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Journée de la réussite éducative

Faire réussir : les bonnes questions

A l’issue du grand rassemblement de la Sorbonne du mercredi 15 mai, en présence de quatre ministres et plusieurs centaines de participants d’horizon divers (Education, Ville, collectivités territoriales), on ne sait toujours pas vraiment ce que signifie la notion de « réussite éducative ». Mais l’objet de cette réunion n’était sûrement pas de parvenir à une définition, plutôt de faire se poser de bonnes questions, en évitant si possible la langue de bois (qui revenait par intermittences) et en ouvrant des perspectives qui passent par la poursuite du questionnement.

La réussite éducative, par exemple, est-ce la même chose que la réussite scolaire, est-ce que c’est davantage, ou autre chose ? Est-ce que cela peut être le renvoi par une Ecole en crise et en proie au doute de ses problèmes à d’autres acteurs, selon l’interrogation iconoclaste de Jacques Donzelot ? Est-ce que cela passe par ces notions plutôt en vogue de « bien être », « confiance en soi », « estime » (un atelier spécialement dédié à ce point-là) ?

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Oui, mais n’oublions pas l’importance extrême de réussir à l’école, comme le rappelle Jean-Paul Delahaye, directeur des enseignements scolaires, citant des mères de famille d’un collège de banlieue se demandant si avec le projet novateur présenté par l’équipe enseignante on était toujours dans une « vraie école », avant d’être rassurées ? Et comment justement travailler avec les familles autrement qu’avec cette « stigmatisation compassionnelle » dénoncée par François Dubet ? Ou encore comment évaluer sur le long terme les effets (atelier avec notamment l’intervention de Claude Seibel qui dirige le comité de pilotage des programmes de réussite éducative) ?
De nombreux acteurs donc pour travailler ces questions. On aurait peut-être aimé quelques présentations d’expériences, deux petits bouts de film seulement, c’était un peu juste !

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Faisant suite à sa ministre déléguée, George Pau-Langevin, défendant sa politique avec conviction, Vincent Peillon en fin de journée, confie qu’il comprend mieux aujourd’hui ce que peut signifier cette réussite éducative qui marque aussi le refus de cette fausse opposition éducation-instruction qu’il aime à dénoncer. Le même jour, la commission du Sénat insiste, à travers des amendements, sur la nécessaire mixité sociale à l’école. Ne faut-il pas accélerer un peu le mouvement, monsieur le ministre ?

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Juste avant les discours de clôture des ministres, nous avons eu droit à une prestation savoureuse d’un Daniel Picouly en grande forme, lui qui se considère comme une anomalie du système scolaire (« venant d’un lycée poubelle, il a réussi à sortir du tri sélectif », il est vrai sans le bac) et qui clame, lui « mec de gauche » à la fois son amour de l’école et sa désolation devant son élitisme croissant. « Finalement, on est un peu des cancres, car on n’arrive pas à diminuer les injustices à l’école ».

Jean-Michel Zakhartchouk


Programmation 2014-2015Atelier 1 : persévérance scolaire
Programmation 2014-2015Atelier 7 : les pratiques artistiques


Atelier 1 : persévérance scolaire

L’atelier 1, animé par notre ami Régis Guyon, abordait la question du décrochage sous l’angle de la « persévérance scolaire »

Les questions :
- Comment passer d’une approche stigmatisante à un regard positif ?
- Quelle deuxième chance au sein du système scolaire ?
- Question du retour à l’école après le décrochage
- Quelles médiations et coordination entre les acteurs d’un même territoire ?
- Quelle articulation entre les actions de prévention et de médiation ?

Le concept de persévérance a été abordé : venu du Québec il met en avant l’idée de faire des efforts (sans tomber dans l’acharnement ou la souffrance) en étant accompagné et celle de continuité du parcours scolaire du jeune, tout en sachant qu’il n’y a pas de modèle de réussite scolaire. La prise en compte est globale. Par ailleurs l’accent est mis sur la prévention du décrochage.

