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L’actualité éducative du N°478 de janvier 2010

Nouveau cap pour l’orientation ?

Par Dominique Odry

Le président de la République annonçait fin septembre un nouveau programme pour la jeunesse intégrant une réforme de l’orientation, réforme par ailleurs préconisée par le Conseil de l’Union européenne depuis fin 2008. Dans quel sens vont ces réformes ? Dominique Odry nous livre ici ses réflexions.

Le parcours de découverte des métiers et des formations doit concerner tous les élèves, à tous les niveaux de l’enseignement secondaire de la classe de 5e à la terminale. Il vise à sécuriser les parcours scolaires, mieux anticiper les transitions, permettre à chacun de construire son parcours personnel de façon la plus éclairée possible pour fonder sur des bases solides les choix d’orientation. La phase d’expérimentation est maintenant terminée, et le PDMF devait être généralisé depuis cette rentrée. Articulé avec les entretiens personnalisés d’orientation et le dispositif de l’orientation active en classe de 1re et de terminale, ce parcours doit également offrir aux élèves des expériences qui leur permettent d’élargir leur approche du monde professionnel et des voies de formations, et de préparer leur orientation tout au long de leur scolarité. Il est prévu l’instauration d’un « passeport orientation formation », qui accompagne de la 5e à la terminale chaque élève. Livret personnel de suivi, il rassemblera tous les travaux et recherches effectués à chaque étape du parcours de découverte des métiers et des formations.
La programmation du PDMF doit faire partie intégrante du projet d’établissement. Elle permettra de mettre en cohérence l’ensemble des activités (information, enseignement et apprentissage) qui visent l’acquisition et l’exercice de la capacité à s’orienter tout au long de la vie. Présentée en conseil d’administration, elle se compose d’un programme d’action sur trois ans au collège, puis sur trois ans au lycée.
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L’an passé, une dizaine d’académies ont été « expérimentales » avant la généralisation de la rentrée 2009. Les choix faits par les recteurs ont été variables. Ainsi, dans l’académie de Clermont-Ferrand, le PDMF a été proposé à tous les lycées de l’académie (généraux, technologiques, et professionnels). Dans l’académie de Limoges, au contraire, il a été fait appel au volontariat des établissements : vingt collèges et six lycées se sont portés volontaires. L’académie de Montpellier a inscrit le PDMF dans les chantiers prioritaires du projet académique. Des axes forts ont été retenus : « améliorer l’ambition scolaire et élever les niveaux de formation », « ne laisser personne au bord du chemin éducatif », « assurer une solide préparation à l’insertion professionnelle et à la formation tout au long de la vie ». Dans toutes les académies qui se sont prêtées à l’expérimentation, le pilotage a été présent : appui sur la formation (professeurs principaux dans les bassins de formation, équipe académique de formateurs), mutualisation (ouverture d’espaces dédiés sur les sites académiques), mobilisation des corps d’inspection. À Limoges, la mise en œuvre du parcours a été expliquée dans chaque bassin de formation par le CSAIO et elle s’est appuyée sur un appel à projet auprès des établissements. Cette première phase a donc souvent conjugué volontariat d’acteurs motivés et pilotage affirmé. C’est évidemment ce qu’on peut espérer de mieux pour toute mise en place d’une innovation. Au-delà d’un ensemble de mesures ou d’actions, l’enjeu du PDMF est de pouvoir configurer les différentes étapes du parcours des élèves, de la 5e à la terminale, et de donner du sens au cheminement de chacun d’eux. C’est par excellence un objectif éducatif, et qui doit se décliner en objectifs pédagogiques.

S’orienter tout au long de la vie

Le 21 novembre 2008, le Conseil de l’Union européenne a adopté une résolution, « Mieux inclure l’orientation tout au long de la vie dans les stratégies d’éducation et de formation ». Qui est familier des textes émanant de l’Union européenne et concernant les politiques éducatives sait que la logique consensuelle produit souvent un style très général et parfois affadi. Cette résolution vaut pourtant qu’on s’y arrête. En effet, le Conseil et les représentants des gouvernements des États membres se sont accordés sur une définition de l’orientation. Cette dernière est considérée comme « un processus continu qui permet aux citoyens, à tout âge et tout au long de leur vie, de déterminer leurs capacités, leurs compétences et leurs intérêts, de prendre des décisions en matière d’éducation, de formation et d’emploi et de gérer leurs parcours de vie personnelle dans l’éducation et la formation, au travail et dans d’autres cadres où il est possible d’acquérir et d’utiliser ces capacités et compétences ». Quatre axes d’action sont retenus, dont le premier vise à « favoriser l’acquisition de la capacité à s’orienter tout au long de la vie ».
On peut faire au moins deux lectures de cette conception de l’orientation qu’on appelait encore il y a peu scolaire et professionnelle. La première est de rappeler comment le rapport formation/emploi a profondément changé ces dernières années. Les études du Cereq (particulièrement l’enquête « génération ») montrent que pour beaucoup de jeunes le passage du monde de la formation à celui du travail est un trajet accidenté : CDD, formations en alternance, emplois aidés, alternance de période d’emploi et de chômage. L’évolution même des processus de production fait que la mobilité et l’incertitude professionnelles sont maintenant programmées pour la plupart des salariés. De la notion de carrière, on est maintenant passé à celle de parcours, qui indique bien les incertitudes et les aléas des trajets configurant les passages entre la formation et l’emploi.
La seconde lecture visera plutôt à insister sur la nouvelle place qui devrait être donnée à l’élève et au jeune dans le libre choix de ses chemins et cheminements. Ce n’est pas un hasard si la notion de projet personnel de l’élève tend à disparaitre du devant de la scène. Non qu’il ne s’agisse d’une entrée féconde sur le plan de l’accompagnement des adolescents dans la projection qu’ils peuvent faire de leur avenir et du sens donné à leur scolarité. Simplement la priorité donnée au projet personnel relevait encore d’une conception de l’orientation comme une « aide au choix ». Des sociologues comme François Dubet ne s’y sont pas trompés en remarquant que c’était principalement les élèves qui ne pouvaient continuer leur scolarité, et qui n’avaient qu’une palette de choix restreinte, qui devaient élaborer un projet. La conception de l’orientation à l’œuvre dans le parcours de découverte des métiers et des formations représente un réel changement de paradigme, à la même manière du socle commun de connaissances et de compétences. À quel savoir, à quel ensemble de compétences tout citoyen a-t-il le droit d’avoir accès aujourd’hui ? L’accès de tous à un même corpus de connaissances et de compétences implique une conception du lien social qui ne peut être définie que d’un point de vue éthique et politique. Il ne s’agit plus d’accompagner les élèves au moment des paliers d’orientation, mais bien de leur offrir l’acquisition de compétences leur permettant de construire leurs choix en pleine autonomie. Il s’agit des trois dimensions inséparables qui constituent dans le socle commun la capacité à « s’orienter » : se familiariser avec l’environnement économique, connaitre les systèmes de formation, savoir s’autoévaluer. Or, ce sont des objectifs d’acquisitions nouveaux pour notre système éducatif, et qui impliquent une nouvelle lecture des missions des enseignants autant que celles des conseillers d’orientation psychologues.

Dominique Odry, chef de projet à l’École supérieure de l’Éducation nationale.