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L’autorité éducative. La construire et l’exercer

Bruno Robbes, Scérén-CRAP-Cahiers pédagogiques, col. « Repères pour agir », 2013

14 janvier 2014

Un ouvrage en partenariat avec les Cahiers pédagogiques qui ouvre de nombreuses pistes pratiques pour exercer vraiment une « autorité éducative » en collège et lycée. Des témoignages, des exemples, y compris à l’étranger. Et une solide et indispensable réflexion sur ce qu’est ou doit être l’autorité. Pour l’auteur et les différents contributeurs du livre, l’autorité n’est pas innée, elle ne relève pas du charisme, elle s’élabore au jour le jour et reste, de façon permanente, « en construction ». Une orientation générale qui va à contrecourant d’un certain esprit ambiant en quête d’une restauration de l’autorité d’hier pensée comme l’attribut quasi sacré de ceux qui la possèdent.


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Questions à Bruno Robbes

 

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Jeunes en évolution, autorité en mutation, montre votre livre. Quels sont cependant les invariants de l’autorité ?

Bruno Robbes : J’en donnerai dix.
1) Ne pas confondre l’autorité avec l’autoritarisme (qu’il use de la force ou de la séduction) ni avec l’absence d’intervention ou le rejet. L’autorité n’est pas un « juste milieu » entre ces deux postures.
2) Elle est un mode de relation qui cherche à maintenir le lien à l’autre (sans cela, pas d’action éducative et d’enseignement possibles), et qui comprend en même temps une dimension personnelle (avoir une confiance suffisante en soi pour oser la relation aux autres est lié à l’histoire de chacun).
3) L’autorité est encore un lien anthropologique indissociable de l’espèce humaine, qui fonde l’accès de l’enfant à l’humanisation (elle l’introduit dans le monde qui l’a précédé, avec ses savoirs accumulés) et régule les relations humaines. Sa fonction première est d’assurer protection et sécurité.
4) L’autorité associe une responsabilité statutaire (être l’autorité), une autorisation personnelle (avoir de l’autorité) et une capacité fonctionnelle (faire autorité). Ces trois dimensions sont indissociables, même si c’est par le « faire » qu’au final l’autorité se donne à voir.
5) Exercer l’autorité n’est donc pas naturel : cela s’apprend, se construit. Sa pratique repose sur des savoirs d’action, principalement de communication, de dispositifs pédagogiques et didactiques, d’organisation interne.
6) La relation d’autorité articule l’asymétrie inhérente aux statuts (qui assure la distinction des places) avec la symétrie (qui prend l’autre - notamment sa parole - en compte).
7) Elle est une relation d’influence qui vise un accroissement et au-delà, une émancipation et une création de soi,
8) mais dont la légitimité repose sur la reconnaissance par celui sur lequel elle s’exerce.
9) L’autorité relève de l’obéissance (non confondue avec la soumission) et du consentement du sujet (non confondu avec l’excès d’autonomie).
10) Enfin, la relation d’autorité est inévitablement instable. Elle sera mise en question, même si celui qui l’exerce s’efforce de la solidifier, de la sécuriser. Le processus de légitimation de l’autorité s’inscrit donc dans la durée et l’autorité n’est jamais acquise une fois pour toutes.

La dimension du temps parait importante. Que pouvez-vous dire de la constance nécessaire et souvent mise à mal sur une heure, une journée, un trimestre, plusieurs années ?

En effet, c’est dans la longue durée et toujours dans un contexte (un lieu, un temps, un domaine en particulier) que l’on sait si quelqu’un a ou non une autorité. Ainsi se construit la réputation du professionnel dans un établissement scolaire. Mais si l’autorité n’est jamais acquise, cela ne veut pas dire non plus que tout soit définitivement joué sur une heure ou une journée. Un professeur qui reconnaît une erreur devant ses élèves conforte son autorité. Si sur un trimestre la relation est mal engagée, cela devient plus compliqué… La notion de « constance nécessaire » est essentielle, à rapprocher du cadre éducatif. Les professionnels que j’ai interviewé dans mes recherches, de même que plusieurs témoignages dans le livre, proposent des termes fort, souvent opposés : constance dans l’exigence, acharnement à faire travailler l’élève, fermeté et souplesse, rigueur mais sans rigidité, non négociable et négociable, bienveillance. Je pense que cela a à voir avec la posture professionnelle et l’exigence avec soi-même d’abord, qui constitue une marque de respect envers les élèves. Il s’agira par exemple, à partir du moment où l’on est sûr de ce qui ne se discute pas, de ne pas changer de demande à la moindre résistance d’un élève. Mais il peut s’agir aussi d’être capable de maintenir son exigence tout en l’adaptant, c’est-à-dire d’accepter qu’une exigence soit remplie si l’essentiel a été obtenu. D’autres progrès suivront. Apprendre aussi s’inscrit dans la durée longue…


