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Apprendre demain

Mobiliser l’intelligence collective

Entretien avec François Taddei

14 mars 2017

Depuis janvier 2017 s’est engagée une large concertation autour de la recherche et du développement pour l’éducation. François Taddei, biologiste et directeur du Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI), s’est vu confier par la ministre de l’Éducation nationale une mission d’étude visant à améliorer la qualité des apprentissages tout au long de la vie et à faire de la France une «  société apprenante  ». Enseignants, enseignants-chercheurs, acteurs de l’éducation, parents, élèves, étudiants jeunes ou moins jeunes, sont venus contribuer, consulter plus de 35 000 pages et échanger plus de 1 000 messages sur la plateforme en ligne http://apprendredemain.fr/


Pourriez-vous nous dire ce qu’est la mission Apprendre demain et la fonction de la plateforme participative au sein de la mission ?

Dans un monde qui change et qui croit à la connaissance, il est surprenant que le seul grand domaine public où il n’y a pas de recherche structurée et bien financée soit l’éducation. La mission est née de ce besoin et m’a été confiée par la ministre Najat Vallaud Belkacem pour réfléchir sur comment organiser la R & D (recherche et développement) de la société apprenante, à tous les âges de la vie, sur comment est-ce qu’on apprend à ces différents âges, et comment apprendre à apprendre individuellement et collectivement.

Nous réfléchissons à l’organisation d’une recherche qui facilite les apprentissages et proposons des axes de travail transverses à tous les âges. Cette recherche s’appuie sur les progrès des différentes disciplines et sur la capacité des acteurs de terrain à être réflexifs, à documenter et partager ce qu’ils font et à co-construire ensemble les solutions toujours plus adaptées aux défis d’aujourd’hui.

La plateforme Apprendre demain accueille les acteurs de toutes les communautés d’apprentissage, professionnels ou non, allant de la petite enfance jusqu’au contexte professionnel en passant par l’école et l’université. Elle incite les participants à examiner les pratiques individuelles et collectives d’une manière réflexive ainsi qu’à penser la meilleure manière de s’organiser collectivement et de mobiliser l’intelligence collective.

Pourquoi s’appuyer sur une plateforme participative et non pas seulement sur une étude de la littérature scientifique ou bien exclusivement sur des entretiens avec des experts, par exemple ?

De fait, la mission s’appuie sur ces trois sources. Nous avons convoqué la littérature scientifique et les rapports existants. Nous avons mené des entretiens avec plus de 200 personnes et responsables de domaines très divers : chercheurs, partenaires sociaux, formateurs, cadres de l’Éducation nationale. Enfin, nous nous sommes également rendus sur le terrain à de multiples reprises.

Il était néanmoins essentiel de mobiliser l’intelligence collective de tous. La plateforme Apprendre demain est conçue pour permettre aux différents contributeurs de confronter leurs points de vue et d’apporter chacun leur pierre à la mosaïque que nous sommes en train de créer ensemble pour réfléchir ensemble à la société apprenante.

Quel type d’usage sera fait des contributions écrites sur la plate-forme ?

La mission lit attentivement les différentes contributions, dégage les idées partagées et examine comment cela permet d’illustrer certains points. Nous nous inspirons également des idées les plus pertinentes. Un résumé des échanges fera l’objet d’une annexe du rapport remis à la ministre fin mars et le site web Apprendre demain restera disponible après la fin de la mission, fin mars.

On essaye de réfléchir à la pérennisation de la réflexion collective sur ces sujets. Tous ceux qui souhaiteront creuser un sujet pourront le faire. Les contributions sur www.apprendredemain.fr ont initié une discussion que nous souhaitons prolonger entre actuels et futurs contributeurs.

Le débat est loin d’être clos. La première étape consiste à produire une synthèse de toutes les idées publiées sur la plateforme. Le deuxième est de faire évoluer l’architecture de la plateforme vers une base de données sur la société apprenante regroupant connaissances, questionnements et sujets de réflexion. Nous confions à l’intelligence collective le soin d’orienter les évolutions ultérieures de la plateforme.

Au moment de la remise du rapport, une conférence internationale est prévue le 28 mars prochain. Quel est son objectif ?

Au niveau international, de nombreux experts s’intéressent à des sujets proches des nôtres. L’ONU a défini dix-sept grandes priorités (santé, faim dans le monde, climat, biodiversité, pollution…). Un des axes forts est «  un apprentissage de qualité tout au long de la vie, accessible à tous  ».

Nous avons donc invité des experts en provenance de tous les continents pour exprimer leur vision sur ces enjeux. À terme, nous souhaitons configurer une R & D internationale, participative et ouverte. En d’autres termes, nous souhaitons aller vers une recherche participative, structurée collectivement par la suite.

Il faut se demander ce que nous pouvons faire ensemble que nous ne saurions faire seuls au niveau national. Cette conférence reflète l’esprit de la plateforme : que peut-on impulser ensemble que l’on ne pourrait pas impulser seuls ?

Dans votre conception de la quête d’innovation, existe-t-il une opposition entre la contribution des chercheurs et l’appui sur l’expérience des praticiens ?

Historiquement, il existe parfois des incompréhensions entre praticiens et chercheurs. La coconstruction est la manière que nous explorons pour lever cet obstacle en ce qu’elle permet d’identifier des questionnements communs et des méthodologies qui permettent de faire progresser à la fois pratiques et recherche, même la plus fondamentale.

La grande force de la recherche est de questionner les cadres existants et d’utiliser des méthodes et des résultats qui permettent de faire progresser la réflexion de tous.

Des passeurs, capables de parler la langue des praticiens et celle des théoriciens, pourront garantir le continuum entre ces deux mondes. Je pense que dans la plupart des grands domaines scientifiques, la recherche a vraiment progressé lorsqu’on a réussi à faire des ponts entre ces deux communautés. C’est le cas en médecine, en physique. Faisons en sorte collectivement que ce soit toujours plus le cas dans le domaine de l’éducation.

François Taddei
Biologiste et directeur du CRI (Centre de recherches interdisciplinaires)

Propos recueillis par Ange Ansour, directrice de l’École de la Recherche-Les Savanturiers, et Germán Fernandez Vavrik, sociologue de l’éducation.

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