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L’actualité éducative du N°487 de février 2011

Au Portugal : l’éducation bouge

Pisa vu d’ailleurs, par Aldina Lobo

Des résultats encourageants pour ce pays dans une situation socioéconomique difficile. Encourageants aussi peut-être pour les effets bénéfiques possibles d’une approche par compétences et de la formation des enseignants.

Les résultats aux tests Pisa du Portugal ont été depuis le début plutôt faibles, mais, pour la première fois cette année, se rapprochent de la moyenne européenne. Classé à la vingt-cinquième place sur l’ensemble des vingt-sept pays concernés en l’an 2000, le Portugal occupe maintenant la vingt-et-unième parmi les trente-trois pays de l’OCDE. Nous avons été le quatrième pays qui a plus progressé en lecture et en mathématique et le deuxième en sciences.
Ce classement est surtout dû à la réduction du pourcentage d’élèves ayant de mauvaises performances, même si tous les niveaux ont augmenté. On note une augmentation d’élèves qui fréquentent l’enseignement secondaire qui, chez nous, commence en dixième année d’enseignant, à l’âge de quinze ans.
Autre donnée intéressante : le Portugal est le sixième pays en terme de compensation des inégalités socioéconomiques, avec par exemple le plus grand pourcentage d’élèves issus de familles défavorisées obtenant des niveaux d’excellence en lecture.

Des causes probables du changement

Pourquoi est-on parvenu à de tels résultats ? Sans doute grâce à une stratégie globale, dont nous pouvons dégager quelques axes forts.
Pour ceux qui sont sur le terrain, toutes les mesures prises en éducation, si nombreuses ces dernières années, semblent détachées les unes des autres. Les enseignants restent pessimistes envers la qualité des apprentissages. Mais les résultats Pisa donnent des éléments de réflexion qui permettent de dépasser les intuitions et les sentiments empiriques.
Parmi les mesures prises, on pourrait citer l’expansion de l’éducation préscolaire (accrue de plus de 20 %), l’équipement technologique des écoles, des professeurs et des élèves. Cependant, je dégagerai plutôt quatre aspects essentiels [1] : les curriculums ; les approches plus personnalisées ; les épreuves nationales ; la formation et l’évaluation des enseignants.

Les curriculums

En 2001, le ministère de l’Éducation a fait publier une réorganisation des programmes des différentes matières pour les trois premiers cycles d’apprentissage (jusqu’à quinze ans), en mettant en évidence les compétences que les élèves devraient acquérir de la première à la neuvième année de scolarisation, en articulant les différentes disciplines. Cette démarche visait notamment à faire face à un problème identifié par l’OCDE depuis longtemps : un enseignement trop académique, trop ex cathedra, afin de mettre l’accent sur les apprentissages et les acquisitions réelles. Puis d’autres mesures liées au travail par compétences ont été prises : consultation d’experts nationaux et étrangers, formation d’enseignants, publications, officielles ou non. Une priorité a été donnée aux mathématiques et à la maitrise de la langue maternelle, avec la mise en conformité des programmes avec cette approche. De plus, on s’est efforcé d’inclure des parcours allant au-delà des disciplines : formation civique des adolescents, interdisciplinarité, acquisition de méthodes d’étude.
Bien sûr, on est encore loin d’une vraie approche par compétences. Sur le terrain, l’articulation se révèle difficile ; le système demeure encore plus fragmenté et on manque de temps pour intégrer cette nouvelle dimension de l’enseignement. Des réorganisations seront sans doute nécessaires pour remédier à ces difficultés.

Les approches personnalisées

Parallèlement, des efforts sont entrepris pour aider les élèves plus faibles. Avec un lourd héritage d’un enseignement trop théorique, produisant un taux d’échec scolaire élevé. Il a baissé de 38 % depuis dix ans, pour se situer en 2000 à 7,8 %, alors même que, par exemple, la population immigrée augmentait. Depuis presque une vingtaine d’années, des soutiens directs existent : deux ou trois élèves qui, une heure par semaine, profitent de la présence d’un professeur pour les aider à comprendre ce qu’ils n’ont pas compris en classe. On essaie de plus en plus d’alterner les enseignants qui prennent en charge ces élèves en difficulté. Plus récemment, on a mis en place des soutiens spécifiques pour les étrangers : quatre-vingt-dix minutes par semaine de plus de cours de portugais dans des classes qui ne dépassent pas les dix élèves chacune, et des examens prenant en compte leur situation spécifique.

Le contrôle des apprentissages

Une autre mesure que je considère comme positive, c’est la mise en place d’un système national de contrôle des apprentissages, autour de l’évaluation des compétences, à partir de la réforme de 2004. Pendant les années 1990, on a essayé plusieurs modèles d’application des épreuves d’étalonnage : seulement à quelques-uns ou à tous les cycles de l’éducation élémentaire, à toute la population scolaire ou à un échantillon, pendant l’année scolaire ou à la fin. Elles n’ont jamais eu d’effets sur la progression des élèves. Désormais, tous les élèves passent ces épreuves à la fin de chaque cycle de l’élémentaire et avant l’entrée dans le secondaire (dixième année), avec tests intermédiaires tout le long de l’année, dans une optique de repérage des points forts et points faibles donnant lieu à des prescriptions pédagogiques et didactiques.
Ce que je constate, c’est que l’existence de ces épreuves augmente la responsabilité et le souci des enseignants face aux vrais apprentissages qui conduiront aux résultats de leurs étudiants. Cela influe sur les compétences qui sont réellement enseignées, puisque testées.

La formation et l’évaluation des enseignants

L’obligation de se former a été très positive ; d’ailleurs les enseignants réclament cette formation. Même lorsque les programmes de formation sont insuffisants, ils provoquent un regard critique, une réflexion qui fait bouger. La réforme de l’évaluation des enseignants, qu’on essaie d’implanter depuis 2008 (thème chaud pour le moment chez nous), pourrait aussi fonctionner comme stimulus aux apprentissages. On demande aussi pour la première fois aux enseignants non stagiaires d’ouvrir les portes de leurs classes.
En résumé, les scores de Pisa 2009 nous encouragent à poursuivre dans cette voie. Mais est-ce un résultat ponctuel ou le début d’une tendance ascendante ? Du fait du mécontentement actuel de la plupart des enseignants (qui demandent la retraite en masse), on assistera bientôt à un rajeunissement de la population enseignante active. Cela contribuera-t-il ou non à améliorer les niveaux de performance ? Nous visons actuellement un climat de contention budgétaire généralisée et l’éducation verra son budget réduit en 2011. À quels effets peut-on s’attendre ? Que fera-t-on des soutiens personnalisés, soit aux élèves portugais, soit aux étrangers, de plus en plus nombreux ?

Aldina Lobo
Professeure de portugais dans l’enseignement secondaire à Cacém, université de Lisbonne


[1Cette analyse est de mon exclusive responsabilité.