Certaines causes de décrochage sont traités par la refondation de l’école :
Le problème de transparence de l’orientation
La rigidité du système (rythmes d’apprentissage par ex)
L’autoprotection du système qui exclut certains et les met en opposition avec l’école

Des préconisations

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Yves Madignier, président d’ATD Quart Monde

La nécessité de faire du jeune et de sa famille des acteurs à part entière du parcours scolaire
Offrir une réponse individuelle ou individualisée à chaque situation
Le constat est fait que le décrochage est multifactoriel donc la réponse doit être partenariale (l’éducation nationale n’est pas la seule responsable)
Les initiatives sont nombreuses il faut une cartographie et une mise en cohérence car il y a un manque de lisibilité

Des réflexions à mener
Penser le pilotage des dispositifs de prévention et de raccrochage
Reformer la formation des enseignants et des cadres
Mettre en place une formation pluridisciplinaire de tous les acteurs
Donner un cadrage national (des pistes, une orientation) affirmer une volonté forte de l’Etat
Tirer profit de l’existant (redynamiser les conseils de classe pour en faire une réelle instance de réflexion autour de l’orientation, travailler au rapprochement des équipes pédagogiques et de vie scolaire au sein même des établissements)

Oihandi Bordonaba, Anne-Marie-Sanchez

Même atelier, autre écho :

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L’atelier intitulé « vers une nouvelle conception du décrochage scolaire : la persévérance scolaire » était présidé par Régis Guyon (CNDP, revue Diversité) et les intervenants étaient Claude Bisson-Vaivre (IGEN), Laurence Girard (Acsé), Frédéric Bourthoumieu (Anaré) et Guillaume Balas (président du groupe socialiste à la Région Ile-De-France).

Frédéric Bourthoumieu a rappelé la définition de la notion de persévérance scolaire : agir sur la poursuite par les jeunes d’un programme d’étude le plus longtemps possible jusqu’à l’obtention de la certification d’acquis en termes de connaissances et de compétences qui permette une insertion professionnel qui assure la réalisation de soi. Cette notion implique qu’il n’y a pas de modèle de réussite unique.
Les intervenants sont revenus sur les facteurs de décrochages : l’insuffisance de la mixité sociale, l’orientation, les rigidités et la temporalité du système éducatif, les procédures d’évaluations qui restent trop sommatives, les volumes horaires et les programmes en vigueur, le recours encore trop fréquent à l’exclusion, les pratiques enseignantes, l’absentéisme, la précarité sociale… face à ces multiples facteur, l’intervention d’acteurs différents s’impose.

Les interventions étaient convergentes et sans langue de bois sur le fait que pour travailler à la persévérance scolaire, il faut que l’école accueille ses partenaires, s’allie avec eux, développe une culture de la bienveillance éducative. Pour cela il est nécessaire de penser en conséquence la formation des enseignants et des cadres de l’Education nationale.
Le consensus s’est aussi dégagé à la tribune sur l’intérêt d’une relance des dispositifs existants et de leur mise en cohérence : classes relais, micro-lycées, programmes de réussite éducative.

Monsieur Balas a présenté rapidement le plan d’action contre le décrochage scolaire que la région Île-de-France vient d’adopter. Pour lui l’école ne porte pas seule la responsabilité du décrochage. C’est la responsabilité de la société tout entière. En accord avec ce qu’ont exposé les autres intervenants et notamment les représentants de l’Etat il a malgré tout souligné que l’Etat et ses administrations déconcentrées ont parfois du mal à répondre aux propositions des collectivités en matière d’ouvertures de structures (type micro-lycée par exemple) et il s’interroge sur le devenir des PRE dans le cadre de la redéfinition des zones relevant de la politique de la ville.

