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Les élèves en situation de handicap

Martine Caraglio, PUF, Que sais-je ?, 2017

28 octobre 2017

À l’heure où parait un rapport d’information du Sénat intitulé Culture et handicap : une exigence démocratique, ce Que sais-je ? est très utile pour faire le point sur le regard que l’école porte sur les élèves en situation de handicap, sur leur scolarisation qui est devenue un droit et sur le modèle de l’inclusion que la France s’est choisi.

Dans les deux premiers chapitres «  De l’arriéré non scolarisable à l’élève handicapé  », «  L’éducation inclusive : une dynamique inclusive internationale  » l’auteure retrace l’histoire de la scolarisation des élèves handicapés et montre l’importance des lois, celles de 11 février 2005 et celle du 8 juillet 2013 pour combler le retard de la France par rapport à la Déclaration des droits de l’enfant de 1979 et la Déclaration de Salamanque de 1994. Martine Caraglio note à juste titre que l’éducation inclusive pose maintenant question sur «  la manière d’y parvenir  », car «  si la notion […] a acquis une légitimité internationale, les pratiques scolaires et disciplinaires qui facilitent l’inclusion des élèves handicapés ne vont pas de soi, de même que les modes de coopération et de partenariat à mettre en place  ». Malgré les progrès faits dans l’acceptation de la présence de ces élèves au sein de l’école, des difficultés persistent car «  la participation à un cours ne garantit l’inclusion  ». Pour les élèves avec des troubles des fonctions cognitives par exemple «  l’inclusion en milieu ordinaire se ferait au prix d’une exclusion en termes d’évaluation de performances (dans un système où l’objectif est la réussite académique) par une assignation à un statut administratif spécial et par des traitements discriminants de la part des autres élèves et enseignants  ». Avec une grande précision, les chapitres suivants déclinent les différentes modalités de scolarisation et les partenariats à mettre en œuvre ainsi que la classification et les parcours des élèves en situation de handicap souvent caractérisés par la rupture.

Au-delà des informations nombreuses qu’il donne, l’ouvrage de Martine Caraglio a le grand mérite d’interroger nos pratiques dans un système où «  le trouble et la déficience y définissent encore l’élève handicapé, plus que son fonctionnement psychologique et cognitif  », de «  poser comme principe qu’il n’y a pas de handicapé en soi, mais toujours d’une procédure de désignation, voire d’interpellation  » ainsi que de rappeler que «  progressivement le sens [du mot handicap] s’est déplacé vers un manque inhérent à la personne, une infériorité  ».

La condition handicapée fait toutefois partie de notre humanité qu’elle ne diminue pas mais qu’elle élargit, dit à sa manière l’auteure en conclusion. Elle oblige à reconsidérer la norme scolaire ainsi que les valeurs et modèles transmis. Elle amène à se demander si l’on souhaite promouvoir «  une société qui glorifie la perfection, la compétition et la performance  », celle qui «  met le plus à l’écart les personnes en situation de handicap  » selon le rapport d’information du Sénat ou si l’école se doit de chercher à être plus inclusive de manière à travailler à une société plus inclusive. dont il convient maintenant de parler.

Evelyne Clavier