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Avant-propos du N° 518 - Enseigner, former : écrire

L’écrit est partout

par Patrice Bride et Philippe Chenot


L’idée du dossier que vous allez lire résulte d’une rencontre entre des membres de l’équipe des Cahiers pédagogiques et des formateurs d’Aleph-Écriture, venus conduire une réflexion sur les pratiques d’écriture et d’accompagnement à l’écriture des coordinateurs des dossiers, pour les Cahiers. Il semblait intéressant, notamment pour interroger les différents points de vue, d’ouvrir le champ de réflexion de ce dossier à des pratiques d’écriture autres que celles de l’école, en sollicitant des contributions d’autres pédagogues, formateurs ou praticiens des ateliers d’écriture.

De fait, les enseignants et les formateurs parlent, beaucoup. Ils écrivent aussi. Parfois par plaisir, ou par gout, mais souvent par obligation, tant l’écriture est partie prenante de leurs activités. Sur un tableau, sur des copies, dans un logiciel, dans un cahier de textes (désormais souvent numérique), sur un carnet d’élève, sur un bulletin. Des annotations, des préparations, des projets d’intervention, des comptes rendus et des bilans, des «  appréciations  », des messages à des collègues, voire des articles dans des revues pédagogiques, des billets de blog, des mémoires. De quoi faire un dossier !

L’écrit est donc partout. Pourtant, au quotidien, comme en formation, on accorde trop peu d’attention au processus de l’écriture (comment s’y prendre ?) et à ses produits (de quels écrits a-t-on vraiment besoin et pour quels effets ?). On peut être séduit ou rassuré par les facilités des formules toutes faites, le jargon du langage administratif, la rhétorique savante et contrainte des textes universitaires. On profite rarement de la distance que permet le passage par l’écriture, de ses dimensions heuristiques et herméneutiques et de leur capacité à transmettre l’expérience. L’enjeu de ce dossier n’est pas tant de travailler à mieux écrire que d’écrire pour mieux travailler.

Le plan de ce dossier distingue l’écriture pour le travail (première partie) de l’écriture sur le travail (deuxième et troisième parties). Mais il y a bien continuité : écrire est toujours une manière de penser le travail, que l’on choisisse les termes exacts pour remplir un bulletin trimestriel ou que l’on s’expose en racontant ses pratiques dans un article de pédagogie. Et elle est en tant que telle un instrument de développement professionnel, à l’échelle individuelle, dans une réflexion sur ses pratiques, et à l’échelle collective, en nourrissant les échanges dans une équipe.

Nous espérons avoir évité la naïveté d’une écriture totalitaire qui se suffirait à elle-même (« z’aviez qu’à lire ce qui est écrit !  »), pour être attentifs à l’écriture comme arrangement avec la réalité, comme support de relations professionnelles complexes et de stratégies qui peuvent l’être tout autant. Jamais facile de trouver les bons mots, et un rapport d’inspection peut ainsi être salutaire comme destructeur. Écrire est aussi un enjeu institutionnel : il y a toujours un risque à écrire pour dire ce que l’on a à dire.

Les écrits durent, certes, mais valent avant tout quand ils s’inscrivent dans des processus vivants : pour leurs auteurs, pour ce que l’effort d’écriture leur a apporté ; pour les lecteurs, par ce qu’ils vont faire de leur lecture. En l’occurrence, nous souhaitons vivement que vous trouviez là de quoi avoir envie d’écrire, ne serait-ce que pour nous dire ce que vous a inspiré ce dossier.

Au plaisir de vous lire !

Sur la librairie

 

Enseigner, former : écrire
On n’y consacre guère d’attention. On se laisse bien souvent gagner par les facilités des formules toutes faites, ou encore le jargon du langage administratif. Regardons alors de plus près nos pratiques d’écriture et tentons d’en faire des opportunités de développement professionnel.