Les interventions des participants ont concerné
- les RASED,
- le temps à redonner aux personnels de l’Education nationale (via la réduction des heures supplémentaires dans les dotations et la redéfinition des rythmes et programmes) pour qu’ils puissent travailler en cohérence avec les partenaires de l’école et en accompagnement plus efficace des élèves,
- les modalités pour permettre à toutes les familles et leurs enfants qui en auraient besoin d’accéder à l’aide qui peut avoir lieu en dehors de l’école (accompagner au CMPP sur le temps professionnel des parents et scolaire de l’enfant n’est pas à la portée de tous même si ensuite l’action du CMPP est gratuite du point de vue des familles,
- l’enjeu de la plus grande cohérence des exigences des cadres de l’Education nationale concernant les méthodes d’enseignement pour restaurer la confiance des familles dans l’école et diminuer la concurrence de fait entre établissements

Il n’y a pas eu d’engagement pris dans la journée sur des réponses à ces questions. Mais le ton et la teneur des débats de cet atelier m’ont rappelé les journées vécues il y a quelques temps dans le cadre des Assises nationales de l’Education ou de l’appel de Bobigny. Moi qui travaille dans un établissement où les seuls dispositifs qui trouvent grâce aux yeux de l’administration locale sont élitistes et bénéficient toujours aux mêmes élèves (ce qui n’est pas nécessairement à rejeter absolument dans un lycée qui recrute en ZEP) ça fait du bien de pouvoir réfléchir, y compris avec des cadres de l’Education nationale à ce que nous devons faire pour celles et ceux que notre système pyramidal a trop souvent tendance à laisser progressivement de côté.

Reste à savoir ce que deviendront toutes ces louables intentions dans les mois qui viennent, c’est le chantier d’une vraie refondation.
La clôture était plus paillette et people, la société d’hypercommunication et les protocoles républicains imposent leurs codes…

Catherine Nave-Bekhti


Atelier 7 : les pratiques artistiques

L’atelier 7 a réfléchi sur ce que les pratiques artistiques, culturelles et sportives apportent à la réussite individuelle et collective. Cette problématique a été traitée autour de trois axes.

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Jacques-Bertrand de Reboul, sous-préfet à la ville et à la cohésion sociale, Hauts-de Seine - Sylvie Freyermuth, Principale de collège, Nancy - Patrick Kanner, président CG du Nord - Vincent Maestracci, IGEN, enseignement et éducation artistique

Les vertus du collectif sont tout d’abord mises en évidence à travers l’exemple de l’orchestre d’un collège ÉCLAIR, Claude Le Lorrain, à Nancy. L’expérience montre un effet positif sur les résultats scolaires par le développement de compétences telles que la concentration, l’écoute, le respect. Par ailleurs cela apporte aux élèves et à leurs familles, la fierté de changer l’image de l’établissement. Quelques conditions pour une telle réussite : que le projet soit ambitieux : même s’il ne s’agit pas de former de futurs musiciens, on parle d’apprentissages et pas d’animation « ludique » ; d’autre part c’est un engagement fort via le projet d’établissement et l’ensemble de son volet culturel, qui se mobilise pour trouver les partenaires et les financements (Conseil général, Préfecture, entreprises).

Les pratiques artistiques, culturelles et sportives sont présentées par ailleurs comme un pas de côté : elles se déroulent ailleurs, les bons ne sont pas forcément les mêmes que dans les activités scolaires, ils sont avec d’autres enfants et d’autres adultes. Elles mettent en avant d’autres qualités (prise d’initiative, responsabilité, créativité, agilité, concentration), valorisent la singularité qui est souvent laissée de côté à l’école, dans les travaux de groupe.
Quelques questions sont demeurées en suspens : ce pas de côté peut-il être fait à l’école ? Si c’est à l’extérieur de l’école qu’on les développe, comment fait-on le lien, comment capitalise-t-on ?

Enfin le président de son Conseil Général du Nord a tenu à préciser que l’implication du département dans la prise en compte globale de l’enfant n’est pas un acte philanthropique : ce qui n’est pas investi dans l’éducation aujourd’hui, sera à payer dans la reconstruction sociale demain. Chaque minute, jour et nuit, dit-il, représente pour son département 1000€ au titre du « RSA-socle », soit au total un budget annuel supérieur à celui dont bénéficie le Ministère de la ville.

