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Découverte professionnelle 3 heures (DP3)

Capitaine d’avenir : une expérience d’orientation dynamique

Ludovic Pinard

28 octobre 2014

Le projet «  Capitaine d’Avenir  » est un essaimage imprévu de la mise en place de la «  Découverte professionnelle 3 heures  » (DP3). Présentation de ce projet par Ludovic Pinard.


L’initiative émerge dans un collège de 600 élèves situé dans un village en périphérie de Perpignan. Les élèves qui le fréquentent n’ont pas de particularité très prononcée au regard des statistiques académiques.

Un dispositif pour des élèves invisibles ?

Le projet prend corps en fin d’année scolaire 2008/2009 avec une équipe motivée et structurée par l’expérience du dispositif «  DP3 +  ». Il s’agit d’accompagner des élèves qui manquent d’intérêt, d’appétence ou d’ambition et sans réelle difficulté scolaire dans l’élaboration de leur projet d’orientation. Ces élèves s’engagent parfois petit à petit dans une spirale du moindre effort, qui conduit au moins faisant, puis aux résultats minimums, enfin à la perte de repères qui les amènent à ne plus avoir de perspective sur leur propre avenir. Leur orientation peut se faire alors par défaut de motivation si ce n’est par défaut de résultats scolaires.

Le dispositif se veut souple et personnalisé avec des modalités très diverses et propres à chaque élève. Dans l’élaboration de son projet, l’élève fera appel à son «  enseignant référent  » (collège), et au « parrain  » en entreprise. L’élève peut faire des journées en immersion dans une ou plusieurs filières d’orientation, et des rencontres avec des chefs d’entreprises ou cadres de collectivités territoriales sont organisées.

Tous les élèves qui sont proposés pour ce dispositif se montrent enchantés par la proposition et les parents suivent avec intérêt la démarche. On constate que ces élèves abordent ce nouvel échange avec les enseignants comme une reconnaissance de leur personne, même s’ils ne perçoivent pas forcément au départ l’enjeu de cette implication.

Des élèves en pleine adolescence

Chaque élève construit son cheminement avec ses allers et retours, des questions et des réponses, ses représentations, ses convictions et ses doutes. L’enseignant référent est là pour l’écouter, faire émerger des questions, lui proposer des visites et rencontres et surtout lui laisser le temps et le soin de cheminer. Cette indécision de l’élève est identifiée comme une des grandes périodes de construction de l’identité personnelle et professionnelle d’après Ginzberg (Guichard, J., & Huteau, M. 2006). Pendant cette période les jeunes testent leurs choix et les considèrent comme provisoires [1].

De leur côté, les partenaires sont perplexes après les rencontres et témoignent d’une impression de parler à un auditoire attentif mais muet. Ce que confirment les enseignants référents qui assurent le suivi à chaque retour d’expérience par un entretien avec l’élève. Cela donne lieu souvent à une entrevue avec la conseillère d’orientation, puis un retour à l’enseignant référent et une nouvelle expérience de terrain. Il faut noter que l’équipe a rencontré de réelles difficultés d’organisation conjointe avec les chefs d’entreprises très souvent accaparés.

Evaluation du dispositif

Dés le début, il est décidé [2] d’évaluer l’action avec des entretiens : un au début et un a la fin de l’accompagnement.
Amélie, élève de 3e : «  J’ai rencontré le chef d’entreprise d’une compagnie d’assurance. Il m’a fait visiter les locaux et présenté le personnel. Il m’a expliqué qu’elle était la place et le rôle de chacun au sein de l’entreprise. Il m’a parlé de ses études. Cela m’a montré qu’il faut faire ses propres choix même si l’on n’a pas les idées claires à mon âge. On peut aussi changer d’orientation professionnelle avec le temps. Cette rencontre a créé un lien qui pourra se concrétiser par un stage organisé par ce chef d’entreprise dans un domaine proche de mon projet.  »

Loïc, élève de 3e : «  Je suis allé rencontrer le directeur du service enfance et sport de la commune. Il m’a expliqué le principe de son travail. Puis je lui ai expliqué à mon tour ce que je voulais faire. Il m’a orienté vers les options où je pourrais aller. Cette rencontre m’a donné plus envie d’aller dans l’animation. J’ai apprécié les conseils et le témoignage sur son expérience et son cursus. L’entretien avec le responsable a été suivi d’une visite du PIJ et d’un échange avec un animateur. Cette rencontre a changé mon projet d’orientation. Maintenant, j’envisage un Bac-pro ou un Bac. Si je redouble, cela me permettra d’améliorer mes notes pour être pris dans le Bac que je désire.  »

Après deux ans, l’équipe estime que l’action a permis des avancées pour environ 50 % des élèves concernés par le dispositif. Avec des effets encourageant en matière d’orientation mais moins évident pour l’implication scolaire. Ce qui rejoint certains travaux de recherche (Charlot, Bautier, & Rochex, 1993).

