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Colloque de l’IREA

Les incontournables du changement

Compte-rendu, par Jean-Michel Zakhartchouk

6 décembre 2013

Les 28 et 29 novembre, à Paris, l’IREA, institut de recherches du SGEN-CFDT, organisait son dixième colloque, seconde partie d’un ensemble autour des «  changements  » dans notre école (première partie en juin dernier). L’ensemble donnera lieu à une publication dans quelques mois.


Les différents intervenants se sont demandés quels étaient les éléments incontournables pour des réformes réussies de notre système éducatif. Et les réponses ont été nombreuses, variées, mais devant surtout conjuguer volontarisme et réalisme, référence à des valeurs fortes, à des convictions et en même temps pragmatisme et stratégie.

Quelques échos de deux jours passionnants, quelques bribes d’un bouillonnement d’idées, entre espoirs toujours présents et tentation du pessimisme (« pessimisme actif  » défendu par un des intervenants).

Jean-Claude Emin, rappelant ce qui s’était dit en juin, met en avant entre autres deux idées-force : «  Si l’administration boude, rien ne peut se faire et la réforme échoue  » et «  On ne peut pas réformer sans les collectivités territoriales. »

La table ronde sur les contenus d’enseignement et les programmes était en pleine actualité, avec la présence de deux membres du Conseil supérieur des programmes.
Pour Philippe Joutard, ce qui est source d’optimisme peut-être, c’est le principe de réalité : l’école française est obligée d’évoluer dans la mesure où ses résultats ne sont pas à la hauteur, et si on veut répondre aux défis de la compétition internationale. Mais au fond, il ne faut pas trop «  faire de bruit  » quant aux changements programmatiques, pour éviter les surréactions des lobbies disciplinaires. Il insiste sur l’importance de la formation continue et de la présence de documents d’accompagnement. Les deux axes forts d’un vrai socle commun : la maitrise de la langue et le «  vivre ensemble  ».

Roger-François Gauthier déplore la faiblesse de la recherche concernant les contenus. Il voudrait qu’on prenne au sérieux l’adjonction du mot «  culture  » au socle commun. Ce ne doit pas être un supplément d’âme mais avoir des effets réels. L’école participe à la construction du «  commun  », il faut affirmer des valeurs et ne pas en rester à un discours techniciste. Il faut montrer qu’on est capable d’expliquer le socle commun à la population.

Marie-Aleth Grard, responsable à ATD-Quart monde et membre du Conseil supérieur des programmes, a été frappée par l’expression «  curriculum caché  ». Il faut arriver à expliciter les codes de l’école, ce qui fait en profondeur fait réussir certains et pas des enfants de classes populaires.

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Dans la table ronde sur la formation des enseignants, Simone Bonnafous, qui est désormais responsable de l’enseignement supérieur, délivre un message optimiste quant à la création des ESPE et note que l’idée de «  enseigner, un métier qui s’apprend  » fait davantage consensus aujourd’hui.

Patrick Rayou rappelle l’importance de la formation continue et fait part de l’étonnement d’interlocuteurs étrangers quand ils apprennent qu’il y en a aussi peu en France. Il pense essentiel que l’on arrive à casser certaines représentations des formés : il y aurait les «  formateurs du haut  » déconnectés du réel et les «  formateurs du bas  » qui eux seraient utiles. Bien entendu, il faut parvenir à conjuguer les deux. Dans les ESPÉ, il faut développer à la fois des compétences à enseigner et des compétences pour enseigner.

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Lors d’un débat sur le pilotage, le secrétaire national du SGEN, Frédéric Sève, montrait à travers notamment l’exemple des rythmes scolaires qu’il fallait dépasser une gouvernance par la «  règle  » et la simple obligation de moyens qui souvent est un alibi pour déclarer son impuissance à faire évoluer les choses. On doit se sentir poussés à obtenir des résultats, sans pour autant entrer dans une «  obligation  » juridique.

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Lors de la seconde journée, une table ronde réunissait le rapporteur de la Loi de refondation à l’Assemblée, Yves Durand, l’historien Antoine Prost et Alain Bouvier, ancien membre du Haut conseil de l’éducation. Un échange vigoureux naviguant entre optimisme et pessimisme. Le «  bal des hypocrites  » a été fustigé (préalables à n’en plus finir avant de changer, pratiques réelles en contradiction avec les grandes déclarations). Le rôle décisif de l’administration et des cadres intermédiaires est rappelé (les oreilles de certains IPR ou IEN ont dû siffler !). Antoine Prost réaffirme un thème qui lui est cher : ce qui compte, c’est ce qui se passe en termes d’apprentissage des élèves, là est l’essentiel.

Le comité de suivi de la réforme doit jouer un rôle majeur pour vérifier l’application des mesures prises, car c’est souvent là que le bât blesse. Yves Durand rappelle qu’il peut se saisir de tout thème de son choix.

Au final, Antoine Prost invite à utiliser pleinement tous les réseaux possibles, y compris ceux dont il est peu familier (les réseaux sociaux numériques) pour populariser les idées qui ont agité ces deux jours, en partant de convictions fortes en faveur d’une école vraiment républicaine.

Jean-Michel Zakhartchouk

Photographies : Dominique Broszkiewicz

le site de l’IREA : http://irea-sgen-cfdt.fr/
le compte-rendu de la première journée, http://www.cahiers-pedagogiques.com/Le-changement-a-quelles-conditions