Quelques éléments me gênent, dans cet atelier, comme dans l’ensemble de la journée.
Tout d’abord le poids des symboles. Cette journée était un temps de mobilisation au service de ceux à l’encontre desquels le fonctionnement scolaire (et universitaire) traditionnel redouble l’impact de la sélection sociale. Or, la journée a été rythmée par la référence, parfois révérencieuse, aux « temples du savoir » dans lesquels nous nous trouvions, le grand amphithéâtre de la Sorbonne et Louis-le Grand.

Deuxième gêne : à plusieurs reprises, il a été dit qu’une clé de la politique de réussite éducative serait la désegmentation des actions. Or les discours n’ont eu de cesse de segmenter les acteurs. Séparation entre parents et enseignants, entre enseignants et associations partenaires, entre… Si on veut vraiment œuvrer à la réussite éducative, ces différences ne sont productives que si on accepte d’interroger ses propres pratiques à partir du regard des autres, si on s’interroge sur les complémentarités.

Dominique Seghetchian

Journée nationale de la réussite éducative, sur le site du ministère

1. La réussite éducative : externalisation des problèmes ou soutien à l’école ?
Huit ans après sa création la réussite éducative soulève de nombreuses et bonnes questions. L’efficacité des dispositifs en place, les conditions de la réussite éducative et leur transférabilité, l’évaluation locale qui tient compte de la temporalité, les partenariats, la cohérence de la co-éducation, la confiance partagée sont autant de thèmes qu’il est réjouissant d’entendre traiter.
La réussite éducative, comme projet partagé, aura rempli sa mission quand ces thèmes seront travaillés par les équipes des établissements et des dispositifs, et conduiront à l’élaboration commune d’un vrai projet de co-éducation reposant sur la confiance et le respect des fonctions respectives avec pour objectif la prise en charge globale du jeune vers sa réussite et son bien-être.
Pour le moment c’est un bilan plutôt contrasté qui est fait compte-tenu de la relative jeunesse de ces actions, de la diversité de leurs formes, du relatif petit nombre d’élèves concernés, de l’absence d’évaluation dans le temps des effets de ce travail sur la réussite éducative en général, et de la lenteur de l’E.N. à « internaliser » ces thèmes dans un premier temps et à envisager, dans un deuxième, un travail de partenariat cohérent et effectif pour la réussite de l’élève et du jeune, et son évaluation.

2. La réussite éducative : quels enjeux pour les familles ?
La Co-éducation avec les parents suppose que l’on s’interroge : Qui sont les parents ? quelle politique mettre en œuvre pour tenir compte de leur diversité ? qu’attendent-ils de l’école et qu’attend l’école d’eux ?
Les parents attendent de l’école qu’elle ne contribue pas, comme c’est actuellement le cas, à creuser toujours plus les inégalités scolaires puis sociales.
Ils attendent aussi que l’école les considère et les respecte comme les premiers éducateurs des enfants. L’école, à ce titre, leur doit de se donner les moyens d’ »une nouvelle alliancei « qui fasse des parents des partenaires reconnus.
Ce nouveau regard sur les parents repose sur une formation des enseignants en formation initiale et continue sur les évolutions sociétales dans le monde contemporain et les nouvelles réalités sociales qui en découlent. Les parents, quant à eux, doivent être accompagnés et soutenus dans leur fonction de parents par des associations d’éducation populaire afin de pouvoir s’impliquer activement dans la vie scolaire de leurs enfants.
Seule cette démarche conjointe permettra une rencontre créatrice des conditions d’un travail collectif autour des apprentissages sous-tendue par une pédagogie de la coopération et la volonté de faire de l’école un lieu hospitalier, transparent et ouvert sur son territoire et d’amener les jeunes à devenir les citoyens éveillés et responsables d’une société démocratique et ambitieuse pour sa jeunesse.

Agnès Pires


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