes et enseignants du secondaire les moyens de faire vivre des classes coopératives, où, comme le disait Fernand Oury auquel ils se réfèrent, « on n’apprend pas aussi bien qu’ailleurs… mais mieux. »

Philippe Meirieu


Questions aux auteurs

 

Comment est né le projet de ce livre ?

Depuis plusieurs années, nous menons ensemble un projet de classes coopératives dans notre collège. Aujourd’hui, nous avons un parcours complet de la 6e à la 3e. Notre tâtonnement professionnel nous a amenés à adapter des outils et des démarches inspirés de Célestin Freinet, Fernand Oury, Sylvain Connac, avant tout pensés pour le premier degré. Interroger les conditions de cette adaptation nous semblait intéressant pour aider les équipes à franchir le pas des pédagogies coopératives dans leur collège ou leur lycée.

L’autre genèse de ce livre, ce sont les nombreuses interrogations de collègues que nous croisons en formation, qui viennent visiter nos classes ou qui nous contactent sur différents réseaux. Nous avions le sentiment de répondre de manière cloisonnée : on nous interroge sur le plan de travail, sur les ceintures, sur le conseil coopératif, etc. Mais répondre ainsi, c’est occulter les relations entre les différentes techniques et outils, c’est une vraie frustration pour nous. La classe coopérative est un système complexe qu’il convient d’appréhender de manière globale. Ce livre essaie d’offrir des réponses ponctuelles, mais aussi une mise en perspective dans un système de classe global.

Vous commencez par un chapitre sur la nécessité de faire évoluer la pédagogie au collège, placé sous le signe de Bourdieu. Est-ce un livre de militants ?

Vouloir améliorer la pédagogie pour tenter de réduire les inégalités ne devrait plus relever du militantisme. Ce qui peut l’être, ce sont les moyens d’y parvenir.

Aucune pédagogie n’est neutre mais, pour autant, personne n’entre dans sa classe en se disant qu’il va faire de la politique. En revanche, être conscient des valeurs que l’on véhicule, des intentions qui sous-tendent les démarches et les outils est important. Nous n’avons pas voulu faire l’impasse sur cela dans le livre. Cela permet aussi de bien comprendre que, pour des intentions similaires, il existe une multitude de démarches possibles. Loin de rebuter, nous pensons, au contraire, que c’est plaider pour l’intelligibilité des enseignants en tant que concepteurs plutôt qu’exécutants. Nous réfutons l’idée de recette miracle qu’il suffirait de dupliquer.

Que trouveront vos lecteurs dans le livre ?

C’est avant tout un livre pratique, même s’il ne se limite pas à cela. Nous avons voulu partager notre expérience, nos outils, avec des fiches, des exemples de mise en œuvre, etc. Les pédagogies coopératives envisagent la classe sous une approche globale. Ainsi, une grande partie des thématiques qui préoccupent les enseignants est abordée dans ce livre : l’hétérogénéité, le climat scolaire, l’évaluation, la motivation, etc. Chacun peut donc y trouver à la fois des réponses concrètes sur des sujets ciblés, mais aussi une démarche plus globale qui envisage les relations entre ces thématiques.

Pour autant, nous avons voulu dépasser le côté guide pratique et le simple récit de notre expérience. Des apports théoriques, des résultats de recherches, des témoignages, des outils utilisés par d’autres équipes viennent compléter l’ouvrage. Notre but est aussi d’aider les enseignants et les équipes à penser leurs actions.

Est-ce qu’on coopère différemment au collège et à l’école primaire ?

Sur la manière dont les élèves coopèrent, il n’y a pas de raison de penser qu’il existe une rupture. Les choses évoluent avec les spécificités de l’adolescence et l’importance du regard des autres. C’est ainsi, par exemple, que le principe de réciprocité est primordial. Si ce sont toujours les mêmes élèves qui se font aider, cela devient rapidement stigmatisant et les adolescents pourraient vite ne plus s’autoriser à aider, ou à se faire aider. Chacun doit trouver une place et apporter au groupe, dans une période où la socialisation est au centre des préoccupations des jeunes.

Ce qui change profondément par rapport à l’école primaire, c’est l’organisation de la scolarité. Les temps et les espaces sont cloisonnés comme un millefeuille, les intervenants se multiplient, rendant plus complexe la construction d’un système coopératif cogéré. C’est pourquoi la notion de collectif de travail est primordiale. Nous y consacrons un chapitre spécifique, mais nous espérons que cette spécificité transparait tout au long du livre. Il s’agit à la fois de fédérer une équipe autour de valeurs, d’outils et de techniques communes, mais sans vouloir une uniformisation qui nierait les spécificités de chacun.

Propos recueillis par Cécile Blanchard