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Des programmes de français conjugués au passé

À propos de la deuxième version des programmes de français élaborée en juin 2008, texte commun de syndicats et d’associations pédagogiques et de parents.

7 juillet 2008

Un programme de français pour le collège est soumis à l’avis du CSÉ. Qui a participé à la rédaction de ces programmes ? Avec qui ? Dans quel cadre de concertation ? Force est de constater que le culte du secret semble avoir présidé à son élaboration et ce n’est pas la consultation des enseignants lancée dans un cadre très flou et un délai scandaleusement court qui donne un caractère plus démocratique au processus.

Selon le ministre, le constat d’échec du collège justifierait l’abandon des programmes de 1995. Or, rappelons-le, ce postulat ne se fonde sur aucune évaluation sérieuse et cet échec est loin d’être prouvé. Parce qu’on ne s’est pas donné les moyens (en formation des enseignants, en horaires, en effectifs par classe) de mettre réellement en œuvre ces programmes, faudrait-il donc les rejeter au lieu de les améliorer ? Et si des difficultés réelles ont bien été pointées, n’aurait-il pas mieux valu les analyser pour amender et faire évoluer les programmes existants ?

Aucune étude scientifique ne vient non plus étayer les affirmations selon lesquelles les programmes et pratiques du siècle dernier, fondés essentiellement sur la répétition, la mémorisation et l’imitation, seraient plus à même de faire réussir tous les élèves.

On ne voit pas en quoi l’absence de pratique ouverte du langage et de réflexion sur la langue conduirait à une meilleure maîtrise. La réflexion sur les différents usages de la langue et sur les mécanismes de production et de réception des discours n’empêche pas de pratiquer par ailleurs des exercices de structuration. Fondée sur une vision simpliste des compétences linguistiques, l’approche retenue ne préparera pas les élèves à leurs fonctionnements complexes. En scindant l’étude de la langue, la lecture des textes et l’expression écrite et orale, on fractionne les apprentissages en leur ôtant toute signification. Sous une apparence de simplification, cette démarche va multiplier les obstacles pour les élèves.

Une liste d’œuvres littéraires à étudier est imposée mais ne dit pas comment les travailler avec les élèves. On attend d’eux qu’ils admirent les textes des Anciens tout en partant du principe qu’ils ne pourront jamais égaler ces grands modèles, ni ne devront s’essayer à aucune création personnelle.

Ce projet de programme, que l’on est allé exhumer d’un passé mythique, éloigne ainsi l’école du monde contemporain et de la société dans laquelle vivent les collégiens. Il les enferme dans une culture orientée et étroitement patrimoniale, accordant une place très limitée à la littérature contemporaine ainsi qu’à tous les apports des sciences du langage. Il ne les ouvre pas sur le monde et n’aidera pas ceux qui sont en difficulté. Il reproduira les inégalités sociales.

Ce projet fait fi de la démarche de « passerelles culturelles » permettant de se mettre à la portée de l’élève tout en l’aidant à former son jugement. La littérature de jeunesse est rejetée à la marge, le travail sur les médias, les projets de théâtre ou d’écriture est réduit à la portion congrue. Que dire aussi de l’absence de référence à l’interdisciplinarité et de la mention si marginale de l’enseignant documentaliste ? Ces activités sont indispensables aux élèves pour comprendre le monde d’aujourd’hui et acquérir une culture vivante, confrontant des textes de toutes les époques. Pour nous, elles n’entrent pas en contradiction avec l’acquisition d’un patrimoine littéraire, elles en sont même la condition.

La nouvelle version de ces programmes, qui vient de nous parvenir sans que l’on sache s’il s’agit d’une prise en compte de la consultation des enseignants, ce qui n’est guère crédible dans des délais aussi courts, corrige de façon marginale les aspects négatifs signalés mais l’esprit reste le même : une absence de vraie réponse aux défis de l’enseignement de la langue et de la culture pour les jeunes d’aujourd’hui et de demain.

Le collège du XXIe siècle ne peut s’appuyer sur ces programmes rétrogrades qui privilégient une conception figée de la culture et des apprentissages, au détriment d’une culture vivante, seule porteuse de sens et d’une réelle appropriation des œuvres par les élèves.
Le collège du XXIe siècle ne peut pas être ce collège de l’uniformité, de l’ennui, et donc de l’échec que le ministère nous dessine aujourd’hui.

SNES/FSU, SNUIPP/FSU, SGEN/CFDT, SE/UNSA, CGT Education, FCPE, CRAP-Cahiers pédagogiques , AFEF, GFEN, AIRDF, Ligue de l’enseignement.


- Télécharger le projet d’arrêté fixant le programme de français
- Lire diverses contributions qui font suite à ce texte sur le site de l’École des lettres