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La toute-puissance à l’école, comment la repérer, l’analyser, agir

Edith Tartar Goddet, Editions Retz, 2014.

11 février 2016

Edith Tartar Goddet est psychologue clinicienne et psychosociologue, avec une longue expérience auprès des jeunes. Elle précise dans son livre ce qu’elle entend par toute-puissance, avec des exemples parlants et propose un certain nombre de solutions, d’attitudes, de comportements en réponse aux attitudes ou comportements de toute-puissance, et c’est rare. Elle parle bien de l’école et pas seulement des élèves, elle analyse aussi la toute-puissance de certains enseignants.

Les personnes qui se sentent toutes-puissantes sont centrées sur elles, utilisent les autres, ne reconnaissent pas leurs actes et leurs effets. Elles sont à la fois clivées (elles peuvent avoir une attitude dans une situation et une autre dans une autre) et indifférenciées (elles pensent facilement que tout le monde est de leur avis). L’auteure donne l’exemple d’une petite fille à qui le papa a demandé qu’elle se tienne loin du bord de la piscine et qui reprend ensuite son père pour la même chose, lui disant que c’est dangereux ! Ce qui constitue un «  monde  » largement imaginaire.

Edith Tartar Goddet distingue emprise (s’imposer à autrui : voyez le bien que je fais à cette personne), harcèlement moral (emprise avec une volonté inconsciente de détruire mentalement l’autre : voyez comme cette personne est mauvaise) et toute-puissance pour laquelle emprise et harcèlement peuvent être des outils, non nécessaires (je me suffis à moi-même ; faire un compromis, c’est me soumettre à une dictature). Que faire ?

L’idée fondamentale ici est que cette toute-puissance est l’expression d’un manque, qu’il faut trouver ce manque et tâcher de permettre à la personne en sentiment de toute-puissance de le combler. Se placer dans le registre de l’aide, «  ajouter  » des manières d’être et de faire, calmer la peur du changement. Certaines propositions de posture ne sont guère susceptibles d’évaluation : développer notre intelligence «  naturaliste  » (personnelle plus que professionnelle, en gros, voir l’enfant et l’élève), accueillir ses émotions et les raisonner, être dans une relation souple…

D’autres sont des fiches de travail détaillées de façon canonique. Par exemple, apprendre à l’enfant à prendre soin de l’autre, créer un «  tiers psychique  » (un intermédiaire, imaginer l’autre) ; aider l’enfant à différencier… un travail sur les couleurs et le daltonisme, pour un décentrage de son point de vue (celles et ceux qui ne voient pas la même chose que moi sont respectables). Faire naître l’enfant à la division intérieure, que la personne en toute puissance a tendance à prendre pour une maladie mentale (il faut faire ce qu’on a envie de faire tout le temps, rien d’autre n’existe), donner de la consistance au mot «  questionnement  » par des QCM qui obligent à hésiter entre plusieurs réponses… etc.

Un vrai livre pratique et théorique, qui pose avec une grande clarté un problème difficile et y apporte un certain nombre de solutions.

Orélien Péréol