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Actualité éducative du N° 412 - mars 2003

MI-SE, Aides éducateurs : quel avenir ?

Par Marie-Christine Chycki et Pierre Madiot


Le budget 2003 prévoit la suppression de 20 000 emplois d’aides éducateurs et 5 600 postes de surveillants, à la rentrée 2003. Le dispositif des MI-SE « ne répond plus complètement aux besoins qui s’expriment aujourd’hui, dans les établissements scolaires » selon une note ministérielle. Quant au dispositif des emplois-jeunes, créé en 1997, il arrive à son terme en 2003 : le gouvernement actuel ne se fait pas faute d’accabler le précédent pour son imprévoyance, rien n’ayant été prévu pour « sortir » du dispositif...

En contrepartie, le ministère a proposé dans un premier temps le recrutement de 11 000 assistants d’éducation permettant de couvrir les fonctions essentielles assurées par les MI-SE et les aides éducateurs (notamment la surveillance et la maintenance informatique). Les manifestations et grèves qui ont marqué ces derniers mois ont fait passer le chiffre à 16 000. Ce qui ne fait toujours pas le compte : en terme de moyens pour l’école, cela fait 9 600 emplois de moins !

Ces mesures ont légitimement ému la communauté scolaire. Diminuer l’encadrement éducatif des élèves alors que dans le même temps les sirènes de l’insécurité et de la violence scolaires ne cessent de hurler, cela relève de la provocation ou de l’inconscience.

Un problème de statut

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à redire concernant le statut des MI-SE : créé il y a plus de cinquante ans il devrait évoluer pour s’adapter aux conditions d’études actuelles dans les universités (plus grande obligation d’assiduité, travaux dirigés plus nombreux). La demande des collèges et lycées a changé aussi et exige sans doute un investissement pas toujours compatible avec les services. Faire évoluer le statut pour une meilleure prise en charge des élèves c’est sans doute possible et nécessaire. Cela ne peut se traduire par la suppression brutale, en l’absence de toute concertation, de toute une catégorie de personnel comme veut l’imposer le ministère.

On peut aussi s’interroger : pourquoi « traiter » ensemble MI-SE et aides éducateurs ? Contrairement aux MI-SE, les AE ont un statut de droit privé et sont faiblement rémunérés. « Régler » les deux problèmes (des MI-SE au statut encombrant d’un côté, des emplois jeunes qui ont créé des besoins de l‘autre), en même temps alors qu’il ne s’agit pas des mêmes situations, c’est faire des économies sur plusieurs tableaux : baisse des rémunérations et plus grande souplesse d’embauche pour les premiers, un statut de droit public pour les seconds en guise de compensation, avec en prime une diminution des effectifs globaux. Si l’on perçoit bien la logique économique derrière ces mesures, on ne voit guère de projet éducatif.

Sur quelles bases et avec quelle formation ces assistants seront-ils recrutés ? Qu’y gagneront les élèves ? Qu’attendons-nous pour ce qui nous concerne des MI-SE ? des aides éducateurs ? d’éventuels « assistants d’éducation » ?

Un problème pédagogique

Au-delà des problèmes de statut, d’emploi, de définition de la mission et du « service », on voit en effet que les tâches accomplies par les surveillants et par les adjoints d’éducation sont loin d’être secondaires même si elles ne concernent pas le cœur même de l’enseignement. Il est clair que les professeurs ne peuvent se contenter de se décharger des basses besognes de la discipline, de la technique ou des approches périphériques en les confiant à des exécutants qui ne seraient impliqués ni de près ni de loin dans leur démarche pédagogique. On peut trouver de nombreux exemples de gâchis, de dérives et de ratages consécutifs à un manque évident d’un minimum de formation et de projet pédagogique de ces personnels temporaires. En revanche, on peut trouver de nombreux exemples de collaborations réussies qui ont donné à l’enseignement des ouvertures et des prolongements grâce à l’apport d’approches, d’outils et de techniques que le cloisonnement disciplinaire et la tyrannie des programmes rendent aventureuses.

Si l’on connaît depuis longtemps l’importance de la « vie scolaire », l’école, grâce à la création des aides éducateurs, s’est découvert des besoins dont elle avait fait l’économie et qui montrent que la pédagogie doit englober dans son champ bien plus que la maîtrise des contenus disciplinaires.

Ce débat sur les surveillants et sur les aides éducateurs est donc aussi un débat sur la politique de l’école en matière de pédagogie.

Marie-Christine Chycki et Pierre Madiot