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Les groupes de niveau… Attention ! Danger

Halina Przesmycki


Dans les textes officiels, hélas, la tendance actuelle de l’institution est de réduire dangereusement la pédagogie différenciée à l’emploi de groupes de niveau par matière. Et pour quelles matières ? Toujours les mêmes : français, mathématiques, langue vivante.

Cette réduction est dangereuse car le phénomène de la conformité à la norme du groupe incitera des enseignants à suivre la route déjà tracée de la structure en groupes de niveau, au lieu de chercher les nombreux chemins de traverse de la pédagogie différenciée. De plus, quel appauvrissement des nombreuses innovations pédagogiques nées ici ou là depuis tant d’années, quel frein à tous ces efforts, si difficiles néanmoins à mener à bien !

Le rythme n’est pas tout

Étant une procédure de la pédagogie différenciée, les groupes de niveau en ont bien sûr la même finalité : la démocratisation par la lutte contre l’échec scolaire. Leurs objectifs sont alors de réduire d’une part, l’écart des niveaux des élèves entre eux et d’autre part, le fossé, de plus en plus large aujourd’hui, qui sépare les plus faibles du noyau commun de savoirs et de savoir-faire reconnu comme norme nécessaire pour passer de classe en classe et dans le second cycle. Pour atteindre ces objectifs, le principal moyen utilisé est le regroupement d’élèves travaillant au même rythme et l’adaptation du rythme de l’enseignant à celui des enseignés. Pourtant, la différence de rythme trop grande entre les élèves et l’enseignant ou entre les élèves est-elle la seule cause d’échec scolaire ?

Dans les groupes de niveau, les élèves sont répartis généralement en trois, maximum quatre, types de groupements sous les étiquettes «  rapides  », «  moyennement rapides ou/et lents  », «  lents  » traduites en fait par «  forts  », «  moyens  », «  faibles  » selon un seul critère de choix qui est le plus souvent la notion assez floue de «  résultats scolaires  » définis par une évaluation essentiellement sommative de notations des moyennes du trimestre ou demi-trimestre et des notes obtenues aux contrôles communs de niveau.

Ce choix est, à mes yeux, un alibi selon lequel ceux qui ont des mauvaises notes sont les plus lents à comprendre et agir, tandis que les meilleurs sont rapides, et vice versa ! Ceci est rarement exact car des «  lents  » peuvent réussir très bien si on leur en donne le temps et surtout le rythme de vigilance et d’activité est si variable d’un élève à l’autre, même dans un groupe dit de niveau «  homogène  », et pour le même élève selon le moment dans la journée, dans la semaine et selon l’apprentissage.

Vers des formules plus souples

Bref, ce critère me paraît monolithique alors que la pédagogie différenciée prend en compte des critères différents selon les processus d’apprentissage.

La nécessité de travail en équipe En ce qui concerne la durée des groupements, les groupes de niveau sont souvent déterminés sur le même critère pour toute l’année ; même s’il y a une mobilité souhaitable de 30 % environ des élèves (dans les deux sens), il reste 70 % qui ne bougent jamais ! Les groupements d’élèves en pédagogie différenciée se font, en revanche, sur une durée plus courte, limitée très précisément à l’atteinte d’un objectif et dépendent à la fois du contenu de celui-ci, du niveau de réussite exigé pour être considéré comme atteint, et des techniques pédagogiques utilisées pour le mener à bien dans le temps imparti. Ainsi, tous les élèves bougent car les critères et les groupements sont redéfinis à intervalles réguliers plus ou moins rapprochés : un élève en échec dans un type de groupement se trouvera donc toujours, tôt ou tard, dans un autre groupe où une de ses capacités sera valorisée par le choix de l’objectif, si bien qu’il démarrera et entraînera même les autres dans sa performance.

La nécessité de travail en équipe

J’espère avoir convaincu de l’intérêt de la pédagogie différenciée par rapport aux groupes de niveau, d’autant plus qu’elle nécessite moins de moyens, si ce n’est l’aménagement de l’emploi du temps parfois et la concertation. Pour mettre en place une procédure de différenciation, on peut être seul avec sa classe, mais si l’on veut organiser des groupements d’élèves, différents et mobiles, il faut être au minimum deux et la définition d’objectifs communs s’impose, donc un travail d’équipe en concertation. Par exemple, comment envoyer le groupe d’élèves qui a fait plus de trois erreurs dans un apprentissage de grammaire chez un collègue qui pratiquera pour eux une stratégie de remédiation à leurs difficultés ainsi ciblées, pendant que vous recevrez ceux qui ont moins de trois erreurs pour un approfondissement, sans avoir préalablement établi ensemble les objectifs et organisé la progression des apprentissages pour les atteindre ?

Pour le reste, une équipe pédagogique motivée arrivera à mettre en oeuvre une pédagogie différenciée efficace avec de l’astuce, la bonne volonté de l’administration et surtout le désir très ferme, malgré les conflits et les découragements inévitables dans un groupe, de travailler ensemble. Bien sûr, il faut que l’Éducation nationale reconnaisse ce minimum qu’est la concertation.

Halina Przesmycki
Auteur de La pédagogie différenciée, Hachette-éducation.


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