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L’actualité du n° 510 - Des tâches complexes pour apprendre

Espagne : un système éducatif sous tension

Wilfried Roussel

Avec une école fragmentée, dont les résultats déçoivent et qui pourrait accroitre ses inégalités sociales, l’Espagne, sur fond de crise économique, fait face actuellement à une situation bien délicate selon Wilfried Roussel, enseignant à Séville.

Comprendre l’école en Espagne, c’est se défaire des principes de centralisation et d’unité qui nous sont si chers. Imaginez nos petits Bretons étudiant dans la langue de leurs aïeux, et vous vous ferez une idée de la singularité du système éducatif espagnol. Depuis la chute du régime franquiste, l’Espagne est divisée en communautés autonomes bénéficiant d’une réelle indépendance face au pouvoir central. C’est ainsi qu’en Catalogne et au Pays basque, les élèves de l’école primaire étudient dans leur langue maternelle.

L’Espagne, c’est aussi un pays où 33 % des élèves sont scolarisés dans des écoles privées (contre 12 % en France). Cela participe grandement à l’éclatement du système, lequel est soumis à des stratégies éducatives diverses. Au sein de cette mosaïque, on trouve des écoles religieuses, bien sûr, mais également des écoles résolument tournées vers la maitrise des nouvelles technologies et l’acquisition des langues étrangères.

Crise du système éducatif et réforme

C’est d’abord le phénomène des décrocheurs qui a alarmé. Les études statistiques ont révélé que 31,9 % des 18-24 ans quittent l’école sans diplôme, contre 14,9 % dans l’ensemble de la Communauté européenne. Les résultats PISA 2009 montrent que dans les trois domaines évalués (lecture, mathématiques et sciences), l’Espagne était en deçà de la moyenne des pays de l’OCDE.

Face à cette situation, le Gouvernement a jugé inévitable une réforme du système éducatif, laquelle vient d’être approuvée par le Sénat en novembre 2013. Cette réforme, communément appelée loi Wert, a soulevé de vives polémiques. Tout d’abord, la réforme favorise une plus grande sélectivité au cours de la scolarité. Alors que l’orientation vers les filières professionnelles se produisait en fin de 2de, elle aura lieu en fin de 3e. De plus, dès la 4e, les élèves en difficulté seront regroupés au sein de classes dont les programmes seront allégés. Autre point important, les langues régionales sont ainsi reléguées au rang de disciplines optionnelles, ce qui a soulevé le mécontentement de provinces telles que le Pays basque et la Catalogne. Enfin, la religion redevient une discipline à part entière. Les notes de religion seront de nouveau prises en compte dans l’attribution des bourses et l’éducation à la citoyenneté, champ disciplinaire auquel s’opposaient les autorités religieuses, disparait au profit de «  valeurs culturelles et sociales  ».

Bien qu’ayant été approuvée par le Sénat, la loi Wert continue de soulever de vives critiques. De plus, elle est accompagnée de restrictions budgétaires qui ont profondément alarmé le corps enseignant et les parents d’élèves. En effet, les dépenses en faveur de l’école publique ont diminué de 0,7 %, alors que les effectifs augmentent. Le nombre d’élèves par classe est en hausse, et pour cause, les professeurs partant à la retraite ne sont plus remplacés.

La crise économique que connait l’Espagne s’accompagne donc d’une fragilisation du système éducatif et par là même d’une augmentation des inégalités sociales, puisque les familles les plus aisées vont se tourner vers des écoles payantes.

Wilfried Roussel
Professeur de français et d’art dramatique au collège San-Francisco-De-Paula, une école du centre de Séville

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