Ont contribué à cet ouvrage :

Allec Stéphane, professeur d’éducation physique et sportive en lycée, académie de Nice
Amiel Michèle, proviseure honoraire
Andre Mickaël, conseiller pédagogique, académie de Lyon
Arlettaz Jacky, président de l’association Reunir, a été enseignant en Segpa, académie de Montpellier
Blin Marion, professeur de lettres en collège, académie de Nantes
Bonniere Sandra, Goeme Philippe, enseignants au Pôle innovant lycéen, académie de Paris
Breton Pierre, Coulibaly Mathieu, Diarra Mabouthié, Fouet Mathilde, Huchon Hélène, Mastail Audrey, Pradier Elsa, Salami Naïma, Sinnou Rudra, étudiants en master « CPE », université de Cergy-Pontoise
Brouchier Ruth, professeur de Français, ancienne conseillère nationale pour le français en Nouvelle-Zélande
Castincaud Florence, professeur de lettres en collège, académie d’Amiens
Charbonnel Colette, professeure des écoles, maître-formatrice, académie de Lyon
Cifali Mireille, professeur honoraire en sciences de l’éducation, université de Genève
Dubet François, sociologue, professeur à l’université de Bordeaux 2
Dubois Arnaud, maître de conférences en sciences de l’éducation, université de Cergy-Pontoise
Elissagaray Caroline, professeur de sciences économiques et sociales en lycée, académie de Créteil
Étienne Richard, professeur en sciences de l’éducation, université de Montpellier 3
Flipo Véronique, professeur de biotechnologies santé-environnement en lycée professionnel, académie de Versailles
Glaive Valérie, conseillère pédagogique, académie de Nice
Godet Véronique, professeur de français en collège, académie d’Aix-Marseille
Gour Anaïs, professeur de lettres en collège, académie de Créteil
Guignard Marc, formateur en mathématiques, université Paris-Est Créteil
Guillard Baptiste, professeur d’histoire-géographie en collège, académie de Besançon
Guillaume Françoise, directrice d’établissement honoraire, école Decroly, en Belgique
Hans Danielle, maître de conférences en sciences de l’éducation, université Paris-Ouest Nanterre-la-Défense
Jubin Philippe, directeur de Segpa, académie de Versailles
Landoeuer Frédérique, enseignante spécialisée en classe relais, académie de Montpellier
Le Guevel Gwenaël, enseignant en SEGPA, académie de Nantes
Leon Jean-Charles, professeur d’éducation musicale en collège, académie de Créteil
Marcelli Daniel, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, faculté de médecine de Poitiers
Marty Valérie, présidente de la PEEP
Pesce Sébastien, maître de conférences en sciences de l’éducation, université de Cergy-Pontoise
Picard Philippe, principal adjoint en collège, académie d’Orléans-Tours
Piquemal Gérard, CPE et formateur, université de Montpellier II
Pradel Philippe, principal, académie de Paris
Prairat Eirick, professeur en sciences de l’éducation, université de Nancy 2
Raoult Paul, président de la FCPE
Rey Bernard, professeur honoraire, université libre de Bruxelles
Rivolier Agnès, professeure des écoles, maître-formatrice, académie de Lyon
Robbes Bruno, maître de conférences en sciences de l’éducation, université de Cergy-Pontoise
Roux-Lafay Corinne, formatrice en philosophie, université Claude Bernard Lyon 1
Schlemminger Gérald, professeur en sciences de l’éducation, École supérieure de pédagogie de Karlsruhe, en Allemagne
Vallot Florence, professeure des écoles, académie de Lyon
Vitali Christian, CPE et formateur, université de Caen
Zakhartchouk Jean-Michel, professeur de lettres en collège, académie d’Amiens, directeur de la collection « Repères pour agir »

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