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N° 518 - Enseigner, former : écrire

Des écrits pour faire le lien

Sylvie Baud-Stef

Tenir un cahier de liaison entre enseignants qui se partagent une classe, pour l’année ou pour un remplacement. Afin d’échanger des informations, des ressentis, de mieux se connaitre et de ne pas se sentir isolé.

Enseignante titulaire à temps partiel, je tiens à mettre en place un cahier de liaison avec les collègues avec qui je partage la classe. Même si l’un est à 75 % et l’autre à 25 % face à la classe et s’il est difficile de se croiser, les deux sont enseignants au même titre. Ce que, souvent d’ailleurs, élèves et parents ont du mal à comprendre, voire accepter. Il est donc fondamental de faire preuve d’une cohésion et d’un travail concerté entre nous. La communication peut se faire, certes, aussi par téléphone ou par courriels, mais le message écrit laissé sur le cahier est un lien d’un autre ordre.

Dans ce cahier s’échangent bien sûr des informations d’ordre général et logistique comme le rappel du calendrier des journées sport, de la période de piscine, des dates de sorties, des demandes des parents pour accompagner, etc. Mais c’est aussi un moyen de partager notre ressenti de la classe. On y laisse des messages tels que «  cette semaine, les élèves sont très fatigués, ils ont du mal à se concentrer », ou « très bonne journée aujourd’hui pour nous, tout le monde a bien travaillé, j’espère que ce sera pareil pour toi ! ». Ces petits échanges qui n’ont l’air de rien sont en fait très importants, car ils tissent les liens entre nous.

Ce cahier de liaison permet aussi d’avoir de la continuité et de la cohérence dans les interventions. Après la lecture d’un message du type «  aujourd’hui, E. a été infernal, insolent, il a une punition à te montrer », je peux discuter avec cet élève, lui faire comprendre que les règles définies pour la vie de la classe concernent tout le monde, tous les jours de la semaine, sans exception, quel que soit l’enseignant. Les enfants se rendent compte ainsi qu’il n’y a pas de jour d’impunité.
À l’inverse, lorsque je lis à propos d’un élève au comportement souvent très perturbateur « J. a fait de très gros efforts aujourd’hui, son comportement a été très agréable et il a bien travaillé », je peux le féliciter et valoriser encore plus ses efforts. Nous échangeons également des interrogations telles que : « Comment trouves-tu G. en ce moment ? Elle me semble triste et démotivée depuis quelque temps. » Ce qui, lorsque les observations sont convergentes, nous amène à communiquer plus directement et parfois à alerter les parents d’un souci éventuel.

Un enseignant peut souvent se sentir très seul dans sa classe, manquant du soutien de ses collègues faute de travail d’équipe, démuni face à certains élèves durs ou en grande difficulté. Que l’on soit titulaire de la classe ou en charge du complément de service, souvent de passage et n’ayant pas toujours toutes les informations, on peut parfois se sentir découragé, près d’être débordé, être tenté de baisser les bras. Ces échanges sur le cahier de liaison, même brefs, sont alors salutaires, déculpabilisants : « Il n’y a pas qu’avec moi qu’ils sont difficiles.  » Des petits mots qui aident à reprendre confiance et courage face à la difficulté.

Ce type d’échange est tout aussi important lorsqu’un collègue vient effectuer un remplacement et laisse, en plus de la trace du travail de la journée, quelques mots sur son vécu dans la classe. Il apporte alors un regard extérieur parfois bien utile pour prendre de la distance. Et si tout va bien, un enseignant prend toujours plaisir à lire que travailler avec ses élèves est agréable !

Maintenant que je suis remplaçante et tourne dans bon nombre d’écoles et classes, c’est à mon tour de laisser une trace de mon passage : les grandes lignes des activités de la journée accompagnées de quelques mots sur mon ressenti. Certes, tous les collègues ne lisent pas ces messages, ou bien ne leur accordent pas d’importance. Je le fais tout de même, pour moi, pour rendre compte au titulaire de la classe de mon travail et de mon investissement, mais aussi parce que je demeure convaincue que parfois, ces quelques mots sont utiles.

Sylvie Baud-Stef
Professeure des écoles

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Enseigner, former : écrire
On n’y consacre guère d’attention. On se laisse bien souvent gagner par les facilités des formules toutes faites, ou encore le jargon du langage administratif. Regardons alors de plus près nos pratiques d’écriture et tentons d’en faire des opportunités de développement professionnel.


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