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Oser le bien-être au collège

Christian Garcia et Caroline Veltcheff, éditions Le coudrier, Collection «  Partage d’expériences  », 2016

6 janvier 2017

Ce livre a été écrit par Christian Garcia, principal au Collège Sonia Delaunay et par Caroline Veltcheff, IPR vie scolaire qui a travaillé pendant 3 ans au sein de la délégation ministérielle pour la prévention et la lutte contre les violences scolaires avant de rejoindre la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites additives. Le sujet concerne tous les acteurs de la communauté éducative, mais ici les auteurs se sont centrés sur le collège, lieu où le bien être des élèves a tendance à se dégrader.

La notion de bien être est plus englobante que la notion de climat scolaire qui est propre à l’éducation nationale. On la retrouve dans plusieurs secteurs : santé, sports…

La première partie de l’ouvrage est consacrée à quatre démarches d’amélioration du bien être au collège. Le premier cas concerne le Collège Sonia Delaunay en éducation prioritaire à Paris qui a développé un projet autour du bien-être en partenariat notamment avec la MGEN, avec comme axes de travail l’ouverture du collège aux familles, le développement de l’aide au travail personnel et à l’orientation, la communication… Un deuxième cas concerne un collège de Cholet, qui n’a pas bonne presse, d’où fuite vers le privé, etc. Comme souvent, c’est l’arrivée d’un nouveau principal adjoint intéressé par les questions de la gestion des conflits et de la prévention des violences qui va lancer un projet s’appuyant sur le comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté avec les adultes du collège, aux parents et aux partenaires du quartier. Avec d’abord une grande enquête qui montre les différences de perception entre élèves, parents et personnels sur le climat du collège et de son environnement. Des actions vont être menées contre les incivilités, une formation autour du climat scolaire est mis en place, des projets de médiations par les pairs et d’activités théâtrales se développent.

Troisième cas : il concerne le collège Youri Gagarine de Trappes où on éduque à «  l’empathie  » pour lutter contre la montée de la violence dans l’environnement du collège. Mais tous les enseignants ne semblent pas sur la même longueur d’onde et cela constitue un frein pour l’expérience.

Enfin, le dernier cas concerne le collège d’Outreau qui a très mauvaise réputation, mais qui avec l’arrivée d’un nouveau principal parvient à redonner de la confiance aux enseignants comme aux familles. Les objectifs sont réduire l’absentéisme des élèves, créer un conseil pédagogique, réorganiser l’aide aux élèves en commençant par les 6e, faire évoluer le regard des enseignants sur les élèves, travailler sur l’orientation, poursuivre le travail d’ouverture culturelle, relancer la liaison CM2/6e.

La seconde partie du livre aborde alors la question même du «  bien-être  », avec comme idée centrale : «  la promotion du bien être permet d’améliorer les performances scolaires et rendre l’école plus efficace.  »

Les dimensions du bien-être sont multiples : physique, relationnel, psychologique, mais aussi pédagogique. Or, on le sait, plusieurs enquêtes montrent une grande anxiété des élèves français et le manque d’estime d’eux-mêmes, alors que ceux-ci ont des besoins forts de sécurité, d’appartenance à une groupe de pairs, de pouvoir s’exprimer et communiquer. Selon Denis Meuret et Thierry Marivain, les collèges qui favorisent le plus le bien-être sont ceux qui «  exacerbent moins que les autres les rivalités entre élèves : actions pour les élèves en difficulté, la coopération est favorisée au détriment de la compétition.  »

En fait le bien être devient un droit pour les élèves (droit de l’enfant de 1989 notion renforcée en France avec la loi d’orientation) et un droit pour les personnels (mise en place de CHS). Ce livre ne donne pas la recette miracle mais propose des éléments à prendre en compte afin de pouvoir être efficace. Il est utile de mettre en œuvre des actions symboliques pour renouer ou conforter les liens, redonner confiance, créer un sentiment d’appartenance ou montrer que la sécurité est assurée.

Ces actions symboliques peuvent être de plusieurs ordres : plus de convivialité, s’interroger sur l’identité du collège et redonner une image positive, importance des éléments visuels dans le changement, vers une affirmation du cadre : présence des adultes à des moments et lieux clés…

Pour une bonne réussite, le projet doit être collectif et doit être partagé par tous les membres de la communauté éducative et être abordé de façon pragmatique et dans toutes ses dimensions.

Il est nécessaire de prendre du temps pour établir un bilan fiable afin de pouvoir partir sur une base solide.

L’intervention d’un tiers externe est primordiale pour avoir de la distance et un regard neutre sur la situation, s’appuyer sur des compétences utiles pour le projet (enquêtes, formations…) Le suivi du projet est à prendre en compte et il faut s’adapter au fur et à mesure en corrigeant ce qui ne marche pas mais aussi en renforçant ce qui est efficace. Il faut se donner et avoir du temps : un projet ne se réalise pas sur une année scolaire mais sur plusieurs années et les actions évaluées régulièrement. Une évaluation globale doit se faire au bout de 3 ans.

Pour conclure les conditions de la réussite sont les suivantes : soutien de la direction et approche systémique, implication de tous les acteurs internes, formation des adultes, appui des partenaires extérieurs, dialogue et concertation.

A mettre en toutes les mains de la communauté éducative, aux associations associées, aux politiques, en somme à toute la société pour comprendre qu’une situation dans un établissement n’est jamais définitive et qu’il y a toujours des moyens pour rendre un établissement plus accueillant et faire progresser la réussite éducative de tous les enfants.

Sylvie Fromentelle