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Billet du mois (N°422, mars 2004)

Modeste proposition pour empêcher les mauvais élèves d’être à charge au système éducatif

Par Jean-Claude Paul


Il serait, il me semble, largement temps en ce début de XXIe siècle, de faire en sorte que les sciences dites de l’éducation deviennent un peu plus scientifiques qu’elles ne le sont. Et, de ma modeste position de professeur de lycée, j’ai tenté d’y apporter ma contribution sous la forme d’un problème dont voici l’énoncé :
- Sachant qu’un élève plutôt moyen d’un mauvais lycée, plongé subitement dans une classe équivalente d’un lycée « huppé » devient tout aussitôt un crack,
- ceci étant d’autant plus admis que nous autres les enseignants utilisons, en vertu d’on ne sait quel privilège, le droit de déroger massivement à la carte scolaire,
- sachant d’autre part qu’on ne peut surcharger les « bonnes » classes avec un arrivage d’élèves médiocres sans courir le risque de voir l’effet inverse se produire, ce qui transformerait le bon lycée en mauvais lycée et nous placerait devant la nécessité de tout recommencer dans l’autre sens et réciproquement...
Quelles mesures pourrait-on envisager pour améliorer un peu les chances de réussite de l’ensemble de la population scolaire ?
N’ayant reçu aucune réponse satisfaisante à ce simple problème, je me permets de proposer quelques pistes dans l’espoir de voir nos experts avisés y trouver la matière de la grande réforme pour laquelle ils nous ont consultés.
- Envoyer des élèves de lycées prestigieux séjourner dans les classes des lycées de seconde zone en supposant que leur présence fertilisera en quelque sorte le milieu qui les accueille.
- Envoyer dans les meilleures classes des bons lycées des délégations d’élèves réputés mauvais afin que ces derniers s’imprègnent de l’esprit studieux qui habite ces lieux éthérés.
- Organiser, entre lycées de niveaux différents, des jumelages pédagogiques, voyages scolaires, excursions récréatives, visites commentées, sorties pédagogiques, sur le modèle de ce qui se pratique communément pour étudier les langues vivantes ou tout autre objet exotique.
Mais ces propositions restent encore très empiriques et le resteront tant que nous ne saurons pas exactement sur quel principe fonctionne un « bon » ou un « mauvais » élève. Pourtant, il serait possible d’extrapoler les modèles de situations de stimulation que nous pouvons observer dans la nature. Si l’on arrivait par exemple, grâce à la diffusion de phéromones spécifiques, à communiquer la fièvre de l’étude, on pourrait se contenter d’échanger, entre élèves bons et mauvais, quelques-uns des attributs vestimentaires dont sont ordinairement pourvus les uns ou les autres (sweet clean contre casquette, etc.). Ainsi serait mise à profit la proposition de notre sous-ministre qui trouvait quand même le retour à la blouse trop ringard.
Enfin, ne négligeons pas la piste de la recherche fondamentale : nous ne devrions avoir aucun mal à trouver des laboratoires prêts à s’engager dans l’aventure de la synthèse de l’esprit de cognition. À entendre tous les Cassandre qui décrivent un système éducatif exsangue, il y aurait là à coup sûr un énorme débouché industriel. Et les nombreux candidats à la découverte de la formule de l’infaillibilité pédagogique ne demandent qu’à être encouragés.

Jean-Claude Paul, professeur de sciences physiques au lycée J. Callot, Vandoeuvre.