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L’actualité éducative du N°383 - Avril 2000

Le plan anti-violence : Tristesse et déception

Par Sylvie Premisler


Mes réactions au plan Allègre = tristesse et déception ! Des mesures désespérantes qui m’obligent à m’interroger sur ma fonction, mon rôle à l’Éducation nationale.

Je déplore :
Une campagne médiatique renforçant tous les stéréotypes et montrant jusqu’à la nausée la " violence ", la " barbarie " de petits " sauvageons " de banlieue, plutôt blacks, plutôt beurs, toujours " zone ".
Un appareil judiciaire qui emboîte le pas pour qualifier les peines à la hausse.
Quand l’exaspération, la peur et le pathos sont à leur comble, l’annonce de mesures sécuritaires, répressives, assenées par un père (fouettard) de famille qui réaffirme haut et fort en martelant une table l’autorité du chef = l’État, le policier, le juge, le directeur, le professeur. Autorité virile, comme il se doit.

J’affirme que :
Pour enseigner au quotidien dans ma classe avec mes élèves, donner du sens aux savoirs, éprouver le désir et le plaisir de l’apprendre et du vivre ensemble, je n’ai pas besoin d’un policier derrière ma porte.

J’ai besoin, en revanche que les hommes et les femmes politiques responsables qui gouvernent notre pays cessent de stigmatiser des couches entières de la population (parents " irresponsables ", élèves " sans repères et délinquants ", profs " incapables ") pour évoquer la violence du chômage et de la précarisation, la violence de la ségrégation urbaine et de la discrimination à l’embauche, la violence du quadrillage intensifié des quartiers pudiquement nommés " sensibles " et du harcèlement mêlé d’humiliation des pauvres.

Je réclame avec vigueur que Lionel Jospin, Claude Allègre, Élisabeth Guigou cessent d’abreuver leurs discours du prêt à penser sécuritaire anglo-saxon qui accompagne l’émergence d’une société néo-libérale cynique et arrogante. Classes laborieuses, classes dangereuses, moralisation des pauvres, bientôt la vulgate hygiéniste Rien de très nouveau. Aujourd’hui nous sommes à la croisée des chemins. Comme le montre Loïc Wacquant dans son remarquable ouvrage [1]. Sur le problème de la violence à l’école, je continuerai, parce que je suis enseignante, et en toutes circonstances, à poser les questions en termes d’éducation, de pédagogie, de sociologie. Je laisse le pénal et le carcéral à ceux qui ont fait le choix d’une autre société.

Sylvie Premisler, Professeur d’histoire-géographie dans un collège de la banlieue parisienne.


A LIRE D’URGENCE
- Christophe Dejours, Souffrance en France, Seuil, 1998.
- Loïc Wacquant, Les prisons de la misère, Raison d’agir, 1999.


[1Le basculement de l’état providence à l’état pénitence annonce l’avènement d’un nouveau gouvernement de la misère mariant la main invisible du marché au travail déqualifié et déréglé du poing de fer d’un appareil pénal intrusif et omniprésent. "