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Avant-propos du n° 567, « Enseigner l’attention »

Attentifs à l’attention

Peggy Colcanap et Jean-Michel Zakhartchouk

19 février 2021

Y a-t-il beaucoup d’injonctions plus inutiles en classe que le fameux «  soyez attentifs  » lancé aux élèves avant un cours, avant une dictée ou un devoir sur table ? Y a-t-il beaucoup d’appréciations plus vaines que, sur un bulletin, la phrase «  n’est pas assez attentif  » ? Y a-t-il constat plus stérile et décourageant que la phrase résignée de l’enseignant se désolant, «  ils ne sont pas attentifs, on ne peut rien faire avec cette classe. Et c’est le cas de tant de jeunes aujourd’hui  » ?

On se doute bien qu’un dossier sur le thème de l’attention, qui n’avait pas été réalisé par notre revue depuis 1955, a une autre ambition que d’en rester aux descriptions simplistes de l’état des lieux supposé dans notre école ou aux coups de menton volontaristes qui ne servent pas à grand-chose.

Il se trouve que depuis quelques années, des chercheurs, des psychologues nous fournissent de nouvelles pistes pour aborder la question, ce qui contraste avec la situation à la fin du siècle dernier où on était quelque peu démuni. Et sur le terrain, de nombreuses équipes tentent de mettre en œuvre des outils, éclairés par des apports théoriques majeurs, comme le montrent de nombreuses contributions dans ce dossier.
Nous voudrions, dans cette présentation, indiquer les écueils à éviter sur ce sujet.

  • Travailler l’attention ne peut se faire hors sol. Il convient de s’appuyer sur les contenus scolaires effectifs.
  • L’attention est l’affaire de chaque discipline et doit être aussi traitée spécifiquement dans chacune d’entre elles. La pédagogie ne doit pas faire oublier la didactique. L’attention est-elle une compétence transversale ? Le débat reste ouvert.
  • Il est important de traiter spécifiquement des troubles de l’attention, et d’abord de les connaitre, en évitant les idées reçues. Et, faisant cela, on améliore les chances d’accompagner pleinement tous les élèves sur le chemin de l’attention.
  • Les apports des sciences cognitives sont absolument essentiels, mais ceux-ci ne sont que des éclairages et les pratiques les plus efficaces naissent de la coopération horizontale entre chercheurs et praticiens, comme le montre le bel exemple du réseau Atole-Adole. Toutefois, on ne peut traiter le manque d’attention par le seul canal du cognitif. Les émotions et les affects d’une part, les comportements sociaux d’autre part jouent un rôle non négligeable. Pour autant, les critiques faites à ceux qui pensent, comme l’indique le titre de ce dossier, que l’attention peut d’une certaine façon s’enseigner, sont présentes dans les pages qui suivent, quand bien même nous pensons qu’elles ne sont pas justifiées car elles caricaturent ce qui est proposé par les chercheurs et les équipes de terrain qui sont la cible de leurs critiques. Mais gageons que la controverse sera utile et stimulante !

À l’heure des bouleversements qu’a entrainés la crise sanitaire (notamment la mise en avant de formes d’enseignement à distance), de la multiplication des distracteurs qui nichent dans votre poche et ne demandent qu’à vibrer, on doit penser l’attention autrement qu’au temps mythique des bras croisés et du regard braqué sur l’enseignant qui professe. En reprenant cette idée majeure qu’accompagner les élèves sur le chemin de l’attention efficace, c’est aussi l’inviter à y trouver le plaisir de la maitrise de soi et des choses.

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Enseigner l’attention
Aujourd’hui se multiplient les pratiques visant à développer l’attention des élèves, de la méditation de pleine conscience à des dispositifs s’appuyant ou non sur des recherches cognitives. Nous reviendrons dans ce dossier sur la notion même d’attention et tout ce qu’elle implique comme activités et postures en classe.