De l’orientation à l’accompagnement

Enfin, pour l’enseignant référent ou devrais-je dire l’accompagnateur, les moments d’enthousiasme et les moments de découragement se succèdent.
Aujourd’hui, je pense que cette équipe a créé un lien entre l’orientation et l’accompagnement, qui sont des concepts avec des connivences au moins dans quatre dimensions : le temps, l’environnement (familial, socio-économique, institutionnel…), l’individu et la nécessité d’une «  démarche heuristique » (Bardot, 2006) [3]. L’équipe est-elle rentrée dans la nouvelle période de l’orientation, celle de l’«  accompagnement  » ? Si oui, cela illustre-t-il la nécessaire diversification de nos modes d’action pour mieux appréhender la complexité croissante du monde et des missions assignées au système éducatif ?

En conclusion, l’équipe a essayé de «  mobiliser «  chaque collégien-ne sur son projet, de lui «  infuser «  une connaissance du monde du travail, la démarche d’orientation et la transversalité des compétences et l’inciter à «  coopérer «  avec des personnes ressources [4]. Cela n’est devenu possible qu’avec des enseignants qui ont activé ces trois mêmes principes en se mettant en projet dans un contexte institutionnel favorable
 [5].

Ludovic PINARD
Enseignant en DP3, Pyrénées Orientales


Bibliographie


[1«  Ils sont conscients d’être en train d’apprendre, de se former et de se transformer. Ils s’interrogent sur leurs capacités, leurs intérêts et leurs valeurs. A leurs yeux, les essais sont le seul moyen de tenter de toucher du doigt ce réel fuyant, c’est à dire en constante évolution.  » (Guichard & Huteau, 2006).

[2L’équipe a dans un premier temps utilisé les résultats trimestriels des élèves. Le postulat était que le suivi et la construction du projet de l’élève devaient se concrétiser par une motivation accrue, et donc une amélioration des résultats au cours de l’année. Cette évolution devait à terme susciter une ambition nouvelle qui se traduirait par l’accès à des niveaux de formation plus élevés. Si bien que l’équipe veut en toute logique des indicateurs sur le parcours post troisième et le devenir post-bac de l’élève. Mais les temps de retour sont trop longs et le suivi concerne trop peu d’élèves pour être exploitable.

[3Elle développe : «  un concept de l’accompagnement autonomisant non seulement un modèle d’action mais un modèle de changement  ».

[4En référence à l’approche orientante avec ses trois principes : Mobilisation, Infusion, Coopération décrit par Jean-Marie Quiesse, Intervention colloque CNAM-INETOP, Paris, 18 mars 2010 «  l’accompagnement à l’orientation aux différents âges de la vie  ».

[5En effet, il faut rappeler ici que l’horaire élève obligatoire en DP3 est de 3 heures avec un programme laissant une grande initiative aux enseignants, une mise en place académique volontaire, une direction d’établissement facilitatrice (ménageant de vrais moments d’échanges et de travail d’équipe) et un accompagnement par la cellule innovation et expérimentation de l’académie de Montpellier. Et je n’oublie pas l’ensemble des personnels du collège qui ont initié, participé, soutenu et facilité la concrétisation du dispositif. Il faut aussi souligner l’accueil très favorable de cadres d’organisations territoriales, d’organisations professionnelles, et des chefs d’entreprise sans qui les collégiens/nes auraient bien du mal à appréhender le monde du travail.

Sur la librairie

 

Mieux apprendre avec la coopération
Lorsque deux enfants, deux élèves ou deux adultes coopèrent, ils apprennent au travers des échanges. En même temps, ils se construisent des valeurs humanistes telles que la solidarité, le partage, le respect. Des témoignages pédagogiques, des repères précis pour oser l’aventure, dépasser